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Jeudi 02 mai 2013

Blue Fish ne veut pas laisser seules les ONG internationales occuper le terrain du lobbying


La toute nouvelle association Blue Fish créée officiellement à l’occasion du XXIe Seafood de Bruxelles a rencontré les 23 et 24 avril dernier des parlementaires européens ainsi que représentants de la Commission européenne. L’association de la Promotion en faveur de la pêche durable et responsable leur a présenté la première phase de l’étude d’impact économique et social du projet de règlement pêche en eau profonde en Europe. Blue Fish ne veut pas laisser seules les ONGE mener un lobbying intense à Bruxelles, de nombreuses questions relatives à la réforme de la PCP étant encore en suspens : rejets, nouveaux navires, rendement maximum durable, gestion décentralisée du Fonds européen des affaires maritimes et de la pêche (FEAMP)….


L’entrée en vigueur de la nouvelle politique commune de la pêche (PCP) prend du retard. Prévue initialement le 1er janvier 2013, l’adoption de cette nouvelle PCP devrait seulement entrer en application dès le 1er janvier 2014. « Encore faut-il qu’elle soit accompagnée d’un budget ! », expliquait Nicolas Teisseire, directeur de la toute nouvelle association Blue Fish créée officiellement à l’occasion du 21e European Seafood de Bruxelles, le 24 avril dernier. Cette association nationale et européenne pour la promotion de la pêche durable et responsable réunit élus et professionnels de la filière, avec le soutien fort du port de Lorient-Keroman, deuxième port de pêche français après Boulogne-sur-Mer.
« L’examen du Fonds européen des affaires maritimes et de la pêche doit passer cet automne, or il faut quasiment 6 mois pour que la Commission puisse mettre en place les nouveaux instruments de cette politique », poursuit celui qui va mener, d’ici là, un lobbying soutenu auprès du Parlement Européen et de la Commission. Pour lui, il n’est pas exclu qu’une période transitoire de plusieurs mois soit décidée avant l’entrée en vigueur de cette nouvelle PCP.
Nicolas Teisseire, travaillait déjà depuis plus de deux ans au sein de l’Agence d’urbanisme et de développement économique du Pays de Lorient (Audélor) pour la défense à Bruxelles de la filière pêche. Les 23 et 24 avril dernier, il accompagnait à Bruxelles une délégation d’élus pour défendre les intérêts de la pêche française, mais plus largement ceux du sud de l’Europe face aux fortes actions de lobbying des ONGE au Parlement Européen.

Communication bien orchestrée

Le vote du Parlement Européen à une majorité écrasante (502 voix pour, 137 voix contre et 27 absentions) en faveur d’une PCP désireuse de lutter contre la surpêche fit l’effet d’une petite bombe dans le monde de la pêche française. Ce dernier estimait en effet qu’un tel vote était le résultat d’un long travail de lobbying des ONG auprès des institutions européennes. « Elles ont développé depuis longtemps une communication bien orchestrée avec des messages sympathiques destinés aux urbains, méconnaissant souvent les réalités du quotidien du monde de la pêche », soulignait Nicolas Teisseire, le nouveau directeur de Blue Fish.
Emmenés par Olivier Le Nezet, président du Comité régional des pêches maritimes de Bretagne et président de la nouvelle association, Norbert Métairie, président de Lorient Agglomération, Claude Allan, vice-président de Blue Fish et de la Communauté d’agglomération du Boulonnais, Loïc Le Meur, secrétaire général de l'Association nationale des élus du Littoral (ANEL) et la socialiste Isabelle Thomas, député européenne et marraine de Blue Fish, les représentants de la toute nouvelle association ont rencontré les parlementaires de la Commission de la Pêche au Parlement européen.
Les professionnels français sont en effet encore inquiets sur certains volets de la nouvelle PCP, qui n’ont pas encore été définitivement tranchés, d’autant que le nouveau processus de co-décision, qui renforce désormais le pouvoir des parlementaires européens, a retardé des prises de décision.

La pêche en eau profonde en ligne de mire

De son côté, la présidence irlandaise veut aller vite et exprime son souhait de conclure les négociations d’ici le 30 juin prochain.
Pas sûr qu’elle puisse aboutir ! Car des sujets comme le zéro rejet et une possible règle de tolérance (3 à 5% ou 7 à 8% des volumes en fonction des espèces), les quotas individuels transférables qui pourraient aboutir à une véritable concentration des moyens de pêche au détriment de la pêche artisanale ainsi que le gros dossier de la pêche en eau profonde – arrivé sur le terrain des scientifiques – restent encore à finaliser.
Blue Fish porte toute son attention sur ce dernier volet qui « offre l’occasion aux ONGE de militer pour l’interdiction de la pêche au chalut », précisait Nicolas Teisseire en pointant du doigt « les graves conséquences sur la filière qu’une telle décision pourrait entraîner, notamment sur un plan économique et social ».
Une raison pour laquelle l’association veut aussi « mener des études d’impact qui n’ont pas été menées ou dont les résultats ont été parfois trop bien cachés ». La pêche en eau profonde génère beaucoup d’emplois à l’aval de la filière. Blue Fish ne veut pas laisser les ONGE parler seules d’un tel sujet : l’association estime en effet que depuis 30 ans la profession a fait beaucoup d’efforts pour reconstituer les stocks des poissons de fond et qu’interdire l’emploi des chaluts en eau profonde aurait de graves conséquences sur le secteur.
Enfin, le dossier du rendement maximum durable n’est pas entériné, quant à celui des plans de gestion pluriannuels (un système qui prévoit un mode de gestion pluriannuel de la pêche des espèces en lieu et place des quotas annuels) il constitue encore l’un des gros points de blocage entre le conseil des ministres et le Parlement Européen…
De nombreux points qui devront être tranchés dans les mois à venir.
Thierry Becqueriaux