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Mercredi 21 novembre 2018 | sucre

Bruxelles compte davantage sur l’auto-régulation pour enrayer la chute des prix


La Commission européenne entend faire preuve de prudence pour cette première année post-quotas de production de sucre, et ne compte pas intervenir pour ne pas perturber cette période d’adaptation du secteur sucrier européen à cette nouvelle situation. Une position contraire aux demandes des fabricants de sucre européens qui lui demandent d’agir face à la chute actuelle des prix du sucre en autorisant notamment le stockage privé.


L’EFFAT (Fédération des syndicats de l’agriculture et de l’alimentation de l’UE) et le CEFS (Comité européen des fabricants de sucre) ne comprennent pas l’attitude qui prévaut au sein de la Commission européenne face à la chute importante des prix du sucre sur le marché européen. « Prétendre que c’est le secteur qui est à l’origine de cette situation, c’est faire preuve d’une méconnaissance lamentable des fondamentaux du marché européen du sucre », estiment les deux organisations dans un communiqué conjoint. Celles-ci déplorent l’immobilisme de Bruxelles « alors que les prix du sucre blanc dans l’UE sont aujourd’hui à leur plus bas niveau ». Les deux organisations soutiennent que « même les fabricants de sucre les plus compétitifs ont du mal à couvrir leurs coûts. Des pertes importantes obligent déjà les fabricants de sucre à suspendre leurs projets d’investissement, ce qui pourrait avoir des répercussions à long terme sur la compétitivité du secteur ». Elles avertissent que « si cette situation sans précédent se poursuit, il en résultera des pertes d’emplois et des fermetures d’usines ». Si les deux organisations conviennent que l’augmentation de la production de sucre est une conséquence logique et attendue de la fin du régime des quotas de production en 2017, elles considèrent en revanche que les prix actuels du sucre sont bien inférieurs aux prévisions de la Commission européenne elle-même. Pour elles, il n’y a pas de mystère : « La profonde crise du marché mondial du sucre est notamment provoquée par des augmentations substantielles de la production en Thaïlande et en Inde et par les exportations subventionnées de l’Inde et du Pakistan ». Les deux organisations estiment que le secteur sucrier de l’UE ne doit pas payer les effets de distorsion des échanges et de dumping exercés par les pays tiers.

Des "signaux" rassurants, assure la Commission

De son côté la Commission européenne reconnaît que la situation de la dernière campagne de production de sucre 2017-2018 a été « difficile » mais elle insiste sur le fait que c’est tout simplement le résultat de l’augmentation de la production de sucre de l’UE suite à la fin du régime des quotas combinée à une situation excédentaire au niveau mondial qui ont fait pression sur les prix. Se voulant rassurante, la Commission affirme que, dans le court terme, certains signaux permettent d’espérer une amélioration de la situation parmi lesquels elle cite la baisse de la production de sucre de l’UE en 2018 d’environ 11 %, laquelle baisse devrait, selon elle, contribuer à stabiliser le marché et à faire remonter quelque peu les prix et notamment celui du sucre blanc. Elle affirme aussi que l’excédent de production de l’année 2017 au niveau mondial semble évoluer vers une situation d’équilibre pour la campagne en cours (2018-2019) et que donc le marché du sucre de l’UE n’aura plus ce poids de l’excédent mondial sur le dos. Et si l’on en croit un de ses experts, il est en outre prévu au niveau mondial pour la campagne 2019-2020 un déficit de la production mondiale de sucre par rapport aux utilisations. Toutes ces raisons conduisent la Commission à considérer que, dans le cours de l’année pendant laquelle le marché du sucre doit s’adapter à la nouvelle situation post-quotas, il est plus prudent de ne pas intervenir pour ne pas perturber cette période d’adaptation. Elle considère aussi qu’il n’est pas utile pour l’instant d’activer le stockage privé (comme le demandent certains professionnels du secteur et des eurodéputés), dans la mesure où, dans le contexte actuel, ce type d’outil n’aurait pas d’effet sur la situation du marché et ne ferait que peser davantage sur le budget communautaire.

Les prix les plus bas depuis 2007

Après la fin des quotas de sucre en 2017, la production de betteraves de l’UE a atteint 142 millions de tonnes au cours de la campagne de commercialisation 2017/2018, un niveau jamais atteint au cours des 15 dernières années. Elle se traduit par une production de sucre de 21,1 millions de tonnes, soit 26 % de plus que l’année précédente. L’offre excédentaire maintient une forte pression sur les prix mondiaux, qui n’ont cessé de baisser au cours des deux dernières années, passant d’un pic de 540 EUR/t en octobre 2016 à 274 EUR/t en août 2018, le plus bas niveau depuis 2007. En juillet 2018, le prix du sucre de l’UE était de 346 EUR/t, contre un prix mondial de 284 EUR/t. En 2018/2019, la production de sucre de l’UE devrait diminuer de 1,9 million de tonnes.

Aziz Ben Marzouq



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