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Mercredi 10 janvier 2018 | bilan

2017, un bon millésime pour les valeurs de l’agroalimentaire


Après une année 2016 en demi-teinte, les valeurs françaises de l’agroalimentaire, de la distribution et de la restauration ont globalement affiché de très bonnes performances boursières en 2017. À la hausse, Bonduelle se distingue parmi les valeurs de notre sélection avec une progression annuelle de près de 77 % ; en revanche, Carrefour est le grand perdant de 2017 avec un recul de près de 22 %.


Les années se suivent à la Bourse de Paris et heureusement ne se ressemblent pas. En témoigne notre palmarès de valeurs françaises cotées de l’agroalimentaire, de la distribution et de la restauration qui s’est inscrit majoritairement dans le vert en 2017, contrairement à 2016. Avec un gain de 10,6 % sur l’année écoulée, l’indice de référence européen Food & Beverage (SX3P), a fait mieux que rattraper le terrain abandonné un an plus tôt. Et le secteur a également surperformé le reste de la cote, puisque dans le même temps, l’Euro Stoxx 600 gagnait 7,7 %. De son côté, le CAC 40, l’indice phare de la Bourse de Paris, a terminé 2017 sur une hausse de 9,26 %, à 5 312,56 points, une performance inégalée depuis 2013. Quant aux indices CAC Consumer Goods et CAC Consumer Services *, ils se sont respectivement avancés de 21,61 % et 17,58 %.

Globalement pour l’année en cours, les experts interrogés par Reuters estiment qu’elle devrait se dérouler en deux temps. Un premier semestre dans la continuité de 2017, alors que le deuxième semestre devrait être plus agité et notamment "marqué par le retour au premier plan des interrogations sur l’inflation et le resserrement monétaire des banques centrales ainsi qu’un regain de risque politique", estiment les équipes de gestion de BFT IM. "Ce sera une année avec moins de tendances claires et plus de phases de correction", indique ainsi Laurent Gonon, directeur des gestions. Des incertitudes sur la seconde moitié de l’année qui pourraient entraîner une rotation sectorielle au profit des défensives.

Reste que certaines valeurs ont atteint des niveaux de valorisations élevés qui pourraient entraîner quelques mouvements de corrections dans les mois à venir, en fonction des publications des résultats annuels.

Les tops de 2017…

BONDUELLE s’est distingué comme l’une des plus fortes hausses de notre sélection de valeurs, avec un gain annuel de 76,23 %. Le changement de dimension du spécialiste des légumes après l’acquisition de l’américain Ready Pac Foods, rebaptisée depuis Bonduelle Fresh Americas, a propulsé le titre vers des sommets historiques. Le groupe, qui réalise maintenant plus de la moitié de son activité hors d’Europe, a annoncé en novembre un chiffre d’affaires pour le premier trimestre de son exercice 2017/2018 (clos le 30 juin) de 690,6 millions d’euros soit une progression de 43,9 % en données publiées et de 2,5 % en données comparable. Ces chiffres sont conformes aux objectifs et permettent de confirmer la croissance attendue de 25 % à la fois du chiffre d’affaires et de la rentabilité opérationnelle courante à changes constants, hors nouvelle acquisition en 2017-2018.

Poursuivant sur sa lancée de 2016, REMY COINTREAU a encore gagné 42,56 % en 2017. Comme l’année précédente, le groupe a continué à bénéficier de son repositionnement réussi. Fin novembre, les comptes semestriels faisaient apparaître une progression de 8,2 % du résultat opérationnel courant à 134,1 millions d’euros, et de 11,8 % à périmètre et taux de change constants, conformément aux attentes. Une solide performance qui s’explique notamment par le rebond de la demande de sa marque phare, le cognac Rémy Martin, pénalisé ces dernières années comme tous ses concurrents par les mesures anti-corruption adoptées par Pékin.

Avec une nouvelle hausse annuelle de 38,15 % POULAILLON a encore signé une belle performance l’an dernier. Le spécialiste de la boulangerie industrielle s’est vu décerner fin novembre le prix « Rising Star » lors du 5e European Small and Mid-Cap Awards qui se tenait à Bruxelles. Ces récompenses (International Star, Rising Star, Star of Innovation, Star 2017) ont pour objectif de promouvoir les meilleures pratiques et de mettre en valeur les meilleures petites et moyennes valeurs européenne qui ont accédé aux marchés financiers par offre publique (IPO) […] choisies parmi un niveau très élevé d’introductions dans toute l’Europe. En septembre, la publication d’une progression de 11,4 % de son chiffre d’affaires sur les neuf premiers mois de l’exercice 2016/2017 (clos le 30 septembre), avait confirmé les perspectives annuelles de hausse des ventes annuelles. Le groupe, qui comptait à ce moment-là 40 points de vente en propre et 5 en franchise et prévoyait 3 ouvertures et une extension de magasin avant fin 2017, avait également indiqué que la "progression du résultat annuel consolidé pourrait être supérieure à celle du chiffre d’affaires".

OENEO, le spécialiste de la tonnellerie et du bouchage du vin, a fait un bond en avant de près de 30 %, retrouvant en fin d’année 2017 des plus hauts depuis plus de 15 ans. L’annonce mi-décembre d’une hausse de 10 % du résultat d’exploitation courant au premier semestre à 24,7 millions d’euros a été bien accueillie. Sa marge d’exploitation ressort ainsi à 18,2 %, et à 21,1 %, un record, pour la seule division élevage. Les investisseurs sont en outre assez confiants sur les perspectives de développement de ses bouchons technologiques Diam et parient sur une poursuite de la stratégie de croissance externe. En 2017, Oeneo a annoncé deux prises de participation, l’une de 52 % via sa filiale Seguin Moreau dans Galileo. Cette société est spécialisée dans la conception et la fabrication de cuves en béton, un matériau reconnu pour ses propriétés d’inertie thermique et de neutralité. Seguin Moreau dispose d’une option d’achat du solde du capital à partir de 2021. Enfin, Oeneo a décidé d’épauler le développement de la start-up Naïo Technologies, fabricant de robots agricoles destinés au maraîchage et utilisés pour désherber, biner et assister la récolte. Ce partenariat stratégique s’accompagne d’une prise de participation minoritaire (1,5 %) et de l’entrée au conseil de surveillance de Naïo Technologies de Nicolas Hériard Dubreuil, directeur général Oeneo.

PERNOD-RICARD, une des quatre valeurs de notre sélection appartenant au CAC 40, a grimpé de 28,17 %. Un beau redressement pour le titre du numéro deux mondial des vins et spiritueux, après le léger recul de l’année précédente. Bénéficiant notamment du retour à la croissance de sa marque de cognac Martell, Pernod Ricard a annoncé en septembre 2017 des résultats pour son exercice 2016/2017 (clos le 30 juin) conformes aux attentes. Le résultat opérationnel est en hausse de 3,3 % à taux de change constant à 2,39 milliards d’euros, pour un chiffre d’affaires de 9 milliards d’euros (+3,6 % de croissance organique). Pour l’exercice en cours, Alexandre Ricard s’est montré rassurant. Le p.-d.g. table pour 2017/2018 sur une " poursuite de l’amélioration de notre performance avec une bonne croissance toujours tirée par les États-Unis, la Chine, l’Europe, la marque Jameson et avec l’amélioration de l’Inde et de la marque Chivas qui a connu une année difficile".

Le titre du volailler LDC a rejoint des sommets avec une hausse de 21,71 % en 2017. En dépit d’un contexte matières premières compliqués et de la poursuite de la guerre des prix dans la distribution, le groupe tire son épingle du jeu. LDC, qui conserve ses positions de leader et une excellente santé financière, anticipe pour l’ensemble de l’exercice 2017/2018 (clos fin février), un résultat opérationnel courant sensiblement équivalent en valeur à celui de 2016/2017 (176,6 millions d’euros, ndlr). Le groupe est par ailleurs toujours à la recherche d’une opération de croissance externe.

Avec une hausse de 20,66 %, SAVENCIA est arrivé dans le premier tiers des valeurs en hausse de notre sélection. Après un premier semestre encourageant, le groupe fromager était plus prudent sur la seconde moitié de l’année, estimant que plusieurs facteurs, tels que "le renforcement de l’euro, mais aussi un renchérissement important du coût du lait et des cours des matières grasses laitières, en lien avec la pénurie de beurre sur les marchés européens et mondiaux" notamment pourraient avoir une incidence négative sur le résultat opérationnel courant (ROC).

Belle progression d’EUROGERM aussi, qui s’est apprécié de 18,83 %, soutenu par les bons résultats semestriels et la poursuite des développements à l’international, notamment aux États-Unis, un marché à fort potentiel. Début novembre, la société a ainsi annoncé détenir 100 % du capital (contre 70 % depuis juin 2014) de sa filiale américaine Problend-Eurogerm, spécialisée dans les préparations pour boulangerie, pâtisserie et biscuiterie. Et fin décembre 2017, Eurogerm a annoncé l’ouverture d’une nouvelle filiale en Italie, sa neuvième à l’international.

DANONE, autre valeur agroalimentaire appartenant au CAC 40, a gagné 16,20 % sur l’année. Le groupe qui poursuit l’intégration de l’américain WhiteWave acquis l’an dernier, a encore du pain sur la planche pour mener à bien son plan de transformation d’ici à 2020. À noter que début janvier 2018, Danone a intégré la liste des valeurs européennes préférées de Barclays. La banque britannique procède à une révision trimestrielle de cette liste d’actions européennes qui compte 23 sociétés. Selon les stratèges de la Barclays, Alex Smith et Ewan Mitchell, la croissance de Danone pourrait atteindre 5,6 % par an, supérieure aux objectifs des dirigeants du groupe eux-mêmes. En outre, Danone dispose d’un potentiel élevé de réduction des coûts par rapport aux groupes comparables. Les économies ainsi générées pourraient être réinvesties dans les opérations de croissance. Les deux analystes estiment que l’action Danone s’échange actuellement avec une décote de 12 % par rapport au secteur européen de la grande consommation.

…et les flops

Du côté des baisses cette fois, CARREFOUR s’est distinguée comme la lanterne rouge du CAC 40 l’an dernier, avec un recul de 21,19 %. La deuxième chaîne mondiale d’hypermarchés a vu sa capitalisation boursière fondre à moins de 14 milliards d’euros à des niveaux oubliés depuis 2012. Le nouveau plan stratégique qui doit être présenté le 23 janvier par Alexandre Bompart, arrivé en juillet à la tête du groupe en remplacement Georges Plassat, est attendu avec impatience. Le distributeur qui a perdu 567 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les huit premiers mois de 2017 dans sa branche hypermarchés + supermarchés, a de nombreux défis à relever. Les rumeurs de désengagement de ses activités en Chine, Argentine et Pologne ont été démentie par Carrefour. Le groupe a lancé en août dernier un avertissement sur ses résultats, laissant ainsi, selon des analystes, les coudées plus franches au p-.d.g. pour son plan de redressement.

Après un exercice 2016 dégradé, et un avertissement sur les résultats 2017, Fleury Michon, sans surprise, enregistre un recul de 27 % sur l’année passée. Le groupe compte retrouver ses niveaux de marges historiques un peu en dessous de 5 % "au plus tard dans les deux ans, c’est-à-dire pour l’exercice 2019. Mais déjà en 2018, nous visons une amélioration sensible de notre marge", confiait Jean-Louis Roy, le directeur administratif et financier en décembre dernier à Agra Alimentation. Tout en poursuivant les innovations sur ses activités cœur de métier, Fleury Michon compte se développer dans les produits à base de protéines végétales, et se dit prêt à saisir des opportunités de croissance externe sur ses secteurs d’activité.

Nouvelle année difficile pour MBWS qui a abandonné près de 30 % en 2017. Le groupe de spiritueux a essuyé quelques revers et déçu les investisseurs. Pourtant, à l’occasion de la publication en novembre du chiffre d’affaires sur neuf mois, les dirigeants ont indiqué que " les plans d’actions mis en place doivent permettre au groupe de retrouver une dynamique de croissance pour son Activité Marques". L’Activité Marques a été affectée par trois principaux facteurs : une mauvaise performance pour Fruits and Wine en France, dans le sillage du marché, une baisse de chiffre d’affaires pour Krupnik Pure dans le commerce traditionnel en Pologne dans un contexte de pression sur les prix, et un ralentissement ponctuel des expéditions de Sobieski aux États-Unis. Le groupe croit en "la pertinence de son business model mainstream à long terme, et réitère les objectifs de son plan stratégique à horizon 2020".

ces CAC Consumer Goods et CAC Consumer Services regroupent, parmi d’autres, les principales valeurs de l’agroalimentaire pour le premier et de la distribution et de la restauration pour le second.

 

DUC radié de la cote

À l’issue de son OPA à 10,10 € par action, la société Aurelia Investments, contrôlée par Plukon Food, détient la majorité du capital de Duc. Le titre a donc comme prévu été retiré de la cote. Lors du dépôt de son offre il y a un an, le néerlandais s’est engagé à investir un total de 31 M€, dont une augmentation de capital de 11 M€ déjà réalisée.

L’agroalimentaire attire

Le 26 décembre, FFP, le holding coté de la famille Peugeot a annoncé s’être engagée à investir 150 millions de dollars dans la société d’investissements JAB Holding présente dans les biens de consommation "afin de poursuivre sa stratégie de croissance" dans ce secteur. FFP avait déjà pris un engagement de 50 millions de dollars en décembre 2016 dans un des fonds de JAB Holding.

Depuis 2012, le holding luxembourgeois JAB non coté qui gère les intérêts de la famille allemande Reimann, fondatrice de la société chimique Benckiser, a réalisé de nombreux investissements dans le secteur de l’agroalimentaire. Le holding détient ainsi Jacobs Douwe Egberts (JDE), et ses marques Senseo, L’Or, Jacques Vabre ou Maxwell House, et les chaînes américaines Keurig Green Mountain, Panera Bread, Caribou Coffe, Krispy Kreme et Bruegger’s. JAB Holding détient également des participations dans des entreprises spécialisées dans les biens de consommation, du secteur de la santé, des produits d’entretien ménager, des cosmétiques et du luxe.

Perrine Delfortrie



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