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Mercredi 03 octobre 2018 | stratégie

Du légume au végétal, un tournant pour Bonduelle


Pour la première fois, Bonduelle atteint les 2,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires grâce à l’acquisition de Ready Pac Foods aux États-Unis, et se positionne sur le fruit en acquérant la marque Del Monte au Canada. L’entreprise, qui réalise désormais la majorité de son activité hors d’Europe, s’autorise à couvrir non plus seulement le monde du légume, mais l’ensemble du végétal. À travers son manifeste, il affirme son dessein : devenir le référent du bien-vivre par l’alimentation végétale à l’échelle mondiale.


Pour la première fois, Bonduelle atteint les 2,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires grâce à l’acquisition de Ready Pac Foods aux États-Unis, et se positionne sur le fruit en acquérant la marque Del Monte au Canada. L’entreprise, qui réalise désormais la majorité de son activité hors d’Europe, s’autorise à couvrir non plus seulement le monde du légume, mais l’ensemble du végétal. À travers son manifeste, il affirme son dessein : devenir le référent du bien-vivre par l’alimentation végétale à l’échelle mondiale.

Loin d’être une mode passagère, le végétal est désormais le fil rouge du développement de Bonduelle pour les années à venir. À l’occasion de la présentation des résultats annuels 2017-2018 (exercice clos le 30 juin) le 1er octobre, Christophe Bonduelle a rappelé le rôle de spécialiste du légume acquis par l’entreprise familiale depuis ses origines, pour déclarer qu’il faut aujourd’hui passer à l’étape suivante : devenir « le référent mondial qui assure le bien vivre par l’alimentation végétale. » C’est le sens du « manifesto » lancé le même jour par l’entreprise nordiste, devenue ces dernières années une entreprise de taille mondiale implantée sur plusieurs continents. « L’heure est à la révolution végétale », affirme-t-elle, faisant le constat que les « menaces » telles que le dérèglement climatique, l’épuisement des sols ou l’altération de la biodiversité pèsent sur l’équilibre de l’humanité. « La nature, notre bien le plus précieux » doit bénéficier de « solutions innovantes et pertinentes pour nourrir mieux tout en respectant la planète », affirme la déclaration d’engagement de Bonduelle.

Au-delà des déclarations d’intention, Bonduelle veut traduire son engagement par des actes. « Notre but est d’évoluer afin de devenir une entreprise à mission qui entend dépasser les seuls objectifs en termes de rentabilité et de croissance », affirme ainsi Guillaume Debrosse, le nouveau directeur général de Bonduelle. L’entreprise nordiste a ainsi dévoilé qu’elle commençait un processus de certification avec le label américain B Corp pour faire reconnaître sa politique et ses engagements RSE. « Nous visons une certification B Corp de 30 % de notre chiffre d’affaires », a expliqué le DG. Une démarche proche de celle de Danone qui fait certifier ses filiales les unes après les autres.

Changement de taille, nouveaux métiers

En prenant de la hauteur, et en affirmant s’engager pour l’avenir de la planète, Bonduelle traduit aussi son changement d’échelle. « De 150 millions d’euros en 1975, Bonduelle réalise désormais près de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires », a rappelé Christophe Bonduelle. L’entreprise réalise désormais 78 % de ses ventes hors de France et plus de la moitié hors d’Europe. Une tendance encore renforcée au cours du dernier exercice avec l’acquisition du fabricant de salades prêtes à l’emploi Ready Pac Foods aux États-Unis et de la marque Del Monte (conserve de fruits et de légumes) au Canada. Cette dernière acquisition, finalisée en juillet 2018, reflète aussi une forte évolution du modèle de Bonduelle, essentiellement centré sur le légume, pour s’étendre désormais au fruit, qui représente 70 % des ventes de Del Monte au Canada.

« Bonduelle acquiert une marque iconique en Amérique du nord et concrétise sa première incursion dans le fruit », souligne Gregory Sanson, DG adjoint finance et développement. Del Monte représente aussi un relais de croissance au Canada dans un contexte de capacités saturées dans ce pays, et un enrichissement du portefeuille de marques à l’heure où Bonduelle veut de plus en plus parier sur des marques au détriment des MDD moins créatrices de valeur.

Le changement d’échelle de l’entreprise se traduit aussi dans son organisation. À l’occasion de la présentation des résultats, Bonduelle a dévoilé une nouvelle organisation. Christophe Bonduelle, président du conseil d’administration, est accompagné par Guillaume Debrosse, directeur général depuis le 1er juillet. Ce dernier est entouré de trois DG adjoints qui lui reportent : Daniel Vielfaure (Amérique), Philippe Carreau (Europe) et Gregory Sanson (finance et développement).

Des synergies mondiales

Fidèle à son nouveau positionnement en faveur du végétal au sens large, Bonduelle a multiplié récemment les innovations comme ses gammes de pâtes à partir de farines de légumineuses (Légumiô en France), les conserves bio en Espagne, Italie et Pays-Bas ou encore les gammes surgelés VeggissiMmm (légumes enrichis en légumineuses) destinés aux consommateurs hébergés en Ehpad. Autant de produits qui vont connaître des extensions de gamme pendant l’exercice en cours. Groupe désormais mondial, Bonduelle multiplie les synergies comme les salades en bol de Ready Pac qui bénéficient des innovations lancées en Europe, ou les salades en kits, créées en France et désormais lancées dans d’autres pays.

Autant d’éléments censés orienter le groupe vers la satisfaction de son objectif à l’horizon 2025 nommé VegeGO : « Croissance moyen terme de son chiffre d’affaires de 5 % par an, équilibrée entre croissance interne et externe et de 7,5 % par an de sa rentabilité opérationnelle courante », précise Bonduelle, qui s’attend à « une évolution significative de la rentabilité opérationnelle courante en 2018-2019 ». La météo, défavorable durant l’été 2018, va toutefois peser sur l’activité de l’exercice en cours : « Le Groupe Bonduelle se fixe un objectif de progression du chiffre d’affaires à + 2,5 % et de sa rentabilité opérationnelle courante à + 5 %, tous deux à taux de change constants ».

La France, une image de marque privilégiée

En dépit de sa stature désormais internationale, qui aurait pu l’amener à privilégier l’anglais comme langue de communication, Bonduelle opte pour le français pour sa nouvelle signature dans le monde entier : "la nature, notre futur". C’est la première fois qu’elle promeut une signature commune et qu’elle la délivre dans la langue de Molière, même si les deux mots importants de cette signature sont facilement compréhensibles, notamment pour les anglophones. Bonduelle assume ainsi son origine française et la revendique comme un atout sur les marchés internationaux. « L’industrie agroalimentaire française a une très bonne image dans le monde entier », a souligné Christophe Bonduelle, regrettant au passage que ce ne soit pas le cas en France.

Revenant sur l’actualité hexagonale, Christophe Bonduelle a souligné que la loi alimentation, pour ce qui concerne l’amont, ne changera rien à ses pratiques agricoles. Ce qui est prévu dans la loi « nous le faisions déjà depuis 50 ans », et d’ajouter. « Nos contrats avec les agriculteurs sont annuels, mais nous travaillons avec les mêmes agriculteurs parfois depuis trois générations, et ils sont toujours basés sur les coûts de production. » Selon lui, la loi Agriculture et alimentation ne touchera pas Bonduelle, « elle conforte même notre business model » a-t-il souligné.

Cyril Bonnel