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Jeudi 23 juin 2016 | prévisions

Brexit or not Brexit ? les conséquences pour l'Europe


A quelques heures du résultat du référendum britannique sur la sortie ou le maintien du Royaume-Uni dans l'UE, les craintes sur les bouleversements inévitables qui résulteraient de la victoire du « leave » se font plus vives. La baisse escomptée de la livre, le bouleversement dans les futurs échanges commerciaux dans un premier temps sont autant d'incertitudes qui fragilisent l'Europe. En attendant d'y voir plus clair, le secteur agroalimentaire semble retenir son souffle.


À quelques heures du résultat du référendum britannique du 23 juin pour décider de la sortie ou non du Royaume-Uni de l'Europe, le suspense est à son comble. À J-2, les sondages donnaient une égalité quasiment parfaite entre les partisans du oui et ceux du non. Depuis des mois, économistes et autres prévisionnistes affutent leurs prévisions et élaborent différents scénarios pour évaluer ce qu'il en coûtera aux uns et aux autres en cas de « Brexit ». Sans surprise, la sortie du Royaume-Uni de l'UE changera la donne non seulement pour elle et les pays membres, mais aussi au-delà et ne sera pas sans conséquences sur de nombreux secteurs d'activité, notamment l'agroalimentaire. Si tous les spécialistes conviennent des impacts négatifs du Brexit, au plan économique, budgétaire et politique, de nombreuses incertitudes demeurent à l'heure actuelle quant aux conditions et autres modalités de sortie du Royaume-Uni, si sortie il y a. « Il semblerait en effet que la seule perspective du référendum produise dès à présent des effets sur l'activité. Le secteur agroalimentaire serait impacté, dans des proportions difficilement quantifiables », avance ainsi très prudemment l'Ania.

Euler-Hermes de son côté, dans une étude globale fin mai, a retenu deux scénarios possibles pour établir ses prévisions. Une sortie favorable, c'est-à-dire accompagnée d'un accord de libre-échange (ALE) avec l'UE et une sortie sans accord. Sans surprise, ce scénario ultime n'est pas le meilleur pour l'économie britannique, ni pour la zone Euro, même s'il sera plus modéré semble-t-il. L'impact cumulé sur la croissance du PIB britannique atteindrait - 4,3 points, d'ici 2019 et 1 700 cas de défaillances d'entreprises supplémentaires seraient à déplorer, selon les économistes du spécialiste de l'assurance-crédit. De fait, « les exportations du Royaume-Uni pourraient chuter de - 30Mrd £ (39 Mrd€) en 2019 (soit 8 % du total des exportations britanniques) », estiment les derniers, qui prévoient de fait, l'entrée en récession du pays en 2019, accompagnée d'une dépréciation d'au moins 20% de la livre sterling dans trois ans et d'une baisse des chiffres d'affaires et des marges des entreprises. Un vide à l'export que le Royaume-Uni mettrait dix ans à combler.

Par ricochets, tout ceci entraînera « une importante baisse des importations du Royaume-Uni en provenance de la zone euro », précise Euler-Hermes. L'impact sera particulièrement significatif sur les Pays-Bas, l'Irlande et la Belgique, « du fait de leurs exportations et de leurs investissements croisés avec le Royaume-Uni », suivis de l'Allemagne, de la France et des Etats-Unis. « La chute des importations britanniques en provenance de la zone euro aurait un impact direct et non négligeable sur les exportations françaises, que la sortie du Royaume-Uni soit accompagnée d'un ALE ou non », explique encore Eu-ler-Hermes. Les spécialistes estiment qu'en cas de scénario favorable, « la France devrait perdre 2,4 milliards d'euros en exportations cumulées de biens et services, contre 3,2 milliards en cas de scénario défavorable ». Et au niveau sectoriel, « un Brexit sans ALE serait particulièrement préjudiciable aux exportations en chimie (-0,52 milliard d'euros), en machines et équipements (-0,48 milliard), et en agroalimentaire (-0,39 milliard) » (voir graphique ci-après).

Quant au degré d'exposition des IAA françaises face au Brexit, si la balance commerciale de l'IAA française vis-à-vis du Royaume-Uni est positive, « elle pourrait être impactée par un ralentissement ou une récession du Royaume-Uni » en cas de Brexit. Les produits les plus exposés seraient les boissons (imports et exports), les poissons et viande (exports), les produits laitiers et céréaliers (imports). A noter qu'en 2015, les ventes de vins et spiritueux français vers le Royaume-Uni ont totalisé 1,4 milliard d'euros, en hausse de 5 % sur un an (source Fédération des exportateurs de vins et spiritueux).

Un Brexit devrait aussi entraîner « un désinvestissement des entreprises françaises au Royaume-Uni, et des entreprises britanniques en France », soulignent encore Euler-Hermes. Et l'Ania de renchérir. Evoquant la limitation probable des échanges commerciaux à moyen terme, l'Ania pointe notamment l'impact du « rétablissement de droits de douanes sur les flux britannico-eu-ropéens ou de la perte du bénéfice associé à l'existence d'une union douanière. Ces droits de douanes peuvent être particulièrement élevés s'agissant des biens alimentaires ». L'Association craint également « l'apparition de barrières non-tarifaires ». À noter que dans ce cadre, les coûts administratifs peuvent représenter près de 25 % de la valeur des biens échangés, selon l'OCDE. L'exposition du secteur agroalimentaire pourrait donc représenter environ 12 % des exportations agroalimentaires françaises (source Douanes). Des changements à venir encore incertains, mais où chacun à première vue risque de perdre des plumes.

Les fabricants de « Cornish pasties » dans l'angoisse d'un Brexit

Les fameux « Cornish pasties » qui ont rempli les estomacs de générations de mineurs pourraient bien faire les frais d'un Brexit, redoutent certains artisans. Ce chausson en demi-lune farci de viande et de légumes compte parmi les dizaines de spécialités britanniques bénéficiant d'une Indication géographique protégée (IGP) de l'UE, au même titre que le whisky écossais ou le pâté en croûte de Melton Mowbray, rappelle l'AFP. La possible sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne inquiète. Pour Marion Symonds, patronne de Portreath Bakery, la perte du label européen obtenu en 2011 compromettrait la qualité de ce met très prisé des Anglais car d'autres produits similaires, fabriqués hors des Cornouailles, pourraient dès lors s'approprier le nom de « Cornish pasties ». L'industrie des « Cornish pasties » représente 65 M£ (80 M€) par an pour la région, avec à la clef quelque 2 000 emplois. Pourtant si la perte de l'indication IGP inquiète certains, d'autres, partisans d'une sortie de l'Europe, bien que reconnaissant l'avantage de l'IGP, déplorent en revanche «  toutes ces règles et autres réglementations faites par quelqu'un se trouvant à des milliers de kilomètres  ».

Et après le 23 juin ?

Vendredi 24 juin, une réunion au sommet est d'ores et déjà prévue à Bruxelles entre les présidents de la Commission, Jean-Claude Juncker, du Conseil européen, Donald Tusk, et du Parlement européen, Martin Schulz. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l'UE (réunion des Etats membres), y participera également. Une session plénière extraordinaire du Parlement européen est aussi envisagée dans les jours qui suivent, tandis qu'un sommet des dirigeants des Etats membres est programmé les 28 et 29 juin à Bruxelles, au cours duquel David Cameron, le premier ministre britannique viendra négocier l'éventuelle séparation. Les négociations devraient durer deux ans.

Perrine Delfortrie



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