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Mercredi 27 juin 2018

Scandale


Avait-on besoin de lire l'étude Oxfam pour se douter que les inégalités d'un bout à l'autre de la chaîne alimentaire n'allaient pas en s'arrangeant ? Certes non, mais la publication de cette étude au lendemain du rapport de l'Observatoire de la formation des prix et des marges et à la veille de l'examen au Sénat du projet de loi EGAlim est une très bonne chose pour prendre conscience d'un problème qui dépasse nos frontières.

Un problème majeur qui porte sur l'accentuation du déséquilibre entre vendeurs et producteurs de denrées alimentaires au niveau mondial en mettant le doigt sur les dysfonctionnements d'un modèle économique à grande échelle qui doit changer.

Et parce qu'il ne suffit pas de savoir que ces inégalités existent, il faut aussi prendre conscience par des exemples concrets de l'ampleur du problème et de ce qu'il suffirait de faire pour le réduire. En France, comme à l'étranger, le phénomène de concentration des grandes enseignes et des centrales d'achat ne fait qu'alimenter "le creusement des inégalités", souligne Oxfam. Chiffres à l'appui, l'étude révèle que non seulement les supermarchés s'arrogent la plus grosse part de dépenses en caisse de leurs clients, mais que cette part ne cesse d'augmenter, alors que dans le même temps, celle revenant aux paysans ne cesse de se réduire.

Pourtant une plus équitable répartition de la valeur serait possible. Oxfam indique par exemple que "pour un kilo de jus d’orange du Brésil vendu 1,27 euro dans un supermarché français, à peine 7 centimes revenaient au producteur en 2015, tandis que 0,58 centimes était empoché par le supermarché français en moyenne en 2015. Alors qu’en reversant à peine 5 centimes de plus par kilo au producteur brésilien, on lui garantirait un salaire décent".

Et en ne respectant pas le salaire minimum vital pour les travailleurs en bout de chaîne, tout en continuant de verser de gros dividendes à leurs actionnaires, ces multinationales de la distribution se rendent complices d'abus en tout genre.

Oxfam parle du scandale de l'invisibilité de la main-d’œuvre des chaînes d'approvisionnement. C'est clair. Et ceux qui en France pâtissent de la guerre des prix entre distributeurs le savent tout autant. Le système doit changer.

 

Perrine Delfortrie



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