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Mercredi 02 mai 2018 | interview

"Reconquérir les consommateurs, répondre aux exigences sociétales !"


Dominique Le Cren, directrice générale du Comité lapin interprofessionnel pour la promotion des produits (Clipp), dresse un bilan d'activité de la filière et présente les enjeux pour stopper son repli structurel.


Le marché de la viande de lapin est en récession depuis plusieurs années, à quoi l'attribuez-vous ?

Dominique Le Cren : La consommation de lapin en France a été divisée par deux depuis le milieu des années 1990. Cette tendance est structurelle et s’explique d’une part par le recul de l’auto-consommation (fin des petits élevages familiaux) et par la transformation des modes de consommation. Les consommateurs privilégient des produits plus rapides à préparer, voire prêts à consommer, et se détournent des viandes qui demandent plus de temps de préparation et de savoir-faire. La dernière étude FranceAgriMer met en avant que les Français restent consommateurs de lapins à 80% (sondage auprès d’un échantillon de plus de 1 000 personnes) contre 82% en 2010. Par contre, pour la fréquence de consommation, on voit d’une part que les consommateurs réguliers (plus d’une fois par mois) diminuent, passant de 25% en 2010 à seulement 15% en 2018, et que les très occasionnels (moins d’une fois par an) augmentent de 3 à 10% durant la même période.

Quelles sont les données sectorielles les plus récentes ? 

D. L. C. : En 2017, la production s’établit à 50 000 tonnes, soit une baisse particulièrement forte de 7% (elle s'élevait à 57 000 t. en 2015, NDLR). Il y a environ 1 000 éleveurs « professionnels » référencés selon notre fichier ATM (équarrissage). Cela ne nous permet pas de dénombrer les producteurs abatteurs à la ferme et les petits éleveurs qui n’utilisent pas le système de l’ATM lapins. Selon le bilan Fenalap 2016, la fédération des groupements de producteurs comptait 874 élevages en 2014 et 794 en 2016, soit une baisse de 9%.

Quelle est la part de l'activité à l'exportation ?

D. L. C. : Le solde des échanges est excédentaire en volume depuis 2002 et en croissance annuelle moyenne de 7,6 % par an. Depuis les cinq dernières années, cette hausse du solde (en volume) s’explique surtout par la hausse des exportations vers l’Union européenne tandis que les importations en provenance de Chine se replient. Les exportations sont principalement orientées vers les pays frontaliers (Italie, Espagne, Belgique et Allemagne).  

L’essentiel des importations proviennent aujourd’hui de l’Union européenne, notamment de Belgique et d’Espagne. Toutefois, la majorité des importations depuis la Belgique sont en réalité des réexpéditions de lapins chinois. En 2017, le solde s’établissait à + 17,6 millions d’euros et + 4 486 t. 

Quelles solutions sont envisagées pour relancer la filière ?

D. L. C. :  Son avenir est étroitement lié à sa capacité à reconquérir les consommateurs, à répondre aux exigences sociétales, à être présente dans les différents circuits de distribution et à occuper une place dans la restauration hors foyer.

Sur le plan du produit, il faut répondre aux enjeux de praticité par le développement des références désossées. Les entreprises vont devoir investir dans de nouveaux procédés industriels pour diminuer le coût de la transformation et proposer une offre de produits désossés plus compétitive dans tous les circuits. Il faut aussi proposer une viande de lapins issus d'élevages alternatifs.

Quelles sont les préconisations du Clipp pour améliorer le bien-être animal ?

D. L. C. : Sensibiliser les producteurs à une meilleure prise en compte du bien-être animal est un objectif de démarche de progrès de la filière cunicole. Cela passe par l’objectivation du bien-être animal avec une méthode d’évaluation et des indicateurs appropriés. Le Clipp a participé au développement de la méthode Ebene mise au point par l’Itavi. L’application numérique sera mise à disposition en mai 2018. L’objectif est d’avoir 100% des éleveurs formés à cette méthode en 2020. Parallèlement, il faut développer des alternatives au mode de logement actuel des élevages, c'est l’axe central de transformation sur lequel la filière veut reconquérir le consommateur. Compte tenu de la pression transversale qui s’exerce pour un élevage « sans cage » (à l’exemple de la filière des poules pondeuses), la filière estime qu’elle pourrait voir 30% de ses élevages disparaître en cinq ans s'ils ne s'adaptent pas. La mise en place de cette stratégie exige de gros efforts à la fois de R&D, techniques d’élevage et marketing pour concevoir et déployer un modèle alternatif économiquement viable. Le surcoût de production entraîne une augmentation du prix à payer par le consommateur de l’ordre de 30%. La réaction de celui-ci à l’écart de prix à payer pour l’assurance d’un mode d’élevage plus respectueux du bien-être animal sera déterminante pour le développement de ce nouveau marché.

Les chiffres clef de la filière lapin (source Clipp - FranceAgriMer)

• 50 000 tonnes en 2017 contre 57 000 t en 2015

• 1 000 éleveurs professionnels

• la consommation de viande de lapin a été divisée par deux depuis 1995

• les consommateurs réguliers (plus d'une fois par mois) sont passés de 25 à 15% entre 2010 et 2018

Débats parlementaires sur l'élevage en cage

Lors de l'examen en commission du projet de loi Agriculture et alimentation la semaine dernière, les députés ont notamment rejeté l'interdiction de l'élevage de lapins en cage. Ils ont refusé un amendement LREM prévoyant l'interdiction en 2022 conformément aux engagements d'Emmanuel Macron durant sa campagne électorale, alors que le rapporteur du projet de loi, Jean-Baptiste Moreau (LREM), proposait l'échéance de 2028. De même, un amendement des Insoumis contre l'élevage des lapins en cage a été rejeté.

Propos recueillis par François Lecocq



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