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Mercredi 23 janvier 2019 | nutrition

Le changement des régimes alimentaires, nécessaire pour l’environnement et la santé


Un collectif de scientifiques a travaillé pendant trois ans sur le régime alimentaire idéal à adopter pour répondre aux défis environnementaux et sanitaires du XXIe siècle. Ils appellent à un « changement radical » de nos habitudes alimentaires, avec notamment une baisse drastique de la viande rouge et une forte augmentation des sources de protéines végétales et de la consommation de fruits, légumes et noix.


« Nourrir une population de 10 millions de personnes en 2050 avec un régime sain et durable sera impossible sans un changement radical des habitudes alimentaires ». Le projet scientifique « EAT-Lancet Commission on Food, Planet, Health » a dévoilé le 17 janvier ses travaux sur les défis de santé publique et d’environnement posés par la production alimentaire actuelle.

Réunissant 37 experts (spécialisés en santé, nutrition, développement durable, systèmes alimentaires, économie et gouvernance) de 16 pays différents, ces travaux, qui ont duré trois ans, livrent des constats sans appel. « La production alimentaire est en train d’épuiser les limites de la planète, encourageant le changement climatique, la baisse de biodiversité, la pollution de l’eau au nitrate et au phosphore et l’épuisement des sols », s’alarment ainsi les chercheurs.

Or, les scientifiques en sont convaincus : il est possible de nourrir de façon durable et saine l’humanité. Mais une « transformation du système alimentaire global est urgente » pour y parvenir.

Une diminution par deux de la viande rouge

Pour cela, il est tout d’abord nécessaire de « réduire le gaspillage alimentaire » et « d’améliorer la production de nourriture », et, ce, grâce à une « coopération globale » entre les États, afin d’aboutir à une « gouvernance globale » de la terre et de l’eau.

Mais le cœur du défi se joue sur la question des habitudes alimentaires. Les experts recommandent une baisse de moitié de la consommation de viande rouge et de sucre, notamment dans les pays occidentaux, dont le régime alimentaire est trop calorique. En Amérique du Nord, on mange ainsi « 6,5 fois plus de viande rouge que la quantité recommandée ».

Même chose pour les féculents, qui, partout, prennent trop de place dans nos régimes alimentaires. Au contraire, les chercheurs préconisent un doublement de la consommation de noix, fruits, légumes, au niveau mondial.

10,9 millions de morts par an évités

Ce changement de régime pourrait éviter « entre 10,9 et 11,6 millions de morts prématurées par an, dues à l’alimentation, soit entre 19 et 23,6 % des morts à l’âge adulte », indiquent les auteurs de ces travaux.

Cette étude rejoint les conclusions des travaux de l’Université d’Oxford pour le Forum économique mondial, publiés le 3 janvier dernier. Selon cette étude (voire Agra Presse n°3675) ; remplacer la consommation de bœuf par d’autres sources de protéines pourrait éviter « 2,4 % de morts causées par l’alimentation dans le monde », une proportion qui atteint « 5 % dans les pays développés ».

Un tel changement d’habitude alimentaire à l’échelle globale permettrait par ailleurs de juguler les effets de l’alimentation sur le changement climatique en stabilisant les émissions de méthane et d’azote, à un niveau entre 4,7 et 5,5 gigatonnes en 2050, contre 5,2 en 2010, avec un système alimentaire nourrissant près de 4 milliards d’individus en plus.

Cultures variées et riches, plutôt que monocultures produisant de gros volumes

Les experts préconisent donc plusieurs stratégies pour atteindre cet objectif. D’abord, des politiques publiques ambitieuses pour « encourager les populations à avoir un régime alimentaire sain », avec des programmes d’éducation, mais aussi en rendant moins cher ce type de régime alimentaire.

Les travaux préconisent également une réforme du modèle agricole, visant à privilégier « des cultures variées riches en nutriments », par rapport à des « monocultures produisant des gros volumes », pour aboutir à une « intensification durable de l’agriculture ». Les politiques doivent inciter financièrement « les producteurs à privilégier les cultures de plantes très nourrissantes », par rapport à l’élevage.

Toutefois, « dans certains contextes, l’élevage est important pour la nutrition et les écosystèmes », et le rapport « bénéfice risque » de l’élevage » doit être « évalué au cas par cas », indiquent les chercheurs.

L’Inra défend l’élevage « conduit de façon agro-écologique »

L’Inra a publié, le 11 janvier dernier, un avis scientifique sur les « bénéfices et limites d’une diminution de la consommation de viandes » sur l’environnement. Selon l’institut, la diminution de consommation de viande permettrait effectivement de « réduire l’empreinte environnementale de l’alimentation », en « diminuant les émissions des gaz à effet de serre », en « économisant sur les ressources en eau » et en « diminuant leur pollution par des nitrates », tout en « réorientant des terres cultivables vers l’alimentation humaine sans augmenter la déforestation ». L’institut s’empresse toutefois de nuancer son propos, en précisant que l’élevage, « conduit de façon agroécologique », apporte également « des services environnementaux, en utilisant des surfaces en prairies impropres à la culture mais favorables à la biodiversité, au stockage du carbone, à la filtration de l’eau ».

Consommation de viande : Interbev critique le rapport de l’EAT-Lancet Commission

Interbev a vivement critiqué, dans un communiqué du 18 janvier, les conclusions du rapport du collectif international de scientifiques EAT-Lancet Commission on Food, Planet, Health », publiées le 17 janvier, qui recommandent une baisse de 50 % de la consommation de viande rouge dans le monde, pour des raisons environnementales et sanitaires. L’interprofession dénonce une « incitation à supprimer totalement la viande », compte tenu du régime préconisé par les auteurs du rapport (14 g par jour en moyenne). Elle appelle également à ce que « l’ensemble des impacts » de ce régime soient considérés, « autant ceux liés à la réduction de certains aliments que ceux liés à l’augmentation des autres ». Se basant sur l’avis de l’Inra publié le 11 janvier dernier sur le sujet, elle alerte également sur « les conséquences de la disparition de l’élevage », qui « apporte des services environnementaux », en termes de « biodiversité », de « stockage du carbone » et de « filtration de l’eau ».

FC, Agra Presse