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Mercredi 06 février 2019

Limagrain : la rentabilité recule en 2017/2018


Le groupe coopératif, spécialiste des semences, a vu sa rentabilité reculer au cours de l’exercice 2017/2018 (clos le 30 juin), notamment à cause des difficultés rencontrées en Amérique du Sud. Sa branche consacrée aux produits céréaliers a souffert de l’incendie d’un de ses sites en Belgique et d’une situation complexe au Brésil, où il pourrait céder son usine.


Le groupe coopératif, spécialiste des semences, a vu sa rentabilité reculer au cours de l’exercice 2017/2018 (clos le 30 juin), notamment à cause des difficultés rencontrées en Amérique du Sud. Sa branche consacrée aux produits céréaliers a souffert de l’incendie d’un de ses sites en Belgique et d’une situation complexe au Brésil, où il pourrait céder son usine.

C’est un exercice 2017/2018 (clos le 30 juin) complexe qu’a bouclé le groupe coopératif Limagrain, avec un chiffre d’affaires « de près de 2,5 milliards d’euros », en léger recul par rapport à l’exercice précédent. La rentabilité nette a de son côté fortement baissé, passant de 90 millions d’euros à 77 millions d’euros. Selon la direction de la coopérative, les difficultés ont éclos sur le marché brésilien où une véritable « guerre des prix », selon les mots de Damien Bourgarel, le directeur général, a eu lieu entre semenciers. Et les aléas climatiques ont abouti à des récoltes moins généreuses. En revanche, les marchés ukrainien et russe ont réalisé de « beaux développements, surtout pour le maïs et le tournesol ». L’activité de semencier de Limagrain, opérée par la société Vilmorin (contrôlée à 73,8 % par Limagrain et cotée à la Bourse de Paris) atteste de ces résultats : ses ventes 2017/2018 ont atteint 1,606 milliard d’euros (1,715 milliard d’euros en 2016/2017) et son résultat net 76,9 milliards d’euros (90,1 millions d’euros en 2016/2017).

La coopérative continue de parier sur l’international qui génère l’essentiel du chiffre d’affaires. Au cours de l’exercice écoulé, Limagrain a ainsi réalisé deux acquisitions sur les marchés très convoités du Brésil et de l’Argentine, 3e et 4e marchés mondiaux pour les semences. « Ces deux entreprises représentent un chiffre d’affaires additionnel de 40 millions de dollars par an et nous permettent de viser une part de marché de 7 % dans ces pays pour les espèces de maïs et de tournesol », détaille Damien Bourgarel.

Cap sur les ingrédients exclusifs

La branche dédiée aux ingrédients céréaliers (Limagrain Céréales Ingrédients) a connu un développement avec l’acquisition d’Unicorn Grain Specialities en juin 2018, société néerlandaise spécialisée dans des ingrédients céréaliers et les légumineuses pour l’alimentation humaine et animale, réalisant 50 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. « Unicorn propose des farines fonctionnelles qui permettent aux industriels de se passer d’additifs grâce à une sélection des variétés de céréales et la mise en œuvre de process particuliers », détaille Damien Bourgarel. Cette acquisition illustre la ligne de conduite de la branche ingrédients : développer des produits uniques positionnés sur des marchés de niche. Elle a affiché un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros en 2017/2018 et emploie 330 salariés dans deux sites industriels en France et aux Pays-Bas.

Jacquet Brossard, fabricant de pains et de gâteaux, a quant à lui réalisé un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros en 2017/2018. « Les marques Jacquet et Brossard progressent en parts de marché et en chiffre d’affaires en France, leur principal marché avec 80 % de ses ventes », détaille le directeur général du groupe coopératif. En revanche, à l’international, les marques ont rencontré plus de difficultés. « L’une de nos deux usines belges, celle qui fabrique des gaufres, a été détruite par un incendie fin 2017, ce qui a posé des problèmes d’approvisionnement. La production va bientôt redémarrer avec des lignes toutes neuves », explique Damien Bourgarel.

La cession de l’usine brésilienne est à l'étude

Quant au Brésil, où Jacquet Brossard possède une usine de gâteaux (commercialisés sous la marque Jacquet), la situation économique rend l’activité compliquée. L’entreprise avait commencé la distribution de ses brownies via les supermarchés Casino, mais l’organisation de la distribution sur place oblige l’industriel à suivre la commercialisation de ses produits magasin par magasin. « Nous n’avons pas atteint la taille critique dans ce pays pour pouvoir nous y maintenir seul », explique le DG. « C’est pourquoi nous étudions la possibilité de céder l’usine à un partenaire qui pourrait continuer la fabrication de nos produits sous licence », poursuit-il.

Le développement international des gâteaux est toujours un axe de développement pour Jacquet Brossard, mais la marque va désormais se concentrer sur l’export vers les États-Unis, où sont expédiés des gaufres, des crêpes et des mini-cakes, surtout sur la côte Est, mais aussi la Chine. Il existe sur ces deux marchés une clientèle pour des produits à forte valeur ajoutée et qui est prête à mettre le prix pour des produits basés sur le savoir-faire français. En dépit de ces difficultés, le groupe coopératif pourrait encore se développer à l’étranger par acquisitions, mais seulement sur des produits particuliers positionnés sur les marchés de niche.

L’exclusivité et le positionnement sur des marchés pointus sont d’ailleurs une stratégie qui concerne l’ensemble des activités de Limagrain. « Nous devons aller vers la mise au point de produits exclusifs capables de dégager de fortes valeurs ajoutées, en allant sur des marchés de niches où nous avons un véritable avantage concurrentiel », explique le nouveau président de la coopérative Pascal Viguier, élu en décembre dernier. Limagrain a ainsi investi dans une ferme d’insectes, une activité qui pourrait apporter un complément de revenus à des adhérents, au nombre de 2000 aujourd’hui.

Cyril Bonnel