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Mercredi 07 mars 2018 | bilan

Bonduelle change de physionomie pour s’adapter à l’évolution du marché


Lors de la présentation des comptes du premier semestre de l’exercice 2017/2018 (clos le 30 juin), les dirigeants de Bonduelle ont donné des précisions sur le rachat de la licence pour l’utilisation de la marque Del Monte au Canada et annoncé un accord avec Unilever au Brésil. Ils ont également expliqué qu’ils donnaient la priorité à l’industrialisation chez Ready Pac pour réduire les coûts. Les prévisions de résultat opérationnel courant pour l’ensemble de l’exercice ont été révisées à la baisse.


Depuis le rachat de l’entreprise américaine Ready Pac Foods, Bonduelle a clairement changé de physionomie. Non seulement, il réalise aujourd’hui plus de la moitié de son chiffre d’affaires hors d’Europe (55 %), mais il a aussi nettement renforcé ses positions dans le frais prêt à l’emploi qui est ainsi devenu son premier segment d’activité (41 % des ventes sur le premier semestre 2017/2018) devant la conserve (37 %), son métier historique.

Une tendance qui va encore se confirmer après l’annonce mi-février d’un accord avec Conagra Brands pour l’utilisation de la marque Del Monte au Canada sur l’activité fruits et légumes transformés. Cette activité affiche un chiffre d’affaires de 60 millions de dollars canadiens (37,4 M€). "Une marque très connue au Canada", qui représente "un intérêt stratégique pour nous", a précisé Christophe Bonduelle lors de la présentation des comptes semestriels et qui "s’inscrit parfaitement dans l’ambition du groupe de devenir le référent mondial de l’alimentation végétal à l’horizon 2025". Le prix d’acquisition qui n’englobe pas d’usines, mais des stocks et la licence, s’élève à 43 millions de dollars canadiens (26,8 M€), soit 7 fois l’Ebit/Ebitda 2018. À l’inverse de l’Europe, le fruit (hors frais) a un taux de pénétration plus élevé que le légume au Canada, et ces deux segments sont en croissance annuelle moyenne de respectivement +3,7 % et +7,2 % entre 2015 et 2017, selon Euromonitor. Un bon relais de croissance au Canada pour Bonduelle, et qui pourrait également à terme trouver d’autres débouchés. "Le marché du fruit surgelés est très important au Canada. Un marché sur lequel Del Monte n’est pas présent actuellement. On peut imaginer qu’il le soit à l’avenir", a ainsi souligné Christophe Bonduelle. L’opération Del Monte devrait être bouclée d’ici fin mai prochain.

Montée en puissance de l’international

En attendant, le groupe poursuit l’intégration de Ready Pac. Sur le premier semestre 2017/2018 (exercice clos le 30 juin), grâce à la contribution du spécialiste américain des bols de salades fraîches, le chiffre d’affaires de Bonduelle a progressé de 38,5 % à 1,44 milliard d’euros. À données comparables, sachant que l’impact de change n’est pas significatif sur la période, la croissance ressort à 1,6 %. Globalement, le groupe a poursuivi le développement de ses cinq marques (Bonduelle, Cassegrain, Artic Gardens, Globus et Ready Pac) qui représentent maintenant 51 % de ses ventes (43 % de MDD). Par zone géographique, l’activité en Europe (45 % des ventes globales) est stable, attestant d’une ambiance de consommation toujours peu porteuse", précise le groupe. À l’inverse, la zone hors Europe enregistre un doublement de ses ventes, grâce à Ready Pac. A noter qu’après plusieurs années de vaches maigres, la reprise de la consommation alimentaire en Russie s’est confirmée sur la période.

Toujours sur ce premier semestre, le résultat opérationnel courant s’inscrit à 66 millions d’euros, en progression de 8,3 % et de 1,7 % en comparable, sachant que le groupe a poursuivi ses dépenses marketing, en hausse de 12 % sur ces six mois (hors Ready Pac). Les difficultés de sourcing chez Ready Pac en raison des fortes chaleurs en Californie en septembre dernier et donc les surcoûts liés aux problèmes d’approvisionnement, ont quant à elles pesé sur la rentabilité. L’impact est estimé par le groupe entre 3 et 4 millions de dollars (entre 2,4 et 3,2 M€) sur le premier semestre.

Réduction des coûts

Afin d’améliorer les capacités de production de Ready Pac, Bonduelle prévoit d’engager pour 30 millions de dollars d’investissements sur 2017/2018, soit le double de l’exercice précédente et environ 100 millions de dollars sur 3 ans. L’une des particularités du leader des salades fraîches en bols repose sur un assemblage réalisé à la main. L’un des objectifs de Bonduelle est d’industrialiser les lignes de production. "Une ligne mécanisée va deux fois plus vite que le travail à la main. Maintenant que Ready Pac a conquis le marché et qu’il est leader dans sa catégorie, il faut faire la différence avec les coûts", a expliqué Christophe Bonduelle. Ce dernier qui reconnaît avoir " mésestimé le temps qu’il fallait pour ces changements", lors du rachat l’an dernier, a clairement confirmé qu’il s’agit maintenant d’une priorité. En revanche, le projet d’une cinquième usine évoqué initialement n’est plus d’actualité.

Fondamentaux solides

Côté bilan suite au rachat de Ready Pac, la dette nette de Bonduelle a augmenté de 242,2 millions d’euros au 31 décembre 2017, à 826,5 millions d’euros, soit un gearing (ratio dette nette sur fonds propres) de 1,32 contre 0,95 à la même période de 2016. "La dette se retrouve au niveau de 2012, après une vague d’acquisitions, mais avec un gearing nettement amélioré", a souligné Grégory Sanson, le directeur administratif et financier de Bonduelle. Des niveaux de rentabilité et de solides fondamentaux, qui "nous permettrons de saisir de façon opportuniste les possibilités de développement qui se présenteront". Insistant sur le caractère "opportuniste plutôt que proactif" de la politique de croissance externe menée par Bonduelle ces dernières années, son président a quant à lui souligné que l’activité de Bonduelle s’étendant maintenant à l’ensemble du végétal "le champ des possibles est immense et sans priorité absolue, si ce n’est la priorité d’avoir une intelligence par rapport à nos marques et nos contenus d’image de marques".

Perspective de résultat opérationnel courant revu à la baisse

Pour accroître encore ses performances à l’international, Bonduelle a également conclu un accord avec Unilever au Brésil. "Un pays particulier, a expliqué Christophe Bonduelle, qui demande d’énormes moyens en force commerciale". Des moyens que Bonduelle avec un chiffre d'affaires d’environ 30 millions d’euros dans ce pays n’a pas. Le groupe va donc s’appuyer sur la force de frappe d’Unilever et ses 4000 commerciaux, quand lui n’en compte qu’une quarantaine. Unilever va donc confier sa marque Knorr sous licence à Bonduelle au Brésil et se chargera, lui, de la distribution. Les produits Knorr seront présents en cœur de marché et les produits Bonduelle sur le haut de gamme. Un partenariat gagnant/gagnant pour les deux groupes, qui pourrait, pourquoi pas être développé dans un autre pays, "si l’équation s’avère aussi profiteuse", a souligné Christophe Bonduelle.

Pour l’ensemble de l’exercice en cours, les dirigeants ont confirmé l’objectif annoncé en octobre d’une "perspective de croissance du chiffre d’affaires d’environ 25 % à taux de change constants". En revanche, le décalage des mesures d’efficacité et de productivité engagées autour de Ready Pac a conduit le groupe à revoir légèrement à la baisse son objectif de résultat opérationnel courant à taux de change constants, qui devrait se situer entre 126 et 130 millions d’euros, soit une progression annuelle d’environ 20 %, contre 25 % escompté auparavant.

Perrine Delfortrie



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