Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Mercredi 27 juin 2018 | interview

Antoine Fine  : « Nos investissements dans l’agroalimentaire sont moins risqués que dans la tech »


Antoine Fine, partner d’Otium Brands, explique les choix d’investissement du fonds en capital-risque vers des entreprises qui font émerger de nouvelles marques et de nouvelles tendances de consommation. Récemment, le fonds a investi dans quatre start-up de l’agroalimentaire : Feed, le spécialiste de la foodtech, Hari & Co le créateur de produits bio à base de légumineuses, Peas & Love, un nouveau concept de fermes urbaines et Ultra Premium Direct, le pionnier de la vente directe de croquettes pour chiens et chats.


Comment est né le fonds Otium ?

Il s’agit à l’origine de la structure de family office de Pierre-Édouard Stérin, le fondateur de SmartBox. Le fonds a eu une première vie jusqu’en 2014 jusqu’à la vente de LaFourchette à TripAdvisor. Je suis arrivé un an après, date à laquelle le fonds a été scindé en deux, avec d’un côté une division "venture" et de l’autre une division "brands", autour des nouvelles marques de grande consommation, que je pilote.

En quoi Otium est-il différent des autres fonds présents dans l’agroalimentaire ?

Les consommateurs ont de nouvelles attentes, et on assiste à une émergence de nouvelles marques et de tendances de consommation. Je crois en cette évolution. Je viens du monde de la finance après avoir passé six années chez Lazard, mais j’avais aussi travaillé en tant qu’entrepreneur sur un projet de snacking sain en 2009/2010 que j’ai ensuite revendu à Solinest, le spécialiste de la confiserie en devant de caisse.

Le rapport entre consommateurs et fabricants est en train d’évoluer avec les Digital Native Vertical Brands (DNVB). Ce business model qui vient des États-Unis et concerne tous les produits de grande consommation de la cosmétique à l’alimentation, en passant par l’habillement, a repensé les modèles de distribution en supprimant les intermédiaires et en développant un fort attachement à la marque au plus près des besoins des consommateurs.

Et pourquoi cet intérêt pour l’agroalimentaire, un secteur pourtant réputé moins rentable que d’autres ?

Oui en effet, les multiples dans l’industrie agroalimentaire ne sont pas très élevés parce que les marges sont faibles, mais tout dépend du secteur et de l’entreprise. Et les choses sont en train de changer. Quand on voit par exemple Kellogg’s payer 6 fois le chiffre d’affaires pour le rachat du spécialiste des barres protéinées RXBAR, c’est bien le signe que les lignes sont en train de bouger.

Et finalement, nos investissements dans l’agroalimentaire sont moins risqués que dans la tech, parce que dans ce secteur il reste toujours quelque chose de concret, un process, un produit…

Détaillez-nous les participations d’Otium dans le secteur alimentaire

Nous avons quinze sociétés en portefeuille aujourd’hui, dont trois dans l’alimentation et une dans la nutrition animale (lire ci après). Nous avons participé à la seconde levée de fonds de Feed pour 3 millions d’euros en septembre 2017 et venons de boucler une série A à 15 millions d’euros avec Alven *. Les produits Feed, qui offrent un repas complet, équilibré et pratique, rencontrent un vrai succès : la start-up affiche un taux de croissance mensuel moyen de 50 % et vise un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros à la fin de l’année. Nous venons également de participer à la dernière levée de fonds de 2,3 millions d’euros de Hari & Co, spécialiste des produits bio à base de légumineuses, et au tour de table de 1,2 million d’euros de Peas & Love, un nouveau concept de fermes urbaines qui repense les modèles de distribution et de consommation. Enfin, nous avons investi 7 millions d’euros dans Ultra Premium Direct, aux côtés du dirigeant fondateur Matthieu Wincker, pionnier de la vente directe de croquettes pour chiens et chats.

Que regardez-vous lorsque vous investissez dans une start-up ?

Nos choix d’investissements reposent sur quatre piliers. Nous nous attachons en premier lieu au produit. Il doit avoir une valeur clairement définie et un fort avantage compétitif. Son marché, d’autre part doit être assez gros pour offrir du potentiel de développement avec de nouveaux canaux de distribution. L’équipe est également un facteur de choix important. Comme nous disons toujours, "le fondateur doit être habité par sa cause". Et enfin nous regardons les éléments financiers, pour nous assurer que l’équation tient la route. Et nous essayons prioritairement d’aller vers des sociétés qui développent une vraie politique RSE.

Quel est le ticket d’entrée moyen d’Otium ?

Le ticket moyen dans le portefeuille est de 3 millions d’euros. Nos investissements sont compris entre 1 et 7 millions d’euros, comme c’est le cas notamment pour notre dernier investissement dans le fabricant d'aliments pour animaux de compagnie Ultra Premium Direct. C’est une de nos plus grosses lignes, avec un chiffre d’affaires mensuel de 700 000 euros.

Et généralement nous restons minoritaires, avec entre 20 et 35 % du capital.

À combien se monte le fonds aujourd’hui et prévoyez-vous de le faire évoluer ?

Le montant total du fonds s’élève à 200 millions d’euros, chaque division disposant de 100 millions d’euros. Pour la partie "Brands" dont je m’occupe, nous arriverons à 75 millions d’euros investis à la fin de l’année.

Nous sommes actuellement en train de lever un deuxième fonds à hauteur de 80 millions d’euros pour la division "Brands" qui sera ouvert aux acteurs de la grande consommation qui auront à terme l’opportunité de racheter certaines de nos participations. Nous visons un rendement de 30 % par an, un niveau certes élevé mais qui est en rapport avec le risque pris.

st un fonds de venture capital indépendant parisien avec plus de 500 millions de dollars d’actifs gérés. Après avoir financé près de 120 sociétés depuis sa création et cédé une quarantaine de participations, Alven compte aujourd’hui une soixantaine de sociétés en portefeuille, dont Frichti.

 

Propos recueillis par Perrine Delfortrie



Téléchargements