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Mercredi 07 février 2018

Trahison ou inconscience ?


Après le Ceta, voici plusieurs mois que les négociations entre l'UE et le Mercosur soulèvent les critiques. Les éleveurs français de viande bovine et de poulet crient même à la trahison. L'ONG allemande Foodwatch dénonce quant à elle "l'hypocrisie de la France". Etude à l'appui, elle détaille le contenu et les implications de cinq accords en cours de négociation par l'UE avec le Japon, le Vietnam, l'Indonésie, le Mexique et le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay). A propos de l'accord avec le Mercosur, Coop de France met quant à elle l'accent sur le "sacrifice des filières bovine et avicole européennes" au profit d’un accord dont le modèle économique est inacceptable en Europe.

Autant dire qu'une fois encore, éleveurs et producteurs ont l'amer sentiment que leur travail n'est pas pris en compte par les pontes de Bruxelles. Difficile de leur donner tort. Et quid des attentes sociétales des consommateurs, dont on nous rebat les oreilles, à juste titre cette fois, comme un des aspects fondamentaux pour l'avenir.

Il est totalement indéfendable d'accepter de sacrifier tout un pan de nos productions, de renoncer à nos principes de traçabilité, de certifications sanitaires et de progrès environnementaux, en laissant entrer en masse sur le marché européen des produits nullement soumis à ces mêmes règles de sécurité alimentaire et bénéficiant donc de coûts de production moindres. C'est indéfendable intellectuellement, mais aussi moralement.

Au-delà même du sentiment de trahison qui plane aujourd’hui autour de la négociation de ces accords commerciaux, plane aussi un sentiment d'inconscience. Certes, un accord n'est jamais exclusivement à sens unique. Mais est-ce la bonne technique que de sacrifier notre alimentation, pour obtenir d'autres avantages par ailleurs ?

Perrine Delfortrie