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Jeudi 05 avril 2007 | etiquetage nutritionnel

Dix leaders font leur loi


Alors que Bruxelles prépare avec sa lenteur habituelle une modification majeure des règles du jeu en ce qui concerne les allégations et l’étiquetage des aliments, les marques multiplient les initiatives volontaires d’application immédiate et destinées, peu ou prou, à couper l’herbe sous le pied des pouvoirs publics.


A force de décréter l’urgence dans la lutte contre l’obésité, il n’est pas étonnant que les multinationales se mettent à brûler les étapes. Elles ne sauraient attendre qu’on leur dicte leur conduite ni que tout le monde soit prêt dans le gros des troupes qu’elles côtoient au sein des organisations professionnelles. Renouvelant en France une expérience en cours depuis un an sur le marché britannique, les huit plus grands groupes agroalimentaires mondiaux viennent d’annoncer qu’ils vont apposer le même type d’information nutritionnelle sur leurs emballages.

Coca-Cola, Danone, Kellogg’s, Kraft, Masterfoods, Nestlé, Pepsico et Unilever, qui ont été rejoints en France par Monoprix et Orangina-Schweppes, ont donc décidé de faire bloc pour imposer leur propre formule dans les rayons. Une façon de créer un précédent, d’ancrer des habitudes et d’infléchir ainsi les règles qui seront rendues un jour obligatoires pour les fabricants désireux d’alléguer.

Progressivement à partir de ce printemps, ces dix entreprises s’engagent à indiquer de manière harmonisée sur les emballages de leurs aliments et de leurs boissons l’apport, mesuré par portion, en énergie/calories, sucres, lipides, acides gras saturés et sodium (ou sel) ; l’étiquette (voir le visuel ci-après) sera composée d’une deuxième partie informant sur la contribution de chacun de ces nutriments aux repères nutritionnels journaliers (RNJ). Ces repères sont la transposition directe des « Guideline Daily Amounts » (GDA) que la Confédération européenne des industries alimentaires (CIAA) avait recommandé dans un document de juin 2006 élaboré avec un groupe d’experts reconnus sur la base des données scientifiques publiées sur les besoins nutritionnels.

Une aide pratique à l’achat

Comme l’explique Bruno Luisetti, p.-d.g. de Kraft France, et porte-parole du club informel créé par ces dix leaders, « nous tenons à donner accès de façon factuelle et immédiate au contenu nutritionnel de nos produits : les consommateurs doivent pouvoir construire leur alimentation de façon équilibrée et personnalisée en fonction de leurs besoins, de leurs goûts et de leurs habitudes. Les informations nutritionnelles sur les emballages doivent être simples, faciles à comprendre et constituer une aide pratique dès l’acte d’achat. La présentation des apports nutritionnels par portion, en valeur absolue ainsi que sous la forme de leur contribution aux repères nutritionnels journaliers, constitue de notre point de vue un vrai progrès pour les consommateurs. »

5000 références sous deux ans

Cette information sera mise en œuvre progressivement à partir du printemps 2007 sur les produits de ces dix sociétés, soit à terme de deux ans sur environ 5000 références, représentant entre 35 % et 65 % des parts de marché des rayons concernés.

Pour accompagner cette démarche et favoriser l’appropriation par les consommateurs des nouvelles informations nutritionnelles apparaissant sur les produits, des informations plus détaillées seront disponibles auprès des services consommateurs des sociétés concernées et pourront être reprises sur d’autres supports (sites internet des 10 entreprises, de leurs marques, de l’EUFIC (1), documents pédagogiques,…).

Cette initiative est présentée comme une application sur le marché français de l’engagement que 8 de ces mêmes industriels avaient déjà pris au niveau européen. Et pour Monoprix, cette action s’inscrit dans une démarche que l’enseigne menait depuis plusieurs années sur le marché français.

Au total, les 10 entreprises ont pour objectif de répondre aux attentes exprimées dans plusieurs études réalisées auprès des consommateurs, en France et en Europe. L’une d’elles, conduite par l’association de consommateurs CLCV et la DGAL, montrait que 45 % des consommateurs lisent les informations nutritionnelles en magasin ou chez elles et qu’ils veulent voir mentionnés le contenu en nutriments des aliments et la part qu’ils représentent dans les besoins journaliers, plutôt que les informations qu’on trouve actuellement ou que le système des feux tricolores utilisé au Royaume-Uni.

Et une étude de l’EUFIC, menée également en Allemagne, Italie et Royaume-Uni, faisait état d’une demande d’informations claires, point trop techniques, hiérarchisées, permettant de faire des comparaisons et aidant à prendre des décisions.

Un club ouvert, une démarche extensible

L’engagement des dix initiateurs de l’opération « complète et renforce, est-il précisé, les actions individuelles menées par chacune de ces entreprises en faveur de l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments, d’une communication responsable et de la promotion de modes de vie sains ». La précision n’est pas superflue dans la mesure où le club a vocation à s’élargir et où certains groupes manient déjà d’autres repères et n’ont pas prévu d’y renoncer. Ainsi Unilever met en avant une sélection de produits sous la mention-maison, « Healthier Choice » lorsqu’ils sont conformes aux recommandations de l’OMS. Et dans la mesure aussi où des distributeurs comme Auchan ou Casino ont adopté chacun leur signalétique nutritionnelle pour leurs produits à marques propres.

De plus, assure Bruno Luisetti, le club constitué aujourd’hui de dix membres, n’est pas du tout fermé, « d’autres entreprises peuvent y adhérer à tout moment ». Et, à terme, vu la dimension des groupes impliqués, et sachant que la même expérience a été lancée dès l’an dernier au Royaume-Uni avec pratiquement les mêmes groupes, il ne serait pas étonnant qu’elle fasse tache d’huile sur l’ensemble des autres marchés européens.

Accoutumance et effet de masse seront tels que les pouvoirs publics ne pourront qu’en tenir compte lorsqu’ils voudront imposer leur standard. En attendant, les juristes s’interrogent (voir ci-après le point de vue du cabinet Gide) sur la portée d’un tel système sans sanction.

(1) Conseil européen de l’information sur l’alimentation
St A



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