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Jeudi 09 mai 2019

Sécurité alimentaire : des ONG réclament la suppression de l'E171 de la liste communautaire


Se basant sur la décision française de suspendre la mise sur le marché français les denrées alimentaires contenant l'additif alimentaire dioxyde de titane (E171), un groupe d’ONG européennes demande à Bruxelles d'en faire de même au niveau de l’UE en présentant une proposition législative visant à supprimer l'E171 de la liste communautaire des additifs alimentaires autorisés.


Chapeautées par le Beuc (Bureau européen des unions de consommateurs), une trentaine d’ONG européenne (1) a écrit une lettre à la Commission européenne dans laquelle elles lui demandent d’imiter la décision de la France en donnant la priorité au principe de précaution et en proposant de supprimer l’additif E171 de la liste communautaire des additifs alimentaires autorisés. « Nous vous écrivons au sujet de la notification par la France d'un décret suspendant la mise sur le marché français de denrées alimentaires contenant l'additif alimentaire dioxyde de titane (E171) à partir de janvier 2020 en raison de préoccupations concernant sa sécurité pour les consommateurs », soulignent les signataires de la lettre. Avant d’ajouter : « Dans l'intervalle, nous vous prions instamment de ne pas soulever d'objections et de n'engager aucune procédure judiciaire à l'encontre de la mesure française. A la veille des élections européennes, toute tentative de contester ou de retarder la mesure française risquerait d'envoyer un mauvais signal aux citoyens européens, qui attendent de l'UE qu'elle accorde la priorité à leur santé et à leur sécurité. »

Les signataires précisent que le décret français est basé sur le principe de précaution après que l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, l'ANSES a récemment confirmé que des incertitudes importantes subsistent quant aux effets de cet additif sur la santé des consommateurs. Rappelant que selon la législation communautaire, un additif alimentaire ne peut être autorisé que si son utilisation est « sûre, technologiquement justifiée et si elle n'induit pas le consommateur en erreur, mais au contraire lui procure des avantages », ils affirment que « le dioxyde de titane (E171) ne remplit aucune de ces conditions ».

Incertitudes et lacunes

Concernant la question de la sécurité, comme cela ressort clairement du rapport de l'ANSES, affirment les ONG européennes, il subsiste des incertitudes scientifiques et des lacunes dans les données, qui ne permettent pas de lever les inquiétudes quant à la toxicité potentielle de l'E171 pour les consommateurs. L'avis de 2016 de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur l'additif E171 a également mis en évidence un manque de données entravant l'évaluation complète des risques de l'additif pour la sécurité. Côté « besoin technologique » : il n'y a pas de besoin technologique convaincant pour l'utilisation de l'E171, disent les ONG, en rappelant que de nombreux fabricants et détaillants alimentaires opérant sur le marché français ont déjà retiré l'E171 de leurs produits ou sont en train de le supprimer progressivement. Le mouvement s'étend même au-delà de l'Europe, certaines multinationales s'étant engagées à retirer l'E171 de leur portefeuille alimentaire. Enfin, en ce qui concerne les « avantages et bénéfices pour le consommateur » : l'E171 n'est utilisé qu'à des fins esthétiques, il n'a aucune valeur nutritionnelle et ne remplit aucune fonction technologique bénéfique dans l'alimentation (comme, par exemple, prolonger la durée de conservation).

Conclusion : Bruxelles devrait donc appliquer le principe de précaution et proposer de supprimer l'E171 de la liste communautaire des additifs alimentaires autorisés. Il est largement utilisé dans une large gamme d'aliments, y compris la confiserie, les crèmes à café, la boulangerie et les sauces. Il consiste en un mélange de particules de tailles différentes, dont une fraction nanométrique. En raison de leur taille extrêmement petite, les nanoparticules peuvent traverser les barrières protectrices de l'organisme et pénétrer dans le foie, les poumons ou les intestins.

Le 17 avril 2019, la France a annoncé qu'elle avait adopté un décret visant à suspendre la mise sur le marché français de denrées alimentaires contenant l'additif alimentaire dioxyde de titane (TiO2 - E 171) à compter du 1er janvier 2020 (Agra Alimentation du 2 mai 2019). Le décret a été publié au Journal officiel français le 25 avril 2019 et a ensuite été notifié à la Commission européenne. La mesure française va être examinée lors d'une réunion du Comité permanent des plantes, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux de l’UE qui se tiendra le 13 mai 2019.

(1) Dont notamment pour la France : Foodwatch France, Bio Consom’acteurs, Agir pour l’environnement, Greenpeace, 60 millions de consommateurs, Ligue contre le cancer, Réseau Environnement et santé, UFC Que Choisir, etc.).

Aziz Ben Marzouq



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