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Mercredi 30 janvier 2019 | interview

Pier Luigi Gilibert, directeur général du FEI : "L’Inaf devrait pouvoir rassembler près d’un milliard d’euros d’investissements pour les agriculteurs français"


Bras armé au sein de l’Union européenne pour soutenir le financement des PME-TPE, le Fonds européen d’investissement (FEI) s’est tourné vers l’agriculture et l’agro-industrie pour répondre aux besoins des territoires. À la suite de la mise en place concluante du Fonds de soutien territorial aux entreprises régionales (Foster) en Occitanie et Alter’NA en Nouvelle-Aquitaine, le FEI prévoit d’étendre ce dispositif aux autres régions françaises à la recherche de solutions visant à stimuler l’emploi et l’investissement dans ces filières.


Rappelez-nous quelle est la vocation du Fonds européen d’investissement (FEI)...

Le FEI est l’institution de l’Union européenne spécialisée dans le financement à risque des PME-TPE, ce qui lui donne un réel effet catalyseur sur l’économie. En effet, depuis sa création, il y a un peu plus de 20 ans, le FEI a pour vocation première d’aider les PME-TPE à croître et prospérer en Europe en favorisant l’innovation, en soutenant l’emploi et en améliorant la compétitivité de l’économie.

Le FEI a pour actionnaires la Banque européenne d’investissement (à hauteur d’environ 60 %), la Commission européenne (à hauteur d’environ 30 %) et des institutions financières telles que le groupe Banque populaire Caisse d’épargne et la Banque publique d’investissement (à hauteur d’environ 10 %).

Concrètement, comment le FEI intervient-il auprès des PME-TPE ? Directement en fonds propres ou en soutien bancaire ?

Fort de ses vingt ans d’expérience, le FEI est un expert de premier plan dans le financement des PME-TPE. Ainsi, le FEI déploie toute une palette d’instruments financiers ciblant l’ensemble de l’écosystème PME-TPE, quelle que soit la taille ou la phase de développement de ces entreprises.

Plus spécifiquement, le FEI investit les ressources de mandataires – tels que la Banque européenne d’investissements, la Commission européenne, ainsi que les États membres et Régions – auprès d’intermédiaires financiers - tels que les banques commerciales et les institutions de microfinance – sous forme de capital-risque (instruments de haut de bilan) ou de garanties de prêts PME-TPE. Récemment, le FEI s’est appuyé sur sa solide expérience pour développer une offre plus proche des besoins des territoires tout en ciblant de nouveaux secteurs comme l’agriculture.

Pourquoi l’agriculture et l’agro-industrie deviennent-elles de plus en plus des priorités pour vous ?

L’agriculture, l’agro-industrie et le développement rural sont des priorités essentielles pour l’Union européenne. Aujourd’hui, les activités agricoles concernent 22 millions de citoyens et l’industrie agroalimentaire est le secteur employant le plus de personnes dans l’UE.

Cependant, pour préserver sa position de leader agricole, l’Union européenne doit favoriser les investissements dans ce domaine afin de renforcer sa compétitivité et promouvoir l’utilisation de solutions innovantes. Puisqu’une majorité de l’emploi agricole est pourvue par des structures économiques de petite taille, favoriser l’accès des PME-TPE à de meilleures conditions de financement est dès lors primordial.

Spécifiquement, l’utilisation d’instruments financiers permet un usage plus efficace et soutenable des ressources du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), permettant ainsi des investissements plus conséquents. Ainsi, à ce jour, les instruments financiers déployés par le FEI dans le domaine de l’agriculture et de l’agro-industrie ont permis de financer 100 000 TPE/PME, soit plus de 7,5 milliards d’euros à travers l’Union européenne.

À travers quel type d’instruments le FEI intervient-il auprès des entreprises agroalimentaires et des entrepreneurs agricoles, tant au niveau européen qu’au niveau de la France ?

Le FEI a développé – avec la Région Occitanie ainsi que la Région Nouvelle-Aquitaine et en collaboration avec la Commission européenne – Foster Occitanie et Alter’NA (Nouvelle-Aquitaine). Il s’agit d’instruments de garantie visant à améliorer les conditions de financement octroyées par les intermédiaires financiers aux entreprises et entrepreneurs agricoles de ces deux régions.

Les retours très positifs de cette première expérience nous ont convaincus que l’utilisation d’instruments financiers mobilisant le Feader était à même de catalyser des investissements conséquents et soutenables dans l’agriculture et ainsi stimuler la création d’emplois et le développement des filières porteuses. Nous avons donc standardisé cet instrument de garantie pour le déployer en Italie et en Roumanie ainsi que dans d’autres pays de l’Union européenne.

Dites-nous en plus sur le fonctionnent de ces dispositifs régionaux Foster Occitanie et Alter’NA ?

En France, nous avons donc mis en place deux dispositifs régionaux, le Fonds de soutien territorial aux entreprises régionales (Foster) en Occitanie et d’Alter’NA en Nouvelle-Aquitaine, qui à terme devraient représenter plus de 280 millions d’euros d’investissements et soutenir près de 2 500 exploitations ou entreprises agricoles. Initié en 2016, Foster fut le premier mandat du FEI exclusivement dédié à l’agriculture et l’agro-industrie. Cet instrument financier, mobilisant 27 millions d’euros de fonds européens et régionaux, fournit des garanties d’emprunts bancaires ciblant les TPE-PME et les exploitations agricoles & forestières. Ainsi, plus de 1 300 agriculteurs devraient être soutenus pour un volume d’investissements de 135 millions d’euros.

Cette expérience inédite a été renouvelée en novembre dernier dans la première région agricole d’Europe, la Nouvelle-Aquitaine, qui sous l’égide de son président Alain Rousset a souhaité recourir plus systématiquement à ce type d’instruments financiers. Similaire à Foster, cet instrument de garantie bancaire mobilise 30 millions d’euros de ressources européennes et régionales qui visent à soutenir plus de 1 000 exploitations agricoles et entreprises pour un volume d’investissements d’environ 150 millions d’euros. Je tiens à signaler ici que l’appel à manifestation d’intérêt visant à sélectionner les intermédiaires financiers partenaires s’achèvera le 15 février.

Par ailleurs, fort de son expérience accumulée dans ces secteurs, le FEI est déterminé à étendre ce dispositif aux autres régions françaises disposées à recourir aux instruments financiers pour stimuler l’emploi et l’investissement dans la filière.

Une initiative nationale est donc en marche ?

Oui, en effet, nous y travaillons ! C’était d’ailleurs une des demandes émanant des États généraux de l’alimentation. Ainsi, dans le cadre du grand plan d’investissement 2018-2022 * conçu par le président Emmanuel Macron, nous avons élaboré, avec le gouvernement français, l’Initiative nationale pour l’agriculture française (Inaf).

Complétant les différentes initiatives régionales mises en œuvre par le FEI, l’Inaf mobilisera des fonds nationaux et les fonds européens du plan Juncker dans un instrument de garantie qui devrait pouvoir rassembler près d’un milliard d’euros d’investissements pour les agriculteurs français. Cette initiative a pour ambition d’encourager la transformation, la compétitivité et le soutien de l’agriculture française tout en renforçant ses chaînes de valeur sur l’ensemble du territoire français.

Du côté du FEI, nous sommes prêts à aller de l’avant et nous espérons que cet accord pourra être conclu avant le Salon de l’agriculture au cours duquel l’initiative pourrait faire l’objet d’une présentation officielle.

Quelles sont les parties prenantes à cet accord ?

L’accord doit être conclu entre la direction générale du FEI et l’Etat Français représenté par le ministère de l’Agriculture.

En quoi l’Inaf serait-il vraiment innovant ?

Développée depuis juin 2017 en étroite collaboration entre le FEI et l’ensemble des services techniques du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, l’initiative Inaf a pour but de soutenir la montée de gamme, la création de valeur ajoutée et la transformation des systèmes de production. Dans cette optique, l’initiative vise à mieux répondre aux attentes des consommateurs en renforçant le développement des filières de qualité et en encourageant l’ancrage territorial et les circuits de proximité. Par ailleurs, l’Inaf se focalise sur le renouvellement des générations et l’installation des nouveaux entrants, la transformation des modèles agricoles pour une meilleure performance économique, sociale, environnementale et sanitaire ainsi que la diversification des activités et des revenus des exploitations et la mise à niveau des actifs ne répondant plus aux meilleures pratiques internationales. L’instrument financier proposé est inédit puisque financé à la fois par les ressources du ministère de l’Agriculture et celles du Fonds européen pour les investissements stratégiques (Feis). Ce dispositif capitalisera sur l’expertise unique du FEI pour exécuter de telles garanties et ainsi susciter plus d’un milliard d’euros d’investissements dans le secteur et venir compléter les quelques initiatives que nous avons développées au niveau régional.

Avez-vous un ou des exemples concrets de projets de PME dans lesquels le FEI est intervenu dernièrement en France ?

Au-delà des chiffres, il est effectivement nécessaire de relayer les exemples concrets de PME/TPE financées dans les territoires français. Ainsi, nos instruments financiers ont récemment permis la croissance de deux entreprises occitanes grâce à des conditions de financement améliorées.

Drôle de pain, une PME du secteur des alimentations et des boissons basée à Montpellier, a bénéficié du soutien du FEI pour effectuer des travaux de rénovation, ouvrir une seconde boulangerie et recruter dix nouveaux salariés.

Le Jardin de la clairette, une TPE du même secteur basée à Narbonne, a quant à elle bénéficié d’un prêt de la Banque populaire du Sud garanti par un instrument financier du FEI. Elle a ainsi pu acheter un nouveau local, une cuisinière, deux réfrigérateurs et des conteneurs de stockage pour élargir sa gamme de produits aux plats cuisinés.

La Ferme Briola, une exploitation agricole basée dans l’Aude qui transforme sa production laitière en fromage ou yaourt, a bénéficié de l’initiative Foster afin de moderniser sa salle de traite, gagner en performance et en qualité de travail.

5 ans (2018-2022). Il a vocation à être l’un des principaux instruments de la transformation des secteurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la forêt et du bois, de la pêche et de l’aquaculture (source : ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation).

 

Le FEI en quelques chiffres

Depuis sa création en 1994, le FEI a engagé 7,3 milliards d’euros en France à travers 237 opérations. Cela a bénéficié à plus de 293 000 PME-TPE françaises et entraîné un total de 43 milliards d’euros d’investissements.

Pour l’Europe dans son ensemble, le FEI a financé plus de 1,2 million de PME/TPE soutenant plus de 6 millions d’emplois et entraînant ainsi un volume d’investissements de 138 milliards d’euros.

Propos recueillis par Perrine Delfortrie



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