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Mercredi 15 mars 2017 | prospective

Un rapport de la Commission européenne prévoit une embellie sur les marchés laitiers pour 2017


Des prix du lait cru plus élevés, des exportations dynamiques et des prix plus conséquents pour le beurre ainsi qu'une reprise significative des prix pour le fromage. C'est en tout cas ce que prédisent les auteurs d'un rapport de la DG Agriculture de la Commission européenne sur les perspectives à court terme du marché des produits laitiers pour 2017 et 2018 (1). Par contre, ces mêmes experts estiment que le prix du lait écrémé en poudre (LEP) devrait rester autour des niveaux actuels compte tenu de l'importance des stocks existants.


Selon les auteurs du rapport, au printemps 2017, la collecte de lait de l'UE devrait combler l'écart par rapport à l'année 2016 et, si les prix du lait cru restent stables, on peut s'attendre à une augmentation significative au second semestre 2017. Cette évolution devrait s'accompagner d'une augmentation des rendements de 2 % à 7.065 kg par vache et à un déclin du cheptel de 1,6 % (notamment aux Pays-Bas). En 2018, il pourrait y avoir de la place pour une augmentation plus importante de la production laitière de l'UE, surtout si la demande mondiale continue à augmenter et si l'interdiction des importations russes est supprimée.

Production et exportations de fromages en hausse en 2017 et 2018

Grâce à des exportations dynamiques et à une demande intérieure soutenue, ainsi qu'à la réduction de la production laitière européenne, les prix du fromage en Europe ont retrouvé, au mois de février 2017, leur niveau de 2011-2015, soit 2  740 euros/tonne pour le cheddar. En 2016, les exportations de fromage ont atteint 800000 t, soit 11 % de plus qu'en 2015 et, plus important aux yeux des auteurs du rapport, un niveau plus élevé que celui atteint en 2013, alors que la Russie était le principal client de l'UE. Les expéditions en 2016 vers les États-Unis sont demeurées stables et représentaient 18 % des exportations de fromage de l'UE. Les principales hausses ont été enregistrées au Japon, en Arabie Saoudite, en Corée du Sud et en Australie. Et selon les auteurs du rapport, les exportations de fromage de l'UE pourraient encore augmenter de 3 % en 2017. Et si en 2018, l'interdiction des importations russes est levée, ces mêmes exportations pourraient augmenter de 75.000 t. Cependant les auteurs du rapport considèrent que les livraisons ne devraient pas revenir à leurs niveaux antérieurs car, lors de l'embargo russe, Moscou s'est tourné vers de nouveaux fournisseurs. Et si l'interdiction d'importer en Russie n'est pas levée, les exportations pourraient néanmoins augmenter de 25000 tonnes vers d'autres destinations. Dans l'UE en 2016, la consommation de fromage par habitant a augmenté pour la troisième année consécutive, à 17,7 kg, mais d'une manière plus lente (+ 1,3 %). Cela a généré une hausse de 1,4 % de la production à 9,7 millions de tonnes et permis une baisse des stocks. Et selon les experts de la DG Agriculture, en 2017 et en 2018, la production de fromage devrait encore augmenter d'environ 2 %.

Des prix records pour le beurre

Pour la deuxième année consécutive, une forte demande américaine et intérieure de beurre a fait grimper les prix du beurre. Avec le recul de la production laitière de l'UE au second semestre 2016, le marché du beurre de l'UE est passé à une situation de sous-approvisionnement atteignant un niveau record de 4300 euros/ t en décembre 2016. Depuis lors, le prix de l'UE a accusé une légère baisse à 4180 euros/t en février 2017, mais il était toujours supérieur de 20 % au prix moyen de février 2011-2015. La production laitière de l'UE atteignant son sommet au printemps, il pourrait y avoir un ajustement à la baisse des prix du beurre à cette période en 2017. En 2016, la production de beurre de l'UE a augmenté de 2,7 % à 2,4 millions de tonnes. Les exportations de beurre et de butteroil en 2016 ont atteint 211000 tonnes soit 23 % au-dessus de celles de 2015, grâce à l'augmentation des exportations vers la plupart des destinations, en particulier aux États-Unis, en Arabie saoudite et en Égypte. Avec le recul des exportations américaines et sud-américaines et la stagnation des exportations néo-zélandaises, l'UE a gagné une part de marché supplémentaire, capturant ainsi 24 % du marché mondial du beurre en 2016. L'utilisation intérieure du beurre en 2016 a augmenté pour la troisième année consécutive (+ 2%). L'aide au stockage privé pour le beurre a expiré en septembre 2016 et le niveau des stocks à la fin de l'année était faible à 24700 tonnes. Un nouveau déstockage en 2017 soutiendra une hausse de la consommation. En 2017, la demande devrait entraîner une nouvelle augmentation de la production (+ 1,2 %). L'augmentation des exportations de l'UE devrait se limiter à 10 %.

Les stocks de LEP limitent l'augmentation des prix

2016 a été marquée par une nouvelle augmentation de la production de lait écrémé en poudre (+ 4 %) à 1,6 million de tonnes et à une forte augmentation des stocks publics à 352.000 tonnes. Au dernier trimestre de 2016, lorsque les achats d'intervention ont cessé, les exportations devaient rebondir, mais cela n'a pas eu lieu parce que l'UE était moins compétitive que ses principaux concurrents. Sur l'ensemble de l'année 2016, les exportations de l'UE ont diminué de 17 %. En revanche, les expéditions de Nouvelle-Zélande ont augmenté de 8 % et celles des États-Unis de 2 %. En 2017, l'UE pourrait revenir sur le marché mondial grâce à des prix compétitifs. Toutefois, seule une augmentation substantielle des exportations de lait écrémé en poudre et une réduction de la production pourraient conduire à un marché équilibré.

Les exportations de lait liquide de l'UE compensent la baisse de la consommation

Malgré le déclin structurel de la consommation de lait par habitant dans l'UE, la production totale de produits laitiers frais a légèrement augmenté en 2016 (+ 0,2 %), principalement en raison de la demande à l'exportation. Les livraisons de produits laitiers frais ont atteint 1,12 million de tonnes en 2016, soit 23% de plus qu'en 2015. Le principal partenaire commercial de l'UE pour les produits laitiers frais est la Chine (37 %), qui importe principalement du lait UHT et, de plus en plus, de la crème liquide pour la boulangerie. En outre, en 2016, les exportations de l'UE vers la Biélorussie ont augmenté de 10 %. Les exportations totales de l'UE devraient augmenter encore en 2017 (+ 15 %). La consommation totale de l'UE en produits laitiers frais en 2016 est estimée à 0,1 % inférieure à celle de 2015 seulement (le recul par habitant est de 0,5%). Les ventes au détail de lait sont à la baisse, en particulier en France et en Espagne. Il existe cependant de grands marchés de consommation où les ventes sont plus stables, comme le Royaume-Uni. En outre, plus de lait est utilisé dans les services alimentaires (cafés) et les ventes de lait biologique sont en plein essor. Par ailleurs, alors que la consommation de crème est estimée en baisse en 2016 (-0,8%), la consommation de yogourt a augmenté (+ 2,5%). La faible baisse des produits laitiers frais devrait se poursuivre en 2017 et 2018, mais la croissance des exportations devrait contribuer à stabiliser la production.

Aziz Ben Marzouq

(1) « Short-term outlook for EU agricultural markets in 2017 and 2018 ». Rapport qui a été préparé pour l'UE à 28 et qui a supposé notamment que l'interdiction des importations russes reste d'application jusqu'à la fin de l'année 2017.

Aziz Ben Marzouq



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