Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Mercredi 21 novembre 2018 | interview

Olivier Athimon, DG de la branche lait d'Agrial : « L’acquisition de Rotkäppchen Peter Jülich Group est stratégique pour l’avenir d’Agrial en Allemagne »


Agrial franchit une nouvelle étape de son développement international en annonçant l’acquisition prochaine du groupe fromager Rotkäppchen Peter Jülich. Pour la coopérative normande, cette entreprise qui réalise 40 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé va devenir sa tête de pont outre-Rhin, un marché en développement pour le fromage, contrairement à la France. Ce développement est synonyme de volumes d’affaires supplémentaires pour le site industriel de Dangé-Saint-Romain, dans la Vienne, qui va fabriquer pour le marché allemand.


Comment êtes-vous entré en contact avec Rotkäppchen Peter Jülich Group ?

Les dirigeants de Rotkäppchen Peter Jülich Group sont venus nous voir pour savoir comment ils pouvaient étendre leur gamme de fromage de chèvre, et donc découvrir ce que nous faisons dans nos usines. C’est comme cela que nous sommes entrés en contact, il y a deux ans. Il s’agit d’une entreprise familiale qui partage les mêmes valeurs coopératives que nous, et dont les activités ont beaucoup de points communs avec les nôtres.

Quelles sont les raisons de cette acquisition ?

Rotkäppchen Peter Jülich Group présente de mon point de vue de nombreux atouts pour Agrial. Il s’agit d’une entreprise détenant trois marques bien établies en grande distribution : Rotkäppchen et Rügener Badejunge, à partir de lait de vache, et Grüne Altenburger, à partir de lait de chèvre. L’entreprise a son propre site de production à Lumpzig, près de Leipzig. Et surtout, elle a sa propre force commerciale, soit 25 commerciaux. Elle a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 40 millions d’euros en 2017, et ses ventes progressent régulièrement au même rythme que le marché local du fromage.

Quelles synergies sont-elles envisagées ?

L’acquisition, que nous prévoyons de finaliser en janvier prochain et qui est soumise à l’aval de l’autorité de la concurrence allemande, va nous permettre de créer une filiale en Allemagne pour l’ensemble des activités laitières d’Agrial dans ce pays. Nous allons donc rassembler nos forces commerciales à partir de l’équipe déjà en place de Rotkäppchen Peter Jülich Group. Il y a aussi un grand intérêt pour nos sites industriels français qui vont trouver un supplément d’activité. En effet, les Allemands faisaient fabriquer certains fromages à partir de lait de vache auprès d’un sous-traitant en Allemagne. Cette partie de l’activité va être désormais localisée dans l’usine de Dangé-Saint-Romain, dans la Vienne, où des capacités sont disponibles. Il nous suffira de réaliser sur ce site quelques adaptations de l’outil industriels pour pouvoir lancer cette production. Les éleveurs y trouveront aussi leur compte puisque ce sont 7 millions de litres de lait par an qui vont être valorisés dans ce cadre à partir de janvier 2019, soit 1000 tonnes de fromage.

Comment se porte le marché du fromage en Allemagne ?

L’Allemagne est un marché très important pour Agrial. Les consommateurs y sont nombreux, plus de 80 millions d’habitants, avec un pouvoir d’achat solide et un appétit pour le fromage. Contrairement à ce qui se passe en France, le marché du fromage progresse dans ce pays. Il a atteint l’année dernière 7,4 milliards d’euros de ventes en grandes surfaces, en augmentation de 4% par an, dont un milliard d’euros pour les fromages à pâte molle. Alors que chez nous, le marché du fromage à pâte molle décroît d’environ 2% par an ces dernières années.

Quelle sont les projets d’Agrial en Allemagne ?

Cette acquisition est stratégique pour l’avenir d’Agrial en Allemagne. Nous avons des objectifs chiffrés très ambitieux dans ce pays d’ici à trois ans, grâce cette acquisition et aux synergies que nous allons mettre en place. Rotkäppchen Peter Jülich Group confectionne des produits de grande qualité gustative qui pourraient être exportés vers les pays voisins. Mais avant cela, nous avons un vaste marché allemand qu’il faut encore travailler.

Où en est le programme d’économies concernant la branche lait d’Agrial ?

Nous avons déjà gagné 25 millions d’euros en deux ans, et nous prévoyons d’obtenir encore 25 millions d’euros supplémentaires au cours des deux prochaines années. Ces gains sont obtenus grâce à nos efforts en matière d’excellence opérationnelle concernant la production industrielle et la logistique. Plusieurs sites ont été concernés parmi lesquels Gisors et La Chapelle Saint Laurent, qui ont été fermés, et et celui de La Chapelle Thireuil qui a développé ses capacités. Nous avons aussi réalisé beaucoup d’efforts sur la consommation énergétique de nos site industriels d’ultra-frais qui ont économisé 400 000 euros par an.

Chiffres clés : la branche lait d'Agrial *

- 2,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2017 (sur un total de 5,5 milliards d'euros pour le groupe Agrial : légumes, fruits, viande, boissons et distribution)

- 4 650 producteurs de lait, dont 600 producteurs de lait de chèvre

- 24 sites industriels dont 4 en Europe

- leader européen du fromage de chèvre (Soignon) et leader français du l'ultra-frais à marque de distributeur

- 35% du chiffre d'affaires à l'international

- présence industrielle en Italie (ex-Senoble), en Espagne, en Belgique et en Allemagne (Rotkäppchen Peter Jülich Group)

*Source Agrial 

Propos recueillis par Cyril Bonnel



Téléchargements