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Jeudi 23 février 2012 | sécurité alimentaire/polémique

L’AESA se fâche tout rouge contre les attaques sur sa supposée soumission à l’industrie


La directrice exécutive de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire, Catherine Geslain-Lanéelle, n’a pas apprécié du tout le dernier rapport publié par les ONG Corporate Europe Observatory (l’observatoire européen des multinationales) et Earth Open Source, intitulé Une décennie d’influence industrielle à l’Autorité européenne de sécurité alimentaire l’accusant d’être inféodée aux industries alimentaires. Elle a tenu a le faire savoir haut et fort.


Vos efforts, quelle que soit leur motivation, ne réussiront pas à ébranler notre mission de protéger la santé publique européenne. Ils rendent par ailleurs un très mauvais service aux experts de l’AESA et aux institutions de l’Union européenne qui s’efforcent de protéger nos consommateurs ». C’est la réponse – on ne peut plus courroucée – que la directrice exécutive de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire, Catherine Geslain-Lanéelle, a réservée au dernier rapport publié par les deux ONG sous le titre Une décennie d’influence industrielle à l’Autorité européenne de sécurité alimentaire. Ce brûlot, fondé – disent ses auteurs – sur des documents et des entretiens avec le personnel de l’AESA, des eurodéputés, des membres d’ONG et des scientifiques, estime que l’AESA « a perdu la confiance du public du fait que des membres des groupes d’experts continueraient d’avoir des conflits d’intérêt, ce qui rend des changements radicaux absolument nécessaires ».

« L’AESA a déjà répondu aux critiques des ONG »
« Votre dernière tentative visant à saper la science de l’AESA et le système règlementaire alimentaire européen est tout sauf constructive. Les informations erronées sur le travail de l’AESA – que vous avez recyclées à plusieurs reprises – sont toujours aussi mal fondées ». La directrice exécutive de l’AESA n’a pas du tout apprécié le contenu du dernier rapport conjoint des ONG, Corporate Europe Observatory et Earth Open Source, effrontément intitulé Conflits indigestes ! Une décennie d’influence industrielle à l’Autorité européenne de sécurité alimentaire.
Dans une lettre assez sèche adressée aux deux ONG, la responsable de l’AESA se dit « déçue » de constater que, malgré les efforts de l’AESA d’engager le dialogue avec les ONG – comme lors de l’atelier de consultation organisé à Bruxelles en octobre 2011 – « celles-ci ne semblent pas disposées à comprendre la complexité de la science qui est traitée par les experts ou à apprécier les efforts et les investissements que l’AESA a réalisés pour la protection de son indépendance ». Elle leur lance même un défi : « Si vos conseillers scientifiques souhaitent s’engager de façon significative avec l’AESA, nous sommes prêts à le faire ouvertement et de manière transparente ». Dans l’intervalle, Catherine Geslain-Lanéelle ne compte pas pousser plus loin la chicanerie : « Je n’ai pas l’intention de donner foi aux fausses déclarations individuelles énumérées dans votre document confus et truffé d’erreurs ». Elle affirme qu’elle ne compte pas répondre à ce nouveau rapport accusateur car, rappelle-t-elle, « l’AESA l’a déjà fait à plusieurs reprises » et qu’elle-même s’était prêtée à une interview qu’elle avait accordée aux ONG avant l’ouverture de l’atelier d’octobre 2011 et que donc « elle n’avait rien d’autre à ajouter ».

Que contient exactement la charge des ONG ?
« Trop souvent, les décisions prises par l’AESA concernant la sécurité de nos aliments ne sont pas sous-tendues par une approche scientifique indépendante, mais par des données en provenance des milieux industriels », lit-on dans le rapport du Corporate Europe Observatory et de Earth Open Source. Selon celui-ci, les groupes d’experts de l’AESA fonderaient leurs opinions scientifiques concernant les produits dangereux tels que les pesticides et les OGM « essentiellement sur des études financées par l’industrie et ignorent souvent la recherche indépendante pour des raisons non justifiables sur le plan scientifique ». L’AESA, selon les deux ONG, aurait publié « des lignes directrices controversées pour l’évaluation des pesticides et des OGM qui bénéficient à l’industrie et non pas à l’intérêt public ». Dans certains cas, l’AESA aurait même « copié directement ses formulations de sources industrielles ». Pire : le rapport des deux ONG accuse « l’ensemble des experts de l’AESA qui décident dans ces matières de ne pas offrir tous des gages d’indépendance ». Nombre d’entre eux auraient également « des liens avérés avec des entreprises du secteur des biotechnologies, de l’alimentation et des pesticides ». Les groupes de pression de l’industrie alimentaire « seraient même représentés au conseil d’administration de l’AESA et des membres des groupes d’experts et la direction auraient aussi des liens systématiques très forts avec l’ILSI (International Life Sciences Institute), le groupe de pression industriel financé par les plus grandes multinationales du secteur alimentaire, de la chimie et du secteur des biotechnologies ». Si le rapport des ONG reconnaît qu’en 2011, l’AESA a redéfini sa politique d’indépendance sur les fondements scientifiques de ses prises de décisions et les conflits d’intérêt et qu’elle a même enregistré « quelques améliorations », il considère toutefois que cette politique « a échoué à prendre en compte les problèmes de fond que soulèvent la prégnance de l’industrie dans les travaux scientifiques employés par l’AESA et les conflits d’intérêts ».

Importants développements en 2012
Le rapport des deux ONG conclut que d’importants développements sont attendus en 2012, en dehors de la célébration du 10e anniversaire de l’AESA. Il cite en particulier la révision du règlement fondateur de l’AESA (règlement 178/2002), le renouvellement en mars 2012 de 8 groupes d’experts et du comité scientifique de l’AESA- lesquels, soulignent les auteurs du rapport, « montreront si oui ou non l’Autorité alimentaire européenne et les institutions européennes ont réellement l’intention d’introduire les changements qui s’avèrent nécessaires ».
Aziz Ben Marzouq