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Jeudi 17 février 2011 | multispécialiste/résultats

Forte croissance pour Danone en 2010


Danone a réalisé une bonne année 2010, avec une croissance organique de 6,9 %. La marge opérationnelle s’établit à 15,16 % (+ 3 points de base en données comparables) malgré un contexte de forte inflation des matières premières. 2011 sera l’année de l’intégration d’Unimilk, la fusion datant du 1er décembre dernier. Le groupe s’attachera notamment à redresser les marges, qui ont pâti de la forte augmentation du prix du lait en Russie en 2010.


Danone a annoncé un chiffre d’affaires de 17,01 Mds EUR, en croissance organique de 6,9 % (+ 13, 5 % en données publiées). « Notre croissance est très supérieure à pas mal de métiers de la grande consommation », a commenté Franck Riboud, p.-d.g. de Danone. Les volumes ont progressé de 7,6 % et le mix/prix a reculé de 0,7 %. Sur la fin de l’année toutefois, le mix/prix est repassé en positif. Son passage en négatif avait été initié fin 2008, avec le programme Reset, pour répercuter la baisse du prix des matières premières et limiter les effets de la crise. « La structure de la croissance est revenue à un modèle plus conforme à nos objectifs », a souligné Pierre-André Terisse, directeur financier. Le résultat opérationnel courant, à 2,578 Mds EUR, progresse de 7,1 % en données comparables et la marge opérationnelle courante passe de 15,31 % à 15,16 %. Le résultat net courant, à 1,669 Md EUR, progresse de 14,2 % en données comparables.

Retour à la normale de la structure de croissance des produits laitiers frais

Les produits laitiers frais, première activité du groupe (57 % du CA) progressent de 6,5 % en données comparables (hausse des volumes de 7,5 %), contre une progression de 1,6 % en 2009. Au quatrième trimestre, la croissance a été tirée par l’intégration d’Unimilk sur le mois de décembre. Les marchés prioritaires du pôle continuent à tirer la croissance, indique le groupe, à savoir les Etats-Unis, la Russie et le Brésil. « En Europe, la performance est contrastée entre le Nord et le Sud. Le Portugal et l’Espagne restent négatifs », souligne Pierre-André Terisse. L’activité est toujours tirée par Activia, qui affiche une croissance à deux chiffres et qui représente la moitié de la croissance des produits laitiers frais. A noter, Danone a procédé à des hausses de prix dans les pays où l’inflation était forte (Argentine, Ukraine, Turquie), ainsi qu’en Russie, où les incendies de l’été dernier ont fortement renchéri le coût du lait. La marge opérationnelle du pôle produits laitiers frais passe de 14,54 % en 2009 à 14,03 % en 2010.

L’eau se redresse en Europe

L’eau (16,9 % du CA) progresse de 5,3 % en données comparables (volumes en hausse de 7,8 %), contre un petit + 1 % en 2009. Ce marché, qui avait connu des difficultés, est revenu à une « croissance saine », d’après le groupe, qui met en avant la croissance du premier et du quatrième trimestres, peu impactés par la météo. Si la croissance a toujours été au rendez-vous dans les pays émergents, la stabilisation des marchés allemand et français a beaucoup joué dans le redressement de l’activité. La marge opérationnelle est relativement stable, passant de 12,56 % à 12,93 %.

Les activités nutrition infantile et médicale progressent fortement

La nutrition infantile et la nutrition médicale ont fortement progressé en 2010, affichant des hausses respectives de 8,9 % et 9 % en données comparables, pour des croissances volumes moindres (7,6 % et 8,7 %). La nutrition infantile (19,7 % du CA) a bénéficié d’une « accélération de la croissance en Asie, en Indonésie et en Chine », souligne Pierre-André Terisse. Le Royaume-Uni fait également partie des gros contributeurs à la croissance et sur cette activité, l’Asie dépasse désormais le milliard d’euros. La marge opérationnelle de l’activité passe de 18,32 % à 18,92 %.
La nutrition médicale (6,2 % du CA) réalise une bonne performance sur l’année, notamment compte tenu des progressions très fortes du second semestre 2009. L’Europe de l’Ouest et les pays émergents contribuent à part égale à la croissance sur ce marché. Sa marge opérationnelle recule de 20,57 % à 19,65 % du fait d’investissements pour renforcer la force de vente.

La croissance de demain restera dans les pays émergents

Concernant la répartition du chiffre d’affaires par zone d’activité, Franck Riboud déclare : « 1,9 % de croissance pour l’Europe, cela peut paraître faible, mais c’est une bonne nouvelle. Compte tenu de son poids, une évolution positive fait jouer à plein la croissance fulgurante des pays émergents. » L’Europe représente 55 % de l’activité du groupe, contre 14 % pour l’Asie et 30 % pour le reste du monde. Mais cette ventilation ne reflète qu’imparfaitement les tendances lourdes de l’organisation de l’activité du groupe. Depuis 2000, la part de l’Europe de l’Ouest dans le chiffre d’affaires est passée de 58 % à 39 % (ventilation incluant l’intégration d’Unimilk sur toute l’année 2010). La part des pays émergents est, elle, passée de 30 % à 49 %. « Et elle dépassera 51 % en 2011 », promet Franck Riboud. Au-delà des taux de croissance des pays émergents, il précise qu’il faut « jouer l’équilibre entre les différents pays pour gérer les risques. » Et pour l’avenir, les hypothèses du groupe misent sur une situation identique à celle que nous connaissons aujourd’hui, à savoir une croissance faible et une situation difficile en Europe de l’Ouest, contre des croissances très fortes dans les économies émergentes. En termes de rentabilité, la marge opérationnelle de l’Europe passe de 16,04 % à 15,7 %, celle de l’Asie de 17,72 % à 18,66 % et celle du reste du monde de 12,64 % à 12, 55 %. « La croissance des marges ne vient pas de la France. En France, nos marges ne font que baisser depuis cinq ans », précise Franck Riboud.
Les acquisitions de Danone en 2009 ont d’ailleurs plutôt visé les pays émergents et les Etats-Unis, dont la consommation de produits laitiers frais reste très en deçà de celle de l’Europe (six fois moins qu’en en France). En Europe, Franck Riboud confirme l’intérêt du groupe pour les fruits (Chiquita, Proviva, Immédia). Aux Etats-Unis, l’acquisition de Yo Cream (frozen yogourts en hors domicile) « peut servir de plateforme pour de nouveaux produits sur ce réseau ». L’acquisition de Medical Nutrition est qualifiée de bonne entrée sur le marché du « hors domicile médical ». L’année a également été marquée par l’acquisition de Qua en Inde (eau) et par la cession des parts dans Huyuan (jus de fruits) en Chine.

Intégrer rapidement Unimilk

Mais la grosse opération de l’année reste évidemment l’acquisition d’Unimilk en Russie. « Unimilk est une fantastique plateforme dans un énorme pays », souligne Franck Riboud. « L’intégration d’Unimilk va pas mal changer le groupe », souligne pour sa part Pierre-André Terisse.
Cette acquisition fait de Danone le premier acteur du marché, avec 21 % de part de marché sur les produits laitiers et 40 % sur les produits laitiers frais. Et place la Russie au même rang que la France, les deux pays contribuant au chiffre d’affaires à hauteur de 11 % (en intégrant Unimilk sur 2010). Si Will Bill Dann, repris par Pepsico après le désengagement de Danone n’est pas loin derrière, Franck Riboud mise sur l’expertise du groupe pour le développement des activités en Russie. « Dans la gestion des marques, d’habitude, nous prenons notre temps. Là, nous allons aller très vite et nous sommes en ordre de marche », explique-t-il. Des marques d’Unimilk, très fortes, pourront être conservées et l’intégration industrielle sera guidée par l’amélioration des marges, priorité de Danone dans ce dossier. Concrètement, le chiffre d’affaires combiné de Danone et Unimilk doit croître de 1 % grâce aux seules synergies de commercialisation (présence des deux gammes dans les circuits commerciaux) et la marge opérationnelle combinée doit croître de deux points d’ici à trois ans. D’ici à 2014, Danone mise sur une croissance de 15 à 20 % sur les yaourts et le lait aromatisé et sur une croissance de 5 à 10 % sur le lait.

Redresser les marges

Sur 2010, Unimilk a réalisé un chiffre d’affaires de 1,292 Md EUR, en hausse de 24 %. Cette hausse a été tirée par le prix du lait, qui a considérablement augmenté après les incendies de l’été. Dans ce contexte, Unimilk a privilégié la croissance des volumes (+ 9 %) et le gain de parts de marché, ce qui a évidemment pesé sur sa rentabilité. Sa marge opérationnelle s’est ainsi établie à 2 %, contre 6 % en 2009. « Il va falloir retravailler le niveau de marges à partir d’un point de départ un peu différent de ce qu’on attendait », admet Pierre-André Terisse, qui fixe un objectif de 5 % pour 2011. En incluant Unimilk sur l’ensemble de l’année 2010, le chiffre d’affaires de Danone aurait atteint 18,2 Mds EUR, soit un gain de plus d’1 Md EUR. Mais la marge opérationnelle, elle, en aurait pâti. Alors qu’elle a atteint 15,25 % pour les activités de Danone (en excluant Unimilk en décembre), elle aurait été de 14,32 % avec Unimilk.

Perspectives

Pour 2011, Danone anticipe des contextes de consommation similaires à ceux de 2010, à savoir une croissance faible en Europe, tandis qu’elle sera forte dans les pays émergents et une forte volatilité des matières premières. La croissance organique du chiffre d’affaires visée est de 6 à 8 %. La marge opérationnelle doit rester stable, avec un objectif de croissance de 0,2 %, généré pour deux tiers par Unimilk. Elle doit toutefois baisser sur le premier semestre avant un rattrapage au second semestre. Le groupe maintient son objectif de free cash flow de 2 Mds EUR pour 2012 (à 1,7 Md EUR en 2010, il a cru de 20 % ces trois dernières années).

(1) - avec 12 mois d’Unimilk dans les ventes

Rédaction Agra Alimentation