Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Mercredi 16 janvier 2019 | etude

Panorama du e-commerce alimentaire


Marché émergent, le e-commerce alimentaire est pour l'instant dominé par les distributeurs, en particulier les groupes Casino et E. Leclerc, résume une récente étude commandée par le ministère de l'Agriculture. La présence des industriels reste anecdotique, et vise principalement à améliorer leur image ou collecter de la donnée. Les agriculteurs sont présents, le plus souvent à plusieurs et par l'intermédiaire de réseaux, comme La Ruche qui dit oui, ou Amazon.


Des distributeurs archidominants

Les distributeurs sont incontestablement les principaux acteurs du commerce alimentaire tant physique ou en ligne. Leur part de marché approche les 80 %, estime une analyse dédiée au commerce par Internet de denrées alimentaires animales réalisé par Blezat Consulting et Abcis pour le compte du ministère de l’Agriculture.

Les groupes Casino et E.Leclerc sont les mieux positionnés avec respectivement 25 % et 18 % de parts de marchés. Leur point fort : des réseaux logistiques implantés sur tout le territoire. « Toutes les enseignes sont positionnées sur le drive », détaille Delphine David, directrice d’étude à l’institut d’études économique Xerfi. Leur nombre est passé de 59 en 2010 à 4 000 en 2017.

Pour atteindre une clientèle plus urbaine, les enseignes qui ne disposent pas de magasins de proximité comme Auchan ou E.Leclerc mettent en place des drives piétons dans les métropoles. « Et ils développent même la livraison », rapporte l’économiste. E.Leclerc a, par exemple, déployé un service de livraison à domicile à Paris alors qu’il ne disposait jusque-là que d’un unique hypermarché dans la capitale.

Des industriels à la recherche de données

« Les grands groupes industriels se positionnent également sur ce marché mais c’est très anecdotique, très ponctuel et très ciblé », observe Delphine David. Nous pouvons citer par exemple les sites des marques Maille ou Bonne maman. Mais si les industriels se lancent dans le e-commerce, c’est moins pour trouver de nouveaux débouchés qu’à des fins marketing.

« L’objectif pour les industriels est d’améliorer la connaissance clients, de rassembler de la data », révèle-t-elle. Créer un site commerçant leur permet d’être en relation directe avec leur client, alors que jusque-là, la vente se faisant par le biais de la distribution. Cette nouvelle proximité permet aux industriels de mieux connaître leurs clients en collectant de nouvelles données et, ainsi, d’affiner leur stratégie commerciale.

« Les coopératives agricoles commencent aussi à se positionner, remarque l’économiste. Sur des circuits courts et locaux principalement .» La coopérative laitière Sodiaal dispose d’un site vitrine de vente en ligne de fromages, Les Fromageurs. La coopérative Canvac propose de la vente en ligne au travers de ces sites « Produits ici » et « Terre de viande ». Plusieurs coopératives sont également présentes sur des plateformes numériques généralistes comme Amazon, Cdiscount ou Ventes privées.

Les agriculteurs rarement seuls

Au niveau du maillon agricole, des producteurs ou groupements proposent également des sites internet de vente en ligne mais à un niveau très local. « Il s’agit plutôt de valoriser un magasin physique », indique Delphine David.

Les producteurs peuvent aussi passer par des marketplaces. Ces plateformes de vente en ligne, plus ou moins spécialisées, proposent de mettre en relation des producteurs et des consommateurs. L’américain Amazon s’est positionné sur le marché français en novembre en lançant la Boutique des producteurs. La Ruche qui dit oui propose de digitaliser le marché de quartier mais avec une approche exclusivement locale. Le principe : des points de distribution physique – les ruches – où se rencontrent, pour la livraison, consommateurs et agriculteurs à la manière d’un marché mais où les commandes sont passées en amont, via la plateforme. Les spécialistes de la livraison se positionnent également sur le marché. À l’image de la marketplace Pour de bon, créée par Chronopost, qui a une stratégie de valorisation des savoir-faire régionaux.

Si les producteurs se tournent vers ce type de plateforme c’est pour « reconstruire du lien avec les consommateurs », développe l’économiste de Xerfi. « Cela leur permet également de réduire leur dépendance vis-à-vis de l’industrie et de la distribution. Sur les plateformes en circuit court, il n’y a pas de négociations ou de compressions des marges ». En effet, « les agriculteurs ont la totale maîtrise de leur politique commerciale tant en termes de prix que de quantité », assure Charlotte Halb, responsable de la Boutique des producteurs chez Amazon.

L'alimentaire à la traîne du commerce en ligne

Tous secteurs confondus, le commerce en ligne a progressé de près de 50 % en l’espace de 4 ans pour atteindre un chiffre d’affaires de 82 milliards d’euros en France, rapporte une analyse dédiée au commerce par Internet de denrées alimentaires animales réalisé par Blezat Consulting et Abcis pour le compte du ministère de l’Agriculture. Ces achats en ligne représenteraient 8 % du commerce de détail.

Sur ce marché, l'alimentaire est un peu à la traîne. Les achats en ligne atteignent à peine 3 % de l’ensemble des achats alimentaires des ménages. Soit un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros.

Carrefour investit 2,8 milliards dans le e-commerce

Dans son plan 2022, le distributeur Carrefour a prévu d’investir quelque 2,8 milliards d’euros en cinq ans dans le e-commerce. L’objectif est d’atteindre une part de marché de plus de 20 % d’ici 2 022 pour sa partie e-commerce alimentaire. Le distributeur détenait 14 % du marché en 2014. Pour cela, Carrefour va élargir son réseau de drive, avec 170 nouvelles ouvertures rien qu’en 2018. Il va aussi développer d’autres services comme le click & collect et la livraison à domicile. Le distributeur, qui détient aussi Rue du commerce, prévoit également la mise en place d’un site marchant unique.

AJ, Agra Presse