Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Mercredi 17 mai 2017 | bilan

Foie gras : les entreprises fragilisées par deux années de crise


En Gironde et dans les Landes, l’influenza aviaire affecte les entreprises autant qu’elle fait douter la production. Les pertes sont lourdes et structurelles.


Après deux passages de grippe aviaire, l’aval de la filière se trouve aujourd’hui dans une position délicate. C’est le cas à des degrés divers de deux coopératives du Sud-Ouest, à la taille et la nature différentes. Tout comme diffère leurs difficiles parcours durant ces crises. D’un côté dans le sud de la Gironde, Palmagri est une petite coopérative artisanale, et de l’autre, Foie gras de Chalosse, ex-Landes Foie Gras, est le spécialiste du canard et du foie Label Rouge. La coopérative girondine peut se féliciter d’avoir échappé aux interdictions de l’épisode de l'hiver dernier. Ces dernières auraient pu être fatales à la structure, au regard d'une situation tendue après la crise de 2016. « Depuis l’année dernière, nous avons perdu la moitié de nos producteurs et la moitié de la production », témoigne Christine Saphore, présidente de la coopérative. « Et nous avons réduit la masse salariale en nous séparant de cinq salariés sur quatorze. » Les producteurs sont partis pour différentes raisons. Certains sont allés à la concurrence. D’autres ont arrêté le métier en raison des investissements à réaliser pour mettre en place les mesures de biosécurité, notamment les plus proches de l'âge de la retraite. Au lieu de 50 000 têtes habituelles, Palmagri n’en abattra donc qu'entre 25 000 à 28 000 cette année. Une année qui marque son 40e anniversaire et où elle devrait engager d’importants investissements de remise à niveau de son outil industriel. Les pertes ont été limitées par la gestion du stock. « Nous avons fait tout ce que nous pouvions faire avant le vide sanitaire et nous sommes parvenus à maintenir le magasin ouvert durant les quatre mois d’arrêt, mais on ne se relève pas facilement d’une telle crise. L’aide de 75 000 € du département de la Gironde, dont les trois quarts ont été versés, n’est pas suffisante".

Une gestion compliquée

Dans les Landes, Benoît Brangier aurait aimé être oublié par l’influenza cette année. « Nous sommes sur une production qui ne peut se faire que dans ce département, nous sommes donc condamnés à attendre », explique le directeur de la coopérative Foie gras de Chalosse, qui traite un demi-million de canards par an. La casse avait été limitée l’an dernier : « Nous avons eu le droit de terminer les bandes en place avant l’entrée en vigueur du vide, donc nous avons eu des produits à vendre ». En revanche, la décision de détruire les canards en place a arrêté brusquement la production cette année. Après une perte de 25 % de la production en 2016, la sanction sera de 55 % pour 2017. Pour passer le cap, la coopérative a joué sur plusieurs tableaux. Elle a commencé par remonter ses prix. « Nous avons pu gagner de 5 à 10 % en moyenne, mais c’est plus compliqué sur la viande puisque notre produit label arrive vite en concurrence avec l’entrecôte, nous sommes à 13,80 €, impossible d’aller au-delà". L’an dernier, la masse salariale a pu être gérée, « le repli d’activité correspondant peu ou prou au volant de main-d’œuvre temporaire de l’entreprise » précise Benoît Branger. C’est plus compliqué cette année puisque la coopérative a mis en place une activité partielle depuis février et jusqu’au mois d’août, lorsque les canards entreront de nouveau à l’abattoir.

Aider aussi l'aval de la filière

Les rares aides ont aussi aidé un peu. « Mais nous attendons encore la réponse de l’Union européenne sur la proposition française de prise en charge des pertes d'EBE jusqu'à hauteur de 50 %. Et nous avons obtenu une avance remboursable de 1 M€ pour notre trésorerie. Cela nous permet de passer 2017, et jusqu’à mi-2018. Il faudra voir alors à l’automne de l’année prochaine puisque nos besoins en trésorerie sont importants à cette période de l’année. »

À la différence de Palmagri, Foie gras de Chalosse n’a perdu que peu de producteurs. Mais Benoît Branger est inquiet en attendant que soient précisées dans les semaines qui viennent les modalités des élevages, sous 3 500 têtes, pour les mesures de confinement. La coopérative est en tout cas condamnée à subir. « Notre référentiel étant 100 % landais, nous ne pouvons pas aller acheter du canard ailleurs. De toute façon, il y en a tellement peu qu’on aurait du mal en à en trouver ! Mais il faudra, à un moment, que l’État pense à aider l’aval de la filière et non plus seulement les producteurs et les couvoirs. »

Yann Kerveno



Téléchargements