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Jeudi 31 janvier 2013

La RSE, enjeu majeur pour les industries agroalimentaires


Coop de France, l’Ania et l’Afnor organisent, ce 31 janvier 2013, un colloque sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) dans l’agroalimentaire intitulé « Un levier pour la compétitivité de la filière, une attente forte de la société ». Les organisateurs de cette journée ont travaillé pendant plusieurs mois sur un guide d’utilisation publié en septembre dernier par l’Afnor, pour permettre aux industries de cette filière de s’engager dans une démarche RSE qui s’inscrit dans une norme internationale, dite ISO 26 000. S’associer à cette démarche doit être saisi comme une opportunité, non seulement pour les grands groupes mais également pour les PME. Elle est l’occasion pour les entreprises d’améliorer la cohésion sociale en leur sein, par un meilleur dialogue, se différenciant ainsi de la concurrence, gagner en compétitivité et améliorer sa productivité économique et industrielle. Les porteurs de ce projet (Coop de France, Coop de France Aquitaine et l’Ania) ambitionnent de proposer un référentiel commun à toutes les entreprises pour y parvenir, laissant ensuite la liberté à chacune d’en choisir les moyens.


Une étude menée par le Credoc en juin 2011, dans le cadre de son enquête annuelle sur la consommation, montrait que les consommateurs avaient pour une large majorité entendu parler de ce sigle a priori barbare de RSE, et mieux qu’ils en connaissaient la philosophie. Cette prise de conscience interpelle désormais largement les industriels qui l’intègrent dans leurs politiques de communication, considérant les consommateurs comme de véritables « parties prenantes » qu’il convient d’informer et de protéger. Les industriels de l’agroalimentaire sont en pointe sur ce sujet sociétal et se veulent pionniers dans une démarche de progrès qui associera toutes les entreprises de ce secteur pour tendre vers un niveau de responsabilité sociétal exemplaire.

L’industrie agroalimentaire en pointe sur le sujet

La réflexion menée depuis quelques mois par Coop, l’Ania visait à donner un cadre aux acteurs de la filière agroalimentaire « pour s’approprier les normes internationales, consensuelles et reconnues par tous définies par l’ISO 26 000 afin d’assoir leurs stratégie de développement durable », explique Olivier de Carné, chef de projet du groupe de travail Afnor « ISO 26000 agroalimentaire » – et responsable du département « Industries-Distribution-Consommateurs » de Coop de France. Cela a donné naissance à un guide d’utilisation diffusé depuis la fin de l’année par l’Afnor. Il offre trois possibilités pour les industriels, précise Olivier de Carné : « Soit se l’approprier pour s’initier à cette démarche ISO 26 000, soit s’orienter vers un diagnostic d’évaluation de sa démarche par un organisme externe ou encore pratiquer un autodiagnostic, seul ou en se faisant accompagner ».
Le guide, à l’élaboration duquel ont également participé la FNSEA, la Plate forme du commerce équitable, le Pôle industriel des Mousquetaires, « ne se veut pas un cahier des charges, mais doit donner des exemples de démarches à suivre et de bonnes pratiques qui pourront être suivies sur une base volontaire », confirme Carole Fonta, directeur du développement durable au sein de l’Ania. « Le but est de donner des outils où chacun ira chercher son besoin ». Certaines entreprises ont déjà bien avancé dans cette démarche qui avait pu être initiée par la précédente norme SD 21000, norme française sur le management des entreprises et le développement durable qui existe depuis un peu plus de dix ans, rappelle Carole Fonta. Ainsi, au sein de l’Association, existent des groupes de travail qui ont déjà beaucoup avancé sur les problématiques de quotas de CO2, d’installations classées, d’éco-emballages, d’informations environnementales. Cela a constitué une bonne base de travail pour la norme ISO 26 000 qui a ajouté des volets touchant aux droits de l’homme ou aux consommateurs.

Harmonisation des méthodes

Toutes les entreprises ne sont toutefois pas aussi avancées dans la mise en œuvre de ces préconisations anciennes. L’adoption de nouvelles pratiques montrera les mêmes limites, dans le calendrier d’intégration de celles-ci. Dès lors, « il n’est pas possible d’imposer une méthodologie unique, mais davantage de proposer une harmonisation des méthodes », explique Rachel Blumel, directrice du département chaîne alimentaire durable à Coop de France. « Chaque entreprise doit choisir et valoriser sa propre démarche, aussi nous n’avons pas souhaité imposer un modèle », poursuit-elle. Elle peut en revanche s’inspirer des expériences des autres. « Nous sommes conscients que les entreprises ne peuvent pas progresser au même rythme, mais celles qui ont déjà progressé doivent communiquer et valoriser leur expérience ».

Une démarche volontaire

La base de la démarche se veut une adhésion volontaire. « L’accord élaboré est avant tout un document pragmatique, pédagogique permettant aux entreprises de disposer d’outils pour s’approprier les sept questions centrales de la norme ISO 26 000, dans un délai très court », rappelle Olivier de Carné. Certains l’utiliseront pour s’initier à la démarche et entrer dans ce processus, d’autres plus avancés pourront choisir une évaluation des étapes franchies par un organisme tiers extérieur ou au contraire préférer un autodiagnostic, seul ou en choisissant un accompagnateur. « Tout l’intérêt de ce document est d’offrir un référentiel qui doit être reconnu par la filière pour parler le même langage », observe Carole Fonta. Les outils mis à la disposition des entreprises pourront être différents, explique-t-elle. L’ANIA propose ainsi un outil d’autoévaluation qui servira de base pour une démarche de progrès. « Il sera mis en ligne sur le site de l’Association et accessible gratuitement pour ne pas constituer un frein ». Il est actuellement testé avec des entreprises pilotes et sera validé tout prochainement. De leur côté, les coopératives pourront continuer de s’appuyer sur son outil d’accompagnement et de diagnostic 3D (Destination Développement Durable) créé en 2005 par Coop de France Aquitaine, précurseur sur le sujet.

Informer le consommateur

« Il reste également à informer le consommateur sur ce que recouvre la RSE, car il y a une attente et une démarche critique. Nous y sommes attentifs, car un consommateur est capable de privilégier une marque par rapport à une autre sur certains de ces critères sociétaux ou environnementaux », reconnaît Carole Fonta. Le problème est qu’il n’existe pas d’indicateurs reconnus par tous. Les groupes de travail communs n’ont pas encore réellement abordé le sujet de référents acceptés par tous. Le problème est en effet assez délicat. Il suffit pour s’en convaincre de constater qu’il aura fallu plus d’un an avant que ne soit publié le décret n° 2012-557 du 24 avril 2012 relatif aux obligations de transparence des entreprises en matière sociale et environnementale, décidé lors du Grenelle de l’environnement. Encore ne s’applique-t-il qu’aux entreprises de plus de 500 salariés, celles étant cotées en bourse y étant soumises depuis plus longtemps. Pour les plus petites, le calendrier va au-delà de 2015, voire 2016. Le ministère de l’Ecologie réfléchit bien à un label RSE, mais n’a pas souhaité nous informer de l’avancement de ses réflexions. « L’information demeure toutefois un enjeu majeur», reconnaît Rachel Blumel. Les coopératives entendent le faire à trois niveaux : tout d’abord mettre en avant les initiatives pertinentes qui ont pu être réalisées, ensuite organiser la communication entre les entreprises, enfin avoir une communication vers le grand public ». Le plan de communication annoncé par Accoa, lors de son assemblée générale ira en ce sens.
Coopératives et privés sont conscients qu’ils ont tout à gagner à mettre en valeur les efforts accomplis dans l’amélioration des conditions et relations de travail dans leurs entreprises, du respect de leurs fournisseurs, de leurs engagements dans la politique d’achat de leurs matières premières, de leur implication en faveur de la sécurité alimentaire, de la protection de l’environnement, de leur participation au développement des territoires. L’enquête réalisée par le Crédoc en juin 2011 montre « qu’au final, dans leur représentations de la responsabilité sociale des entreprises, les consommateurs ne se posent plus comme des acheteurs de biens et de services… Deux questions retiennent prioritairement leur attention : celle de l’environnement et surtout celle des conditions de travail et d’emploi des salariés ».

PB