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Mercredi 28 mars 2018 | douane

Commerce UE/USA : Bruxelles réclame une exemption permanente des droits de douane sur l’acier et l’aluminium


Les récentes déclarations verbales américaines exemptant temporairement les États membres de l’UE des droits de douane sur l’acier et l’aluminium ne semblent pas avoir dissipé toutes les inquiétudes européennes. Les Européens réclament une exemption en bonne et due forme et qui soit permanente.


Lors de leur sommet des 23 et 24 mars à Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont décidé de reporter leur discussion sur les droits de douane controversés sur l’acier et l’aluminium afin de voir si les promesses de Washington se concrétisent. Le gouvernement américain avait indiqué au début du mois de mars 2018 vouloir imposer des droits de douane à l’importation de l’acier (25%) et de l’aluminium (10%) à partir du 23 mars. L’UE avait immédiatement répondu en menaçant d’imposer des taxes similaires sur certains produits américains comme les jus d’orange, le whiskey ou encore le beurre de cacahuète. Le 22 mars cependant, Robert Lighthizer, le représentant américain au commerce, a expliqué au Sénat que le président Donald Trump avait décidé de « mettre en pause les droits de douane » sur l’acier pour l’UE, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, la Corée du Sud, le Canada, le Mexique, jusqu’au 1er mai 2018, dans le cadre des discussions en cours. Connaissant l’imprévisibilité du dirigeant américain, les Européens attendent de voir si ces promesses non seulement se concrétisent mais qu’elles soient permanentes. L’exclusion temporaire de l’UE des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium « ne nous a pas semblé satisfaisante », a notamment déclaré le président français, Emmanuel Macron, à l’issue du Sommet européen.

Le dialogue Bruxelles-Washington continue

Comme l’a confirmé un porte-parole de la Commission européenne, les deux parties poursuivent le dialogue pour l’exemption des exportations européennes d’acier et d’aluminium. Cecilia Malmström, la commissaire européenne au commerce, a rencontré des représentants américains, notamment le secrétaire d’État au Commerce, Wilbur Ross, et Robert Lighthizer la semaine du 19 mars, dans le but d’obtenir une exemption pour l’UE. La commissaire suédoise a exigé que les États-Unis abandonnent les « dates limites artificielles » afin d’interrompre l’escalade du conflit. « L’exemption de 40 jours, cela revient à nous mettre un fusil sur la tempe », a estimé de son côté le président français, Emmanuel Macron. Les États-Unis ont exprimé leur volonté de discuter des mesures qu’ils comptent prendre sur les importations d’acier et d’aluminium avec les différents pays et de faire des exceptions supplémentaires si les préoccupations des États-Unis (en matière de sécurité) sont prises en compte. La Commission européenne et d'autres partenaires commerciaux des États-Unis ont exprimé leur inquiétude face à ces mesures, craignant qu'elles ne conduisent à un différend commercial plus large. La justification des tarifs par l'administration Trump pour des raisons de sécurité nationale est également considérée comme une menace pour le système commercial multilatéral. La décision controversée du président Trump a déjà entraîné la démission de son principal conseiller économique, Gary Cohn.

Se préparer à toute éventualité, on ne sait jamais...

La Commission a, dans le même temps, préparé une proposition sur la manière de répondre aux tarifs douaniers américains, si nécessaire. Ce plan consiste en une approche à trois volets. D’abord déposer une plainte contre les États-Unis à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), éventuellement en coordination avec d'autres membres de l'OMC. Ensuite protéger les marchés de l'UE, par des mesures de sauvegarde contre d'éventuelles flambées des importations d'acier et d'aluminium (de Chine, d’Inde ou de Russie notamment) qui ne pourraient plus accéder au marché américain. Et enfin imposer des droits de douane sur les importations de certains produits américains qui seraient à la hauteur des pertes économiques subies par l'UE. Selon une première estimation de la Commission européenne, cette perte s'élèverait à 2,6 milliards de dollars.

Importations américaines d'acier et d'aluminium



Selon Washington, les États-Unis ont importé environ 30 % de leur acier en 2017 et 64 % de leur aluminium en 2016 (ce chiffre passe à 89 % pour l'aluminium primaire, c'est-à-dire non recyclé). Dans le cas de l'acier, le total des importations américaines s'élevait à 29 milliards de dollars et les cinq principales sources étrangères étaient l'UE (6,2 milliards de dollars), le Canada (5,1 milliards de dollars), la Corée du Sud (2,8 milliards de dollars), le Mexique (2,5 milliards de dollars) et le Brésil (2,4 milliards de dollars). Pour l'aluminium, le total des importations américaines s'élevait à 17 milliards de dollars américains et les cinq principales sources étrangères étaient le Canada (6,9 milliards de dollars), la Chine (1,8 milliard de dollars), la Russie (1,6 milliard de dollars), les Émirats arabes unis (1,3 milliard de dollars) et l'UE (1,1 milliard de dollars).

​Aziz Ben Marzouq



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