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Mercredi 05 avril 2017 | sucre

Recommandations des industriels et des syndicats pour amortir l’après-quota


La fin des quotas de production en octobre prochain donne l’occasion aux associations représentant les fabricants européens de sucre et les syndicats du secteur de présenter une série de recommandations pour éviter des conséquences préjudiciables aussi bien pour l’emploi que pour le niveau des prix.


La fin des quotas de production de sucre en Europe, le 1er octobre 2017, pourrait mettre le secteur sous pression et se traduire par une intensification de la concurrence, une baisse des prix du sucre blanc ainsi que par l’accaparement d’une part plus importante du marché par l’isoglucose. C’est en tout cas ce qu’affirment, dans une déclaration conjointe, le Comité européen des fabricants de sucre (CEFS) et la Fédération syndicale européenne pour les secteurs de l’agriculture, de l’alimentation et du tourisme (EFFAT). Sur le plan social, les deux groupes de pression européens estiment que les fabricants de sucre de betteraves les moins concurrentiels devront batailler pour survivre dans un environnement plus dur du marché. Selon eux, la période aprés-quota pourrait avoir des conséquences préjudiciables notamment pour les 28 000 travailleurs directs et les 137 000 agriculteurs qui dépendent du secteur du sucre. Sans parler, bien sûr, des communautés rurales vulnérables dont les usines de sucre sont souvent la seule grande activité économique. Les deux associations considèrent essentiel que les responsables politiques demeurent vigilants quant à l’avenir de l’industrie sucrière en Europe.

Principales recommandations du CEFS et de l'EFFAT

Les responsables du CEFS et de l’EFFAT saisissent l’occasion de l’abolition des quotas sucriers pour formuler une série de recommandations. En tout premier lieu, ils estiment que les conditions d’activation de l’aide au stockage privé doivent faire l’objet d’une attention particulière dans la mesure où elle sera le seul instrument spécifique qui reste pour soutenir l’industrie du sucre de betteraves près la fin des quotas de production en octobre prochain. L’aide au stockage privé se doit donc d’être adaptée dans ce but. En cas d'évolution défavorable sur le marché du sucre de l’UE à partir du 1er octobre 2017, des licenciements peuvent survenir et la Commission européenne est invitée à étudier la pertinence des différents Fonds structurels et Fonds d’investissements afin de soutenir les travailleurs et les opérateurs. Pour le CEFS et l’EFFAT, il sera peut-être nécessaire de faire des exceptions concernant les critères pour bénéficier de certains de ces fonds. A partir du 1er octobre 2017, les fabricants de sucre de betterave de l’UE seront dans l’obligation d’informer sur le prix de vente de leur produit principal (sucre blanc) et sur le prix d’achat de leur matière première (betterave à sucre). Aux yeux des responsables du CEFS et de l'EFFAT, ce niveau élevé de la transparence des marchés n’est pas assorti d’une même transparence dans l’aval de la chaîne d’approvisionnements. Ils estiment que la Commission européenne devrait considérer avec la plus grande attention les recommandations du Groupe de travail sur les marchés agricoles de l’UE qui ont préconisé d’étendre la transparence des marchés plus en aval c’est-à-dire aux transformateurs et aux utilisateurs du sucre afin d’obtenir une meilleure photographie de la façon dont la valeur ajoutée est partagée le long de la chaîne d’approvisionnement. Comme l’on considère que des exportations accrues de sucre seront cruciales pour l’industrie du sucre de l’UE après la fin des quotas, la Commission européenne devrait promouvoir les exportations communautaires et faire preuve de prudence dans sa poursuite de la libéralisation des échanges dans le cadre des négociations de libre-échange de l’UE avec les pays tiers ainsi qu’au niveau de l’OMC (Organisation mondiale du commerce).

L’UE redeviendra-t-elle exportatrice nette en 2018 ?

Pour la campagne 2017/2018, un retour à une production de sucre supérieure à la consommation se confirme. Au Brésil on table sur une bonne récolte en 2018 et en Inde ainsi qu’en Thaïlande on s’attend à un retour à la normale. Dans l’Union européenne, il est prévu une hausse de 20 % de la production suite à une augmentation des surfaces betteravières du même ordre. Les grands groupes sucriers européens (Tereos, Cristal Union et Südzucker), annoncent des augmentations de production de 10 à 20 %, voire davantage : 17 % de plus en France par rapport à 2016 et 30 % de plus au Royaume-Uni. Importatrice nette de 2 à 3 millions de tonnes de sucre depuis 2007, l’UE pourrait devenir exportatrice nette de 2 millions de tonnes en 2018.

Aziz Ben Marzouq