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Mercredi 06 février 2019

Pour Bordeaux, le divorce entre vignerons et vendeurs de phytos est consommé


Vins > Les dirigeants du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) ont annoncé à la presse le 29 janvier que le divorce entre vignerons et vendeurs de phytos est maintenant consommé. Ils ont expliqué cette prise de conscience qui a émergé, crescendo, ces deux dernières années, quand, face aux interrogations des viticulteurs sur la dangerosité des produits de traitement, ils se seraient entendu rétorquer par les firmes chimiques : « À vous de vous protéger ».


« Les vendeurs de produits phytosanitaires ne sont plus pour nous des décideurs, mais de simples fournisseurs. Ils n’ont plus à nous dire que nous allons à la catastrophe dès que nos vignes sont frappées par un pathogène », a déclaré Allan Sichel, président du CIVB, lors d’une rencontre avec la presse à Paris sur les sujets environnementaux. « Depuis plus de vingt ans, nous sommes dans une démarche de réduction des molécules phytosanitaires de synthèse, mais avec une forte accélération de la prise de conscience chez nos vignerons ces dernières années », a-t-il précisé.

« Maintenant que les agriculteurs font attention, ils sont attaqués »

Philippe Bardet, vigneron à Saint Émilion, et président de la commission technique du CIVB, a retracé le cheminement de cette prise de conscience qui a émergé ces deux dernières années, quand, face aux interrogations croissantes des viticulteurs sur la dangerosité des produits de traitement, les firmes chimiques auraient dégagé leur responsabilité sur la fiche du produit. « Les vignerons se sont entendu rétorquer par les firmes de phytos : “À vous de vous protéger”. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ça a été le début du divorce », a-t-il indiqué. « C’est juste insupportable. Un maillon de la chaîne se défausse sur le maillon final, l’agriculteur », s’est exclamé Fabien Bova, directeur du CIVB.

De son côté, l’UIPP (industriels de l’agrochimie) tient à rappeler que les fabricants de produits phytos ne sont pas en contact direct avec les viticulteurs, ce lien étant traditionnellement assuré par les négoces et coopératives qui en sont les distributeurs. La prise de conscience de la dangerosité des molécules phytosanitaires de synthèse est un mouvement d’ensemble de la société, notent les viticulteurs. « Il y a trente ans les agriculteurs travaillaient sans se soucier des phytos et personne n’y voyait à redire. Maintenant, ils y font attention et ils sont attaqués », a résumé le porte-parole du CIVB, Christophe Château. Bernard Farges, le vice-président du CIVB, donne le mot d’ordre aux viticulteurs : « Prévenez vos voisins quand vous traitez ».

« Les viticulteurs de Bordeaux sont capables de sortir du glyphosate »

Pour Philippe Bardet, les viticulteurs de Bordeaux sont capables de sortir du glyphosate, car l’herbe entre les vignes est bonne pour la vie des sols, leur structure et pour la régulation des eaux de pluie. On peut venir à bout de l’oïdium sans chimie selon lui. « Seul le mildiou nécessite des pesticides de synthèse. » Face à ce redoutable champignon, les professionnels attendent l’arrivée sur le marché des cépages résistants. Grâce à eux, les viticulteurs n’auront plus qu’à traiter la vigne une à deux fois par an avec des molécules de synthèse, contre 16 à 17 traitements, d’après Allan Sichel. Mais les cépages résistants ne pourront pas occuper toute la surface du vignoble. « Il ne faut pas plus de 20 % de plantes résistantes dans un même terroir, sinon les parasites contournent les résistances. Nous ne sommes pas plus forts que Darwin », a ajouté Philippe Bardet. Les vignerons de Bordeaux « ont l’habitude de l’adaptation », a-t-il souligné : face au réchauffement du climat, ils ont appris à relever la hauteur des grappes fixées sur les fils de palissage des vignes, car la température est moins élevée en hauteur qu’au sol.

La réduction des phytos, axe fort de la région Nouvelle-Aquitaine

Le CIVB est engagé avec la région Nouvelle-Aquitaine dans un programme de réduction de l’usage des pesticides, appelé VitiREV. VitiREV est un programme majeur sur lequel la région sera jugée dans le cadre d’un concours national. La région est fait partie des 24 lauréats retenus, sur 117 candidatures, de l’appel à manifestations d’intérêt « Tiga » (Territoires d’innovation de grande ambition), qui est une des actions du Programme d’investissements d’avenir porté par l’État. Après un appel à projets définitif, les 24 territoires présélectionnés ne seront plus que 10 lauréats, avec une restitution prévue dans les premiers mois de 2019. L’appel à projets Tiga prévoit une dotation de 450 M€ sur dix ans, qui sera répartie entre les 10 lauréats définitifs. VitiREV mobilise l’ensemble des interprofessions viticoles (CIVB, cognac, vins du Sud Ouest), les chambres d’agriculture, les organismes de recherche et de transfert (Inra, Institut français de la vigne et du vin, l’Institut des sciences de la vigne et du vin à Bordeaux).

MN (Agra Presse)