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Mercredi 28 février 2018 | interview

« La réflexion est ouverte sur le modèle coopératif »


Coop de France annonce l’ouverture en mars d’un site de consultation publique où les agriculteurs-coopérateurs et les salariés des coopératives pourront s’exprimer. Une tournée régionale est aussi prévue jusqu’en juin pour accompagner cette réflexion sur le sens de l'engagement coopératif et son évolution. Explications du président Michel Prugue et du délégué général Pascal Viné.


Coop de France annonce l’ouverture en mars d’un site de consultation publique où les agriculteurs-coopérateurs et les salariés des coopératives pourront s’exprimer. Une tournée régionale est aussi prévue jusqu’en juin pour accompagner cette réflexion sur le sens de l'engagement coopératif et son évolution. Explications du président Michel Prugue et du délégué général Pascal Viné.

En quoi consiste votre message sur « Coopérer pour le bien commun » ?

MP : Il s’agit de montrer en quoi et comment notre modèle contribue aux attentes de la société. Dans ce cadre, nous avons la volonté d’interpeller et d’écouter notre réseau. Ainsi, nous allons engager une grande tournée régionale pour leur demander s’ils ont bien identifié les changements autour d’eux et s’ils ont revisité leur projet stratégique. Par ailleurs, tous les agriculteurs-coopérateurs et les salariés des coopératives pourront s’exprimer via une plateforme de débat qui sera créée au sein de Coop de France pour recevoir leurs avis à partir de questionnaires.

PV : Le système démocratique de la coopération est de plus en plus interrogé. On est interpellés sur l'amélioration de la transparence, alors que la coopérative est le seul endroit où on discute vraiment de manière démocratique du partage de la valeur. Nous sommes touchés par les évolutions de la société : développement du numérique, nouveaux modes de consommation… Notre modèle coopératif est aussi concerné par les nouvelles approches collaboratives. Ce qui pousse à une réflexion presque philosophique : quels sont les meilleurs modes d’organisation et de fonctionnement pour que le monde agricole puisse défendre ses intérêts dans un système complètement déséquilibré qu’est la chaîne alimentaire ? Nous sommes convaincus que celui-ci repose sur la force du collectif. La force du système coopératif, c’est aussi de se projeter dans le long terme.

Comment les adhérents et salariés vont-ils participer à cette réflexion sur le modèle coopératif ?

MP : Le questionnaire aux adhérents et salariés va se dérouler en une trentaine de points : leur vie coopérative, leurs ressentis, les atouts et faiblesses. Une autre partie du site internet comprendra des propositions sur lesquelles chacun sera appelé à donner son avis. Cette phase d’écoute est importante à l’heure où certains nous reprochent de ne pas être assez proches du terrain. Cette critique est incompréhensible alors que nos plus de 50 000 élus sont présents au quotidien dans leur coopérative.

Que pensez-vous de la réflexion lancée par le gouvernement sur l’objet social des entreprises ?

MP : Nous sommes très attentifs au Plan d’action lancé par Bruno Le Maire sur les entreprises (Pacte), projet de loi qui ouvre une réflexion sur l’entreprise et le bien commun. « Coopérer pour le bien commun » est justement le titre du manifeste présenté lors de notre congrès en décembre. L’idée est aussi d’expliquer en quoi notre modèle peut aider à faire évoluer la société : car pour un consommateur, choisir un produit coopératif, c’est aussi faire le choix d’agriculteurs organisés sur la base d’un modèle démocratique. Ainsi, les coopératives agissent pour le bien commun sur de nombreux aspects : proximité entre agriculteur et consommateur, diversité des modes de production, ancrage territorial, gains redistribués soit aux adhérents soit sous forme d’investissement. Elles n’ont peut-être pas assez communiqué sur les « preuves » de leur action.

PV : En effet, Coop de France a ouvert en juin une plateforme numérique, www.cooperationagricole.coop, au sein de laquelle les coopératives apportent ces « preuves ». Nous voulons montrer que le modèle coopératif est moderne, adapté à la société d’aujourd’hui.

Le projet de loi EGalim touche aux conditions de départ des associés coopérateurs, à la transparence dans la redistribution des gains des coopératives à leurs associés coopérateurs. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

PV : Sur les questions d’information, de transparence, de sortie des coopérateurs, il y a déjà beaucoup de dispositions législatives, dont certaines viennent tout juste d’être mises en œuvre. Ainsi, l’arrêté portant modèle de statut des coopératives, issu de loi pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt de 2014, n’a été publié que le 28 avril 2017 ! Selon nous, ces points ne relèvent pas de mesures législatives complémentaires. Mais c’est plus une question de pratiques : est-ce que toutes les coopératives partagent de manière explicite leur stratégie, apportent les bonnes informations, les mettent à disposition ?

Propos recueillis par Jean-Christophe Detaille, Agra Presse



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