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Jeudi 15 octobre 2015 | bio/stratégie

Le bio-business de Wessanen


Le néerlandais Wessanen (Bjorg, Bonneterre, Evernat, Clipper, Isola Bio, Alter Eco…) a fortement réduit la voilure dans les années 2000 pour se désendetter et s'est totalement recentré, depuis deux ans, sur les produits bio et naturels. Si le chiffre d'affaires a baissé de moitié entre 2012 et 2014, la performance économique, elle, est au rendez-vous. Car l'équipe dirigeante promeut une alimentation saine et bio, mais dans le respect des exigences de rentabilité auxquelles se soumet une société cotée.


Bjorg, Alter Eco, Clipper… Qui penserait, en observant le portefeuille de marques de Wessanen, que le groupe fête cette année ses 250 ans ? Présente sur des marchés de niche, le bio, le sain et le naturel, l'entreprise affiche une croissance de start-up sur des marchés nés en réaction à l'industrialisation de l'agriculture et de l'a-limentation. Dans les années 2000, Wessanen, dont le chiffre d'affaires se comptait en dizaines de milliards de francs, a procédé à de nombreuses cessions pour se désendetter. En 2009, le groupe annonce son recentrage sur les produits bio et sains, mais son portefeuille d'activités reste plus large. Le pari d'une offre uniquement constituée de produits alimentaires alternatifs (95 % des produits sont végétariens) est pris à l'arrivée de Christophe Barnouin à la direction générale du groupe en 2013. Ce dernier a passé en France une dizaine d'années à développer Distriborg, qui est aujourd'hui la première filiale de Wessanen.

UN POSITIONNEMENT ASSUMÉ

« Notre objectif, c'est d'apporter une alimentation bio, végétale et/ou issue du commerce équitable. Nous pensons que la santé ne consiste pas à rajouter des molécules dans la nourriture, mais déjà à manger moins de produits d'origines animales, explique Christophe Barnouin. Nous essayons de bâtir une entreprise alternative à l'alimentation conventionnelle et le faire de façon européenne, tout en respectant les codes du bio, avec de petites marques locales comme Bonneterre, Tartex ou Allos. » Pour aligner les activités sur cette vision, des actifs ont été cédés (Natudis, Izico, American Beverage Corporation…), réduisant encore le périmètre du groupe, qui a vu son chiffre d'affaires passer de 711 à 407,3 millions d'euros entre 2012 et 2013. Les effectifs ont diminué en conséquence. Outre les cessions, 300 équivalents temps plein ont été supprimés en 2012. En 2014, l'effectif moyen était de 822 personnes, auxquelles il faut désormais ajouter les 90 salariés d'Abafoods, dont l'acquisition a été finalisée en janvier.

CROISSANCE RAPIDE ET DÉSENDETTEMENT

Pour l'heure, les résultats suivent. En 2014, le résultat d'exploitation, à 23,6 millions d'euros, a progressé de 21 %, pour un chiffre d'affaires en hausse de 6,4 %, à 434 millions d'euros. Au premier semestre 2015, le groupe a de nouveau enregistré de bonnes performances, avec un résultat d'exploitation en hausse de plus de 10 % (à 19,2 millions d'euros), pour un chiffre d'affaires en croissance de plus de 20 %, à 263,2 millions d'euros. « Non seulement la croissance est forte, mais nos marques gagnent des parts de marché », commente Christophe Barnouin, qui précise que Wessanen a mis à profit les cessions des dernières années pour se désendetter. La dette nette du groupe était ainsi nulle au 31 décembre 2014, avant l'acquisition d'Abafoods. « Nous sommes une entreprise cotée, avec des exigences de profit, mais nous pouvons mener cela de front avec une exigence et une vision sociétales », explique Christophe Barnouin. Cette vision, qui repose notamment sur le développement de produits de substitution à la viande, rencontre un écho auprès des investisseurs. « Delta Partners, notre premier actionnaire, avec 25 % du capital (1), est très intéressé par les alternatives à la viande et au lait », assure le dirigeant.

La mission que s'est fixée le groupe va « au-delà d'une simple certification bio », poursuit-il. « Nous essayons d'aligner nos pratiques sur les principes que nous prônons pour nos consom-mateurs », détaille Daniel Tirat, qui a succédé à Christophe Barnouin à la tête de Distriborg (après avoir géré les 2 Vaches, la marque bio de Danone). De nombreuses formations sont organisées, avec des interventions de salariés en interne, ou l'intervention d'experts extérieurs à l'entreprise. Les collaborateurs sont invités à participer à des déjeuners sans viande le jeudi. Des activités spor-tives leur sont par ailleurs proposées.

DES APPROVISIONNEMENTS BIO ET PRAGMATIQUES

En matières d'approvisionnements également, Wessanen veut développer des pratiques vertueuses. « 85 % de notre énergie sont renouvelables », se félicite Christophe Barnouin.

Avec Alter Eco, Wessanen a repris, en 2013, une marque experte du commerce équitable et des relations avec les paysans des pays du sud. En France, Bonneterre travaille sur un projet avec des éleveurs de porc (Vendée et Bayonne). « Le grand défi dans cette filière, c'est la gestion de l'équilibre matière », explique Daniel Tirat. Autres exemples, l'exploitation de terres en direct et la contractualisation à long terme. Avec la reprise d'Abafoods, Wessanen a ainsi acquis 420 hectares gérés en propre (soja et épeautre) et 280 hectares sous contrat (avoine).

Si les pionniers de la bio militent souvent pour une agriculture paysanne, Wessanen n'entre pas dans ce débat. « Ce que nos consommateurs attendent en plus de la certification bio, ce sont des explications, de la pédagogie et une politique nutritionnelle claire », estime Daniel Tirat.

FEUX DE COULEUR : « CELA NE NOUS EFFRAIE PAS »

La position de Distriborg sur les feux de couleur envisagés par le gouvernement pour les produits alimentaires constitue un exemple particulièrement remarquable de la volonté du groupe d'aligner les principes et la pratique. « Toute initiative de ce type doit avoir comme objectif d'être bien comprise du consommateur. Mais elle ne nous effraie pas. Nous avons vocation à tendre vers le mieux-disant nutritionnel et finalement, tout ce qui amène de la transparence et une meilleure information au consommateur nous rend service », explique Daniel Tirat.

INDUSTRIE ET SOUS-TRAITANCE

À la fois producteur, industriel et distributeur, Wessanen déploie son offre avec pragmatisme. Certains produits sont fabriqués par les cinq usines du groupe mais pas tous. « Un tiers de nos revenus provient de produits fabriqués en interne », indique Christophe Barnouin. La fabrication de la majorité d'entre eux est donc sous-traitée à un réseau de partenaires. « Sur les biscuits, les technologies sont très nombreuses. Nous avons donc plus intérêt à nouer des partenariats avec des fabricants », estime le dirigeant. « C'est un savoir-faire d'animer un tel réseau, et pour nous c'est une force, commente Daniel Tirat. Il nous arrive même d'utiliser des savoir-faire transversaux avec l'ensemble de nos partenaires, comme nous l'avons fait pour retirer l'huile de palme. »

Si Wessanen n'a pas l'intention d'intégrer l'ensemble de ses fabrications, le groupe n'en étudie pas moins des opportunités de croissance externe. « Nous étions champions du soja mais il y avait un vrai enjeu sur d'autres alternatives végétales, comme le riz et l'amande. C'est ce qui a motivé l'acquisition d'Abafoods dans les boissons végétales en Italie, explique Christophe Barnouin. Pour nous, le grand sujet fondamental, ce sont les alternatives aux produits à base de viande et de lait, qu'il ne faut pas surconsommer. La taille n'a pas d'importance. » Mais si les protéines végétales connaissent le développement que leur promettent les prospectivistes, Wessanen pourrait bien, à nouveau, devenir grand.

(1) Entré au capital de Wessanen en 2009, le fonds Delta Partners a depuis augmenté sa participation en plusieurs temps, jusqu'à détenir en détenir 25 %. C'est le premier actionnaire du groupe, devant Invesco Limited, qui détient moins de 5 % des parts.

LES USINES DU GROUPE

Beaminster (Royaume-Uni) : thé et café Drebber (Allemagne) : petit déjeuner, céréales, biscuits, tartinables et miels Freiburg (Allemagne) : tartinables et sauces Badia Polesine (Italie) : boissons végétales Viadana (Italie) : boissons végétales

HISTORIQUE DES OPÉRATIONS

2015 Cession de American Beverage Corporation Acquisition d'Abafoods, cession de BioDistrifrais
2014 Cession d'Izico Cession de Natudis
2013 Acquisition d'Alter Eco
2012 Acquisition de Clipper
2011 Cession de Tree of Life UK et Kalisterra
2010 Cession de Panos Brands
2009 Cession de Karl Kemper, Liberty Richer, Tree of Life North America, Righi

MD



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