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Jeudi 25 avril 2013 | coopérative/résultats

Agrial prend le contrôle de Senagral et prépare ses développements futurs


L’histoire s’accélère pour Agrial. Après la constitution de Senagral en joint venture avec Senoble l’an passé, le groupe coopératif en a pris le contrôle le 1er avril. Quelques semaines après l’annonce de la fusion programmée de ses activités laitières avec Eurial. Outre ces opérations, Agrial a racheté trois PME l’an passé : deux dans la viande en France (Maître Jacques et Cosme) et une dans la pomme (Manzana) aux Etats-Unis, et bouclé ce début d’année le rachat de Bakkavör en France et en Espagne. Toutes ces opérations ont été dénouées en maintenant la dette en deçà de trois années d’excédent brut d’exploitation. Agrial, qui anticipe une année 2013 difficile, n’entend pas s’arrêter là et fait évoluer sa gouvernance pour renforcer la participation de ses adhérents et, pourquoi pas, accueillir des investisseurs extérieurs.


Fort de la constitution de Senagral, dont il a pris le contrôle le 1er avril (51 %), et du projet de fusion avec Eurial, le groupe Agrial se positionne désormais comme un acteur qui compte dans le secteur laitier. Avec une force rare chez les coopératives : des débouchés plus importants que ce qui est collecté chez les adhérents, ce qui donne une marge de manœuvre plus confortable en termes de valorisation que la plupart des coopératives à la veille de la fin des quotas laitiers (c’est d’ailleurs la même stratégie qui a prévalu dans les légumes : la coopérative en transforme 600 000 t alors que les adhérents n’en produisent que 100 000 t).

« Nous ne ferons pas la voiture balai de la coopération laitière »

En trois ans, Agrial est passé du rang de simple collecteur vendeur de lait à celui de transformateur (Délicelait, Senagral), et de 150 M EUR à 1 Md EUR de chiffre d’affaires. Et la fusion de ses activités laitières avec Eurial en deux temps (échange de participation puis fusion en 2015) va en faire un des leaders de la coopération laitière en France.
À ce titre, Ludovic Spiers, directeur général d’Agrial, a fait part de son point de vue sur les défis du secteur lors de la présentation des résultats du groupe à Paris le 23 avril. « Nous voulons avoir une taille européenne. Quand on voit ce qu’ont bâti les coopératives nord-européennes, nous partons avec du retard et il va falloir donner un coup de rein énorme, a-t-il déclaré. Mais la demande mondiale augmente et il y a des opportunités à saisir. Dans les légumes nous avons réussi à être européens pour diversifier les risques. Dans les produits laitiers, nous ne pouvons pas avoir qu’un projet ultrafrais national. » Quant à des alliances avec d’autres coopératives, elles sont souhaitées, à condition que celles-ci valorisent correctement leur lait. « Nous ne ferons pas la voiture balai de la coopération laitière », a expliqué Arnaud Degoulet, président d’Agrial (il a succédé à Gilbert Herpe l’an passé). Délicelait, qui n’avait pas de collecte, et Senagral, dont la collecte est menacée par un fort risque de déprise, sont autant de réservoirs de croissance pour la production des adhérents d’Agrial.

Une gouvernance en mutation

Pour accompagner son développement, Agrial a proposé aux adhérents de la branche lait de faire passer le taux de souscription au capital social de 2 % à 7 % sur cinq ans, une proposition acceptée à l’unanimité selon Agrial. La coopérative revoit également sa gouvernance avec des holdings par métier, portées par une holding de tête. Une façon de préparer l’entrée d’éventuels investisseurs extérieurs au capital. Et de permettre aux coopérateurs de renforcer leur participation sur leur métier. Une expérience de contrat participatif a également été mise en place sur la branche boissons, qui a permis aux producteurs de compenser une minoration de prix par une valorisation à la performance. L’esprit de ces démarches ? « Reproduire le modèle coopératif au sein de chaque branche », explique Ludovic Spiers. Le conseil d’administration doit également être resserré et passer de 30 à 36 membres d’ici à deux ans.

Un développement maîtrisé

En 2012 / 2013, l’allure d’Agrial aura profondément changé. Si la prise de contrôle de Senagral était attendue par de nombreux observateurs (Agrial ne dévoile rien sur l’échéance de la montée à 100 % du capital), l’alliance avec Eurial, s’est avérée être une surprise totale. De même, Agrial s’est renforcé dans la transformation de viande avec les reprises, l’an passé, de Maîtres Jacques et Cosme. Premiers pas outre-Atlantique également pour la coopérative avec l’acquisition de Manzana aux Etats-Unis. Et enfin renforcement dans le légume avec l’acquisition de Bakkavör, qui ouvre notamment le groupe au marché de la RHF. « Nous avons financé ces opérations sur du résultat. Nous confortons nos fonds propres qui avoisinent 600 M EUR (578 M EUR, ndlr) et nous gardons une dette modeste, inférieure à trois années d’excédent brut d’exploitation », précise Ludovic Spiers. En 2012, la dette s’est élevée à 444 M EUR.

La volaille en perte

Au total, Agrial a investi 223 M EUR en 2012, dont deux tiers pour la croissance externe. Un niveau qualifié d’exceptionnel au regard des habitudes de la coopérative, qui compte investir moitié moins en 2013. Le chiffre d’affaires, à 3,6 Mds EUR (dont 17 % à l’international), a cru de 33 %. Le lait pèse désormais 30 % des ventes, suivi par les légumes (20 %), les volailles et viandes (8 %) et les boissons (5 %). Le résultat courant atteint 56,7 M EUR (contre 46,3 M EUR sur l’exercice précédent) et le résultat net 45,4 M EUR (contre 38,4 M EUR), dont 6,7 M EUR doivent être redistribués aux adhérents sous forme d’intérêts aux parts sociales et de ristournes sur activité. D’une branche à l’autre, les résultats sont resserrés. « La rentabilité est très homogène d’une branche à l’autre, de 1,2 % à 1,8 %, à l’exclusion de la volaille qui perdu de l’argent », a commenté Ludovic Spiers.

L’ultrafrais se redresse, taille critique dans les légumes

Senagral est quasiment à l’équilibre, conformément au business plan prévu. Ludovic Spiers et François Degoulet conviennent que le marché de l’ultrafrais laitier devra sans doute être restructuré et annoncent qu’Agrial est prêt pour participer à la consolidation du secteur. Dans les boissons, sur un marché du cidre en recul, les marques Loïc Raison et Ecusson jouent la carte des petits conditionnements (25 cl et 33cl).
« Nous misons beaucoup sur les petits formats et nous voulons les développer pour atteindre un objectif de 50 % des ventes », explique Ludovic Spiers. Dans la viande, la difficulté vient de la volaille où les hausses matières premières n’ont pas pu être répercutées. Maître Jacques et Cosme se portent bien, ainsi que le Pavillon volaille de Rungis. Enfin, dans les légumes, Agrial se félicite de sa diversification géographique car la bonne tenue des ventes en France a permis de pallier les difficultés en Espagne. Et l’intégration de Bakkavör permettra de peser davantage face à la distribution. À l’avenir, « le fruit pourrait être un complément logique du légume et de l’ultrafrais », indique par ailleurs Arnaud Degoulet.
MD