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Mercredi 30 janvier 2019 | surgelés

Frites surgelées : Bruxelles promet de « défendre les intérêts de l’industrie européenne »


L’Afrique du Sud en 2013, le Brésil en 2017 et maintenant la Colombie ont instauré des taxes pour combattre ce qu’ils appellent "le dumping exercé par les producteurs européens". Le 1er novembre dernier, le pays impose un droit antidumping de 8 % sur les importations de pommes de terre surgelées en provenance de la Belgique, de l’Allemagne et des Pays-Bas, considérant qu’elles étaient vendues en dessous du prix réel. "La Commission analyse actuellement les conclusions finales de la décision colombienne en termes de solidité juridique afin d’évaluer la possibilité de porter l’affaire devant le mécanisme de règlement des différends de l’Organisation mondiale du commerce », a indiqué la Commission européenne, alors qu’un eurodéputé français lui demandait si une plainte à l’OMC ne pourrait pas régler ce différend commercial.


Par la voix de Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée du commerce international, l’UE se dit « pleinement consciente de l’importance de la décision du gouvernement colombien et partage les préoccupations de l’industrie de la transformation de la pomme de terre concernant l’institution de mesures antidumping non seulement par la Colombie, mais aussi l’Afrique du Sud et le Brésil ». La commissaire suédoise a précisé que si l’UE décide de contester les mesures colombiennes à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la première étape consisterait à procéder à des consultations et ensuite à une mise sur pied d’un groupe spécial au niveau de l’OMC. Elle a aussi souligné que ce n’est qu’après avoir fait appel à la décision du groupe spécial que, dans un deuxième temps, l’organe d’appel de l’OMC entrerait en jeu. Cecilia Malmström a cependant reconnu que le règlement bilatéral des différends dans le cadre de l’accord de libre-échange (ALE) entre l’UE et la Colombie ne couvre pas la défense commerciale. Néanmoins, a-t-elle, indiqué : « Compte tenu de la bonne coopération avec la Colombie dans le cadre de l’ALE, la Commission européenne poursuit ses efforts en vue de trouver une solution mutuellement satisfaisante. » Quant à la réponse de l’UE aux mesures imposées par l’Afrique du Sud et le Brésil, soulevée par l’eurodéputé français Franck Proust (PPE), la commissaire européenne s’est bornée à rappeler que « l’Union a soutenu l’industrie européenne par des interventions techniques et politiques »…

"Surgelés européens vendus en dessous du prix réel"

L’Afrique du Sud en 2013, le Brésil en 2017 et ensuite la Colombie en novembre 2018, ont instauré des taxes pour combattre ce qu’ils appellent "le dumping exercé par les producteurs européens". Le gouvernement colombien a annoncé, le 1er novembre 2018, l’imposition d’un droit antidumping de 8 % sur les importations de pommes de terre surgelées en provenance de la Belgique, de l’Allemagne et des Pays-Bas, considérant qu’elles étaient vendues « en dessous du prix réel ». Le ministre colombien de l’Agriculture, Andrés Valencia Pinzón, a expliqué le 1er novembre dans une déclaration, que « 74 % des importations de pommes de terre congelées entrant dans le pays à des prix de dumping devraient désormais entrer à des prix qui n’affectent pas les producteurs colombiens ». Il a précisé qu’avant d’instaurer des droits antidumping sur les exportations européennes, les services colombiens ont procédé « à une enquête méticuleuse en 2017, enquête qui a pris en compte les éventuels dommages au secteur et aux variables du marché ».

La commissaire européenne, Cecilia Malmström, a indiqué de son côté, « qu’à vingt reprises et à différents niveaux, ses services ont contacté les autorités colombiennes" pour exprimer leur opposition à cette enquête qu’elle ne considère pas comme « très solide ». En ce qui la concerne, la Belgique, championne européenne des exportations de légumes surgelés, a soulevé ce problème au niveau de la réunion du 9 novembre 2018 du Conseil des ministres du commerce de l’UE et a obtenu le soutien du Conseil de l’UE sur cette question mais sans effet réel jusqu’à présent. Selon Belgapom (industrie belge du commerce et de la transformation de la pomme de terre), le secteur belge est passé ces dernières années d’une production de 500 000 tonnes en 1990 à 4,6 millions de tonnes en 2018. Plus de 90 % de la production est destinée à l’exportation et un tiers à des pays hors d’Europe.

Les échanges de marchandises entre la Colombie et l’UE, dont les relations commerciales sont régies depuis 2013 par un accord de libre-échange, ont atteint quelque 11,5 milliards d’euros en 2017. Le pays andin est le 46e partenaire commercial du bloc européen. L’UE a exporté vers la Colombie pour près de 6 milliards d’euros de produits, notamment des machines et du matériel de transport, tandis qu’elle a importé du pays d’Amérique latine pour 5,6 milliards d’euros de marchandises, principalement des produits végétaux et minéraux.

Aziz Ben Marzouq