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Jeudi 14 décembre 2006 | etiquetage nutritionnel

Les consommateurs en faveur d’un « signposting » simple


Au cœur des préoccupations de tous les acteurs liés de près ou de loin à l’agroalimentaire, l’étiquetage est également l’objet de nombreuses études depuis quatre ans, et notamment d’une recherche menée à l’été 2006 par l’EUFIC (European Food Information Council) basé à Bruxelles, sur la réponse des consommateurs à l’information nutritionnelle contenue sur les étiquettes des produits alimentaires. Cette analyse met en évidence l’intérêt des consommateurs pour l’information postée sur les packagings, et plus particulièrement le devant du produit. Ils attendent une information simple mais complète et qui ne soit pas trop coercitive. Certains intervenants, assistant à la conférence de présentation de l’étude, n’ont pas manqué de faire remarquer que l’utilisation depuis de longues années de l’étiquetage nutritionnel ne semble pas avoir d’efficacité, notamment sur les populations les plus exposées à l’obésité.


L’étiquetage des produits alimentaires est devenu un sujet de santé publique. Après les acteurs de l’industrie agroalimentaire, après la Commission européenne, c’est maintenant au tour des professionnels de la santé de se prononcer sur le sujet. Dans un rapport qui vient d’être publié, l’Académie nationale de médecine déplore le manque de lisibilité et de clarté pour le consommateur non averti de l’étiquetage des eaux en bouteille. Bien que soulignant la qualité globale « excellente » des eaux de boisson, l’Académie dénonçe le fait que les teneurs en minéraux et oligo-éléments indiquées sur l’étiquette sont loin d’être suffisamment transparentes pour le grand public, et réclame donc une information « plus précise, plus explicite et plus lisible ». Elle demande également « haut et clair » une meilleure information sur le taux de sucre des eaux supplémentées aromatisées, qui peuvent être « catastrophiques » pour les diabétiques ou même les enfants et adolescents dans l’optique de la lutte contre l’obésité. L’expression par 100 ml de la teneur en sucre de ces eaux, quand bien même le contenant est d’un litre, peut notamment induire le consommateur en erreur. En matière d’étiquetage, le défi principal des industriels et des pouvoirs publics réside aujourd’hui dans l’alliance même de deux des qualités informationnelles revendiquées par l’Académie : précision et lisibilité. Des qualités revendiquées également par le consommateur.

Les consommateurs sont-ils sensibles à l’étiquetage nutritionnel ?

C’est du moins ce qu’a mis en évidence une recherche de l’EUFIC (Conseil européen de l’information sur l’alimentation) dévoilée par le docteur Josephine Wills, son directeur général, lors d’une conférence dans le cadre de la chaire européenne « Filière d’excellence alimentaire » de l’Essec. Se fondant sur une cinquantaine d’études (académiques ou d’entreprises) conduites dans l’Union européenne (à 15) entre 2003 et 2006, l’EUFIC a étudié la réponse des consommateurs à l’information nutritionnelle contenue sur les étiquettes des produits alimentaires.

Un intérêt évident

Premier résultat rassurant de cette analyse : les consommateurs européens sont conscients du lien entre leur alimentation et leur santé et se disent très intéressés par l’information nutritionnelle contenue sur les packagings (avant tout des produits élaborés), l’intérêt étant plus prononcé chez les femmes, les parents et les seniors. Si 20 % des personnes interrogées disent regarder systématiquement l’information nutritionnelle, et 50 % occasionnellement, les études de comportement suggèrent des taux bien inférieurs. La recherche menée démontre par ailleurs une certaine confusion sur la terminologie. Les calories, les féculents, la matière grasse ou le sucre sont des notions bien intégrées, c’est moins vrai pour le sodium, le cholestérol, les acides gras ou la graisse saturée. L’expression de la valeur énergétique en kJ ou kcal, de même que l’expression « pour 100 g / 100 ml » ou « par portion » sont également sources de confusion.

Un désir de simplicité et de précision de l’information

Que désirent donc les consommateurs ? Ils aiment les étiquettes simplifiées et l’information sur le devant du packaging – soit le « signposting », c’est-à-dire la présence d’un message simplifié sur le devant du packaging qui résume l’information plus complexe donnée au dos du produit –, tout en bénéficiant d’une information complète et non contraignante. Les logos signifiant que le produit est bon pour la santé ou les feux colorés sont donc moins appréciés que l’information en termes d’apports journaliers recommandés, en raison de leur caractère incomplet et trop coercitif, les formats de présentation (histogramme, pourcentages…) étant différemment perçus par les différentes catégories de consommateurs.

Une utilisation et une utilité réelles qui restent à démontrer

Mais l’essentiel, somme toute, est la compréhension et l’utilisation de l’information par les consommateurs. Si la majorité d’entre eux – les groupes sociaux les moins élevés ayant les plus grandes difficultés – comprend les formats de « signposting » les plus communs et peut en retransmettre l’information, ils ont du mal à voir comment les utiliser dans la composition générale d’un régime alimentaire. L’analyse menée par l’Eufic ne permet pas de savoir comment l’information nutritionnelle présente sur le packaging est utilisée en situation réelle, quel est son impact sur l’acte d’achat, et comment elle affecte les habitudes alimentaires des consommateurs. Elle montre cependant d’une part qu’un « feu rouge » sur un produit n’empêche pas le consommateur de l’acheter, soit par goût pour ce produit, soit pour se faire plaisir, mais d’autre part que les intentions d’achat de produits peu recommandés pour leurs qualités nutritionnelles diminuent quand une information est présente sur le devant du packaging. Reste à déterminer si l’existence d’un système de régulation harmonisé au niveau européen, alors même que les cultures alimentaires sont très différentes entre les différents pays de l’Union, est possible. Reste à savoir si l’efficacité d’un mode de communication de l’information nutritionnelle via l’étiquetage, utilisé depuis des années sans effets sur l’obésité, peut encore être espérée, notamment auprès des classes sociales qui en ont le plus besoin. Et peut-on enfin attendre de l’étiquetage nutritionnel qu’il fasse tout le travail d’éducation nécessaire sur l’alimentation et la santé ?

Elisabeth de Rosanbo



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