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Mercredi 27 juin 2018 | etude

Oxfam craint une nouvelle ère de réduction des coûts alimentaires


L’ONG britannique Oxfam publie une étude qui montre comment la chaîne de valeur alimentaire est de plus en déséquilibrée au détriment des paysans et au profit de la grande distribution. Les concentrations entre distributeurs sont une menace de plus.


Oxfam a publié le 21 juin une étude dénonçant le poids croissant de la grande distribution dans le monde. La chaîne de valeur est déséquilibrée pour le plus grand profit du commerce moderne, et ce déséquilibre ne cesse de se renforcer. Ainsi, « entre 1995 et 2011 (la dernière année pour laquelle des données mondiales sont disponibles), non seulement les supermarchés se sont arrogés la plus grosse part de dépenses en caisse de leurs clients, mais que de surcroît leur part s’est accrue au cours de la même période, passant de 27 % à plus de 30 % », argumente l’ONG.

« Pendant ce temps, au cours de la même période, la part dévolue aux paysans reste très faible et se réduit, passant de tout juste 16 % en 1995 à moins de 14 % en 2011, voire tout juste 7 % en moyenne dans certains pays », poursuit-elle. Citant les études réalisées par Basic, portant sur un panier de douze produits, l’ONG indique que la part du prix final revenant aux supermarchés est passée de 43,5 % en 1999-1998 à 48,3 en 2015, faisant encore reculer la part dévolue aux paysans.

Avec des conséquences concrètes : entre le milieu des années 1990 et celui des années 2010, le prix des haricots verts du Kenya a ainsi baissé de 74 % et celui du jus d’orange brésilien de 70 %.

Des concentrations qui ne s’arrêtent pas

Pire, l’annonce de Whole Foods aux États-Unis de mettre en pratique une nouvelle stratégie d’abaissement continu des prix pourrait présager d’une « ère nouvelle de réduction des coûts encore plus impitoyable et une accélération du nivellement par le bas des normes sociales et environnementales de la chaîne d’approvisionnement. »

Toutefois, Oxfam avance des solutions pour inverser cette tendance. En France, Carrefour a réalisé, en 2016, 894 millions d’euros de bénéfices et reversé 510 millions d’euros de dividendes. « Si l’entreprise n’avait reversé ne serait-ce que 1 % de ce montant aux ouvriers vietnamiens dans le secteur de la transformation de la crevette, plus de 14 200 d’entre eux auraient pu accéder à un revenu vital », souligne Oxfam. « Il suffirait d’investissements minimes » pour favoriser un partage plus équitable de la valeur, selon l’étude qui préconise notamment la fixation d’un prix minimum par les pouvoirs publics pour les produits agricoles de base.

Au sujet de la loi PACTE, l’ONG appelle le gouvernement et les parlementaires à adopter plusieurs mesures : garantie du paiement d’un prix assurant un revenu décent aux producteurs, sous peine de non-rétribution des actionnaires ; transparence des écarts de salaires au sein des entreprises ; limitation de la part des bénéfices versés en dividendes afin qu’elle ne représente pas plus que la part des bénéfices versés aux salariés.

Cyril Bonnel



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