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Mercredi 07 mars 2018 | interview

Benoît Van Ossel, président-directeur général des Coteaux nantais : "L’investissement de Cototerra garantit la qualité organoleptique de nos produits »


Benoît Van Ossel, président-directeur général des Coteaux nantais, explique les enjeux de la création sur la zone d’activités du Maine à Remouillé (sud de Nantes) d’une nouvelle unité regroupant les activités de transformation de fruits bio et Demeter, jusqu’alors implantées au Min de Nantes et à Vertou. Dénommée Cototerra et entrée en fonction au dernier trimestre 2017 suite à un investissement de 6,5 M€, cette filiale est dimensionnée pour tripler les capacités de production et présente de nombreuses innovations dans une démarche de développement durable et d’amélioration des conditions de travail.


Vous venez d'investir 6,5 M€ pour créer, l'été dernier à Remouillé, la nouvelle unité de transformation de fruits Cototerra (filiale à 100% des Côteaux nantais). Quelles en sont les ambitions et comment l'avez-vous financée ?

Benoît Van Ossel : Jusqu'à présent, les Coteaux nantais étaient implantés à la fois au Min de Nantes pour la transformation de nos fruits en pâteux (purées, confitures, compotes et gelées) et à Vertou (au sud de Nantes) pour la production des jus, pétillants et autres vinaigres. Le transfert du Min de Nantes nous a incités à regrouper ces deux activités sur un même site, ce qui va permettre de les rationaliser en évitant les allers et retours que nous étions obligés de faire pour transporter les containers de jus de fruits avant de les transformer dans l'atelier des pâteux et ainsi d'améliorer considérablement notre empreinte carbone conformément à notre démarche d'entreprise socialement responsable. Surtout, la création de Cototerra à Remouillé, au sud de Nantes, nous permet de nous rapprocher de plusieurs de nos vergers et les 6,5 M€ investis servent à nous doter d'outils de production de dernière génération. Ils nous permettent ainsi d'améliorer la qualité organoleptique de nos produits et de gagner en productivité avec notamment l'acquisition d'une presse Bucher qui peut extraire 86 à 89% du jus de pomme contre 78% précédemment, soit un gain supplémentaire de 80 000 à 85 000 litres par an par rapport au rendement de notre précédente presse.

L'investissement est entièrement financé par l'emprunt auprès de quatre de nos sept partenaires financiers habituels (Crédit Mutuel, Crédit Agricole, CIC Ouest et Banque Populaire du Grand Ouest) et grâce au soutien de la BPI pour 1 M€.

Quelles sont les activités et les spécificités de Cototerra ?

Cototerra est entré en activité en septembre et comprend 6 200 m2 de bâtiments dont une unité de fabrication-transformation et des espaces de stockage de matières premières sur 2 600 m2, des entrepôts logistiques entièrement automatisés Warehouse Management System sur 3 500 m2 et le reste de bureaux. Sa capacité de transformation devrait nous permettre à terme de multiplier par 3,5 la production que nous réalisions jusqu'alors au Min de Nantes et à Vertou. Actuellement, le site tourne à 14 500 unités de pâteux par jour contre  9 000 précédemment et il devrait atteindre 18 000 à 22 000 unités l'automne prochain dès la nouvelle récolte. Pour les liquides, la capacité est désormais de 7 000 à 8 000 unités par jour. Conformément à notre politique RSE et développement durable qui a été primée trois fois l'an dernier (Trophée régional du développement durable et de la RSE, labels "Entrepreneurs+engagés" et "Bioentreprisedurable"), nous avons mis en place une chaudière à production de vapeur qui va nous faire économiser 18% de consommation d'énergie, ainsi qu'un nouveau pasteurisateur dont le circuit en forme de 8 permet de récupérer la chaleur dégagée à chaque pasteurisation pour la réintégrer dans le système de chauffage avec, là encore, 23% d'économie d'énergie constatée depuis la mise en service du site. Surtout, contrairement aux outils industriels précédents, l'eau nécessaire à la cuisson et la fabrication des jus est désormais entièrement récupérée et recyclée grâce à un circuit fermé. Enfin, dans une logique circulaire, l'intégralité de nos déchets de fruits sont compostés sur place avant d'être étendus et paillés dans nos différents vergers.

Au-delà de Cototerra, quels sont vos projets ?

Le transfert de l'activité de jus à Remouillé va permettre de repenser l'organisation des 11 000 m2 de bâtiments situés à côté de notre station fruitière de Vertou. Ainsi, nous allons investir cette année dans l'augmentation de nos capacités de stockage réfrigéré des fruits juste après leur récolte et investir dans de nouveaux frigos pour les faire passer de 1 650 à 2 750 tonnes. Parallèlement, nous poursuivons les investissements à Remouillé pour installer sur les toits de l'atelier de production des panneaux photovoltaïques et des grands puits de lumière naturelle pour améliorer les conditions de travail de nos salariés en production qui ne bénéficiaient pas d'un tel cadre au Min de Nantes. Enfin, le système d'échangeur thermique réversible, déjà opérationnel dans les bâtiments de Remouillé, garantit une température ambiante optimale aussi bien l'hiver que l'été. Ces projets représentent 720 k€ d'investissement supplémentaires dont 250 k€ apportés par la BPi.

Qu'en est-il des autres productions fruitières ?

Nous avons développé d'autres productions depuis trois ans sur le site de la Caffinière en complément des cultures de kiwis déjà lancées depuis huit ans à Carquefou. Ainsi, nous allons commercialiser les premières récoltes de fraises (8 variétés) en mai et juin prochains avec un objectif de 14 à 15 tonnes. A la Caffinière, nous commençons aussi une activité de maraîchage (salades, poireaux et autres légumes de base) pour alimenter nos deux magasins (de Vertou et au marché de Talensac à Nantes) ainsi que la société Kerbio spécialisée dans la livraison de paniers bio (700 unités distribuées par semaine). Ces diversifications sont fondamentales pour assurer la biodiversité de nos activités !

Quelles sont prévisions de chiffre d'affaires cette année ?

Après un bon exercice 2016 avec un chiffre d'affaires de 18,9 M€ (+ 20%) porté par d'excellentes récoltes, nous avons retrouvé une activité normale l'an dernier avec une progression de 3,1%. L'exercice 2018 sera forcément pénalisé par la baisse de 35% des dernières récoltes due au gel tardif qui a touché toute la filière de production aussi bien en France qu'en Europe avec des difficultés d'approvisionnement attendues entre mai et septembre prochains. Du coup notre chiffre d'affaires devrait être stable cette année en sachant qu'heureusement notre activité de transformation, qui représente 46% de notre activité, est en croissance à deux chiffres ce qui compense la baisse momentanée de nos ventes de fruits frais. La période actuelle de froid est en revanche très favorable dans la mesure où elle tue les vermines et ralentit le démarrage de la floraison des arbres fruitiers limitant ainsi les risques liés aux gelées tardives éventuelles. Si tout se passe bien, nous devrions retrouver une croissance de 12 à 15% de notre chiffre d'affaires dès 2019 !

Les chiffres clefs des Coteaux nantais et Cototerra

- Chiffre d'affaires 2017 : 19,5 M€ (+ 3,1% par rapport à 2016), dont 17% à l'export

- 87% des ventes sont réalisés dans les réseaux spécialisés bio (Satoriz, Biocoop, Naturalia, La Vie Claire... ) et 9 % dans les GMS traditionnelles.

- 124 salariés (dont 56 chez Cototerra), 7 recrutements en 2017

- 6,5 M€ d'investissement pour créer Cototerra à Remouillé (Loire-Atlantique)

- création de 6 200 m2 chez Cototerra dont 2 600 m2 pour l'atelier de transformation et de stockage des matières premières, 3 500 m2 d'entrepôts logistiques automatisés et 100 m2 de bureaux.

- 6 vergers de pommes (44 variétés), de poires (9 variétés) et autres fruits (fraises, kiwis, rhubarbe, pêches de vigne, coings et prunes) sur 103 hectares dont 79 en production.

- capacité de transformation de Cototerra : 25 000 à 30 000 unités de pâteux/jour et 7 000 unités liquides (jus, vinaigres et pétillants)/ jour (en 75 cl ou bag-in-box de 3 l)

- récoltes 2017 : 1 900 tonnes de pommes et 400 tonnes de poires en baisse de 35% versus 2016

De nouvelles ambitions à l'export

Présents à l'export depuis plusieurs années (17% de son chiffre d'affaires) principalement au Benelux, en Allemagne et dans les pays scandinaves, les Coteaux nantais vont accentuer leurs initiatives à l'international. Dès cette année aux Etats-Unis, suite à un important contrat signé avec Whole Foods Market il y a 18 mois pour ses produits transformés certifiés Demeter dont les premières ventes devraient activement contribuer à la croissance du chiffre d'affaires. Les Coteaux nantais sont également présents en Asie (Taïwan, Hong-Kong et Japon) et vont démarcher, cette année, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis où la révolution du bio est en marche.

Propos recueillis par François Lecocq



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