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Mercredi 30 janvier 2019 | riziculture

L’Europe taxe les riz cambodgiens et birmans


Unis, les producteurs de riz européens obtiennent des taxes d’importation sur les produits du Sud-Est asiatique et retrouvent le sourire.


L’ensemble des producteurs de riz des pays européens viennent d’obtenir la taxation des volumes importés du Cambodge et de Nyamar (Birmanie) jusqu’alors exemptés. La taxe d’application immédiate décidée par la Commission européenne s’élève à 175 € par tonne pour 2019, 150 € l’année prochaine et 125 € en année 3. Aucune disposition n’existe à ce jour pour les années suivantes. « Avec un prix de départ moyen de 200 € la tonne, ces riz en provenance d’Asie atteignent des coûts comparables au prix d’équilibre d’un riz de Camargue de 350 € la tonne », se félicite le Camarguais Bertrand Mazel, président de l’Union des riziculteurs européens.

Ces décisions résultent d’une mobilisation de l’ensemble des producteurs, unis pour une fois. Réunis à Milan en février dernier, leurs représentants professionnels ont réussi à convaincre une majorité d’Etats membres de la dangerosité des importations asiatiques pour l’équilibre économique de cette filière agricole. La France votait pour, l’Allemagne s’était abstenue et le Royaume-Uni votait contre. S’en est suivi une étude diligentée par la Commission. Ces travaux ont débouché sur une clause de sauvegarde sur l’application du règlement européen du 31 octobre 2012. Cette disposition assure des avantages douaniers aux produits en provenance des pays les moins avancés.

Croissance européenne

Pour la première fois depuis de très nombreuses années, les surfaces cultivées pourraient croître timidement en France de 3 000 ha à 4 000 ha supplémentaires. En 2018, la production couvrait 13 000 ha, bien loin des 28 000 ha des années fastes, jusqu’ à 32 000 ha dans les années 60. Forts de ce premier succès, les producteurs européens veulent imposer de nouvelles règles d’étiquetage pour informer les consommateurs sur l’origine des produits. Et accélérer l’harmonisation européenne sur les produits phytosanitaires. « Depuis plusieurs années, un pays comme la France impose des règles environnementales avec une limitation des produits autorisés plus réduite que dans les autres Etats membres auxquels s’ajoutent des charges fiscales et sociales plus lourdes », dénonce Bertrand Mazel.

Mais surtout, les riziculteurs européens croient possible la réalisation d’un vieux rêve : approcher l’autosuffisance alimentaire, voire un excèdent. Les huit pays producteurs assurent aujourd’hui les trois quarts des 4 millions de tonnes consommées dans l’Union. La France joue un rôle marginal avec 80 000 tonnes produites pour 300 000 tonnes consommées. Avec ces nouveaux tarifs, les trois premiers producteurs avec dans l’ordre l’Italie, l’Espagne et le Portugal comptent accroître leur volumes. 

Emmanuel Brugvin