Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Jeudi 02 mai 2019 | sécurité alimentaire

IFS Version 7, une certification tant attendue


Attendue depuis 2016, la certification IFS 7, dans sa nouvelle version, devrait sortir au premier trimestre 2020, avec une mise en application en 2021, neuf mois plus tard. Après quoi, les entreprises françaises de l’agroalimentaire devront se plier aux nouvelles exigences de ce standard international qui vise à homogénéiser le référentiel qualité des produits alimentaires en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne, à destination de la grande distribution.


IFS* et BRC**, ces deux certifications de qualité se côtoient sur les mêmes territoires. « L’IFS a été créé après le BRC car les Britanniques et les Européens n’ont pas réussi à s’entendre », explique Fabrice Rivaille, évaluateur et formateur IFS. Comme de coutume, les Britanniques imposent une norme drastique vis-à-vis de leurs importations alimentaires dans les zones anglo-saxonnes. « Ce référentiel est beaucoup plus strict et va plus loin que l’IFS notamment en matière de mesures de protection. Ce qui fait qu’il y a aussi moins d’acteurs sur le marché », poursuit Fabrice Rivaille. « L’approche IFS est différente, davantage centrée sur le produit, et son goût, et pas seulement sur sa conformité », nuance Jean-François Feillet, directeur Qualité de la conserverie de poissons Maison Chancerelle. Déjà, la version 6.1 de l’IFS avait renforcé la sécurité et le contrôle des approvisionnements en matières premières. Cela faisait suite à plusieurs scandales sanitaires ces dernières années, dont le Fipronil dans les ovoproduits en 2017 et la viande de cheval vendue comme du bœuf en 2013.

Maintenir le niveau de qualité pour l’export

Grâce à cette version améliorée temporaire, les entreprises ont pu rester compétitives sur leurs marchés domestiques et à l’export. « Cette version actuelle, mise en place en 2018, permet de garder un niveau d’exigence comparable au BRC, notamment vis-à-vis du GFSI, le Global Food Safety Initiative, qui gère les équivalences de certifications dans le monde », indique Jérôme Patouillard, directeur Qualité et Développement durable du groupe Biscuits Bouvard à Bourg-en-Bresse, et membre des groupes de travail consultés par l’IFS. Dans ces groupes techniques nationaux et internationaux figurent notamment la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France, représentant les IAA hexagonales, ainsi que des représentants de la grande distribution de France, Allemagne, Italie et Espagne. « Nous avons des commissions pour travailler sur l’IFS Food mais aussi l’IFS Logistique, l’IFS packaging et l’IFS Brocker », commente Jean-François Feillet.

Des exigences supplémentaires dans le domaine des emballages

L’IFS 7 va monter en niveau d’exigences. « Nous avons pris le temps nécessaire pour atteindre les principaux objectifs que nous avions pour cette nouvelle version », indique Chryssa Dimitriadis, chef de projet technique IFS. « À savoir, s’assurer que toutes les exigences sont adaptées à la situation actuelle du secteur, mettre l’accent sur la méthodologie d’audit liée au produit et au process et sur l’importance de la sécurité sanitaire et de la qualité des aliments grâce à une formulation plus simple et plus descriptive. » Ce qui devrait obliger les auditeurs IFS à passer plus de temps dans la zone de production, pour aller encore plus loin dans leur contrôle et leur analyse. Mais ce n’est pas tout, les emballages sont désormais dans le cœur de cible. « Désormais, il nous faudra nous prémunir des fraudes à l’emballage », constate Jérôme Patouillard. Exemples : un film alimentaire fabriqué à partir de matériaux non répertoriés, des cartons d’une densité différente de celle indiquée… « Nous ne regardions pas tous ces éléments jusque-là, commente-t-il. Bien que nous ayons un cahier des charges avec chaque fournisseur, cette fois, il faudra rajouter de l’analyse et du contrôle sur les emballages. » Jean-François Feillet confirme : « De manière générale, l’IFS 7 nous obligera à avoir une meilleure maîtrise de l’amont, ce qui est le point faible des IAA aujourd’hui. »

Mise en application effective 2021

Mais la version 7 du futur standard est encore en phase de test. « Au troisième trimestre 2019, nous allons réaliser des audits tests de cette nouvelle évaluation auprès d’un certain nombre de sociétés de différents pays ayant des domaines de produits ou technologies différents », précise Chryssa Dimitriadis. Au quatrième trimestre suivra alors une consultation publique durant trente jours pour toutes les parties prenantes. « Les industriels seront sollicités pour donner leur avis sur les alignements de cette nouvelle version du référentiel », assure encore la responsable technique. Si la publication est planifiée pour le premier trimestre 2020, la mise en application effective interviendra début 2021. En effet, les entreprises auront neuf mois pour s’approprier cette nouvelle version, engager les investissements et les organisations de travail qui leur permettront de répondre aux nouvelles exigences. « On suit les IFS 4, IFS 5, IFS 6. Ce nouvel IFS version 7 ne chamboulera pas tout. Il reprend les bases et rajoute des briques de contrôles supplémentaires », remarque Jérôme Patouillard. Comme celles concernant les fraudes, par exemple.

Se prémunir des fraudes

À l’origine, cette certification était censée rassurer le consommateur sur la qualité et l’origine des produits. « La grande distribution avait mis en place l’IFS pour éviter les audits. Mais finalement, Leclerc, Lidl ou Système U continuent d’organiser leurs audits chez leurs fournisseurs, indique Fabrice Rivaille. Parfois même de manière inopinée. » Pourtant, si l’audit de ses fournisseurs n’est pas encore obligatoire, il se révèle être une bonne manière de se prémunir contre les risques. Notamment la fraude, la tromperie, la désinformation ou encore la contamination. « Les entreprises entretiennent souvent une relation empirique avec leurs fournisseurs et pas suffisamment qualitative », juge Fabrice Rivaille, qui dirige aujourd’hui la plateforme de mutualisation des audits fournisseurs, Mutual Audit (lire encadré). « Prenez un industriel qui a une activité de traiteur salades et prêt à manger. Il doit avoir 500 à 600 fournisseurs pour l’ensemble de ses matières premières et emballages. Un tiers de ces fournisseurs peut être considéré comme critique sur la qualité. S’il doit tous les auditer, c’est à raison de 200 par an pendant trois ans ! Or, les entreprises n’organisent qu’un à deux audits par an », observe-t-il.

20 % des IAA n’ont aucune certification

« 20 % des IAA françaises sont certifiées BRC, 60 % des IAA françaises sont certifiées IFS et 20 % ne possèdent ni l’une ni l’autre, rappelle Fabrice Rivaille. La grande distribution a de plus en plus tendance à se tourner vers les petits producteurs, ou les petites industries, qui ne sont pas certifiées et n’ont pas les moyens de passer la certification ». Et pour cause, se lancer dans une certification, qu’il s’agisse du BRC ou de l’IFS, requiert énormément de temps et de ressources. Préparations en interne, accueil des auditeurs sur site chaque année pour renouveler la certification, former aux évaluations… cela demande au moins une à deux personnes à temps plein dédiées à cette mission, dans certaines IAA. « Seuls les grands groupes peuvent se le permettre. Les PME, elles, restent à la peine car elles manquent de ressources humaines et financières pour organiser ces audits », note Fabrice Rivaille. Et si la certification n’est pas renouvelée, alors l’entreprise est aussitôt repoussée de la GMS. L’enjeu est suffisamment fort pour que les IAA mettent les moyens nécessaires à obtenir et conserver le précieux sésame. D’ailleurs, leurs stratégies qualité sont de plus en plus pointues. Pour les IAA, ne pas contrôler ses approvisionnements en matières premières ou emballages en amont peut avoir des conséquences dramatiques. En cas de crise, elles risquent au mieux un « bad buzz », au pire une intoxication alimentaire. Entre la peste et le choléra, difficile de faire un choix.

TTE">* IFS, pour International Featured Standards (ex-International Food Standard) sont dans leur différentes versions des référentiels d'harmonisation applicables aux denrées alimentaires, aux produits et aux services.

 

** BRC (British Retail Consortium) est un référentiel britannique destiné aux fournisseurs de produits alimentaires vendus sous marques propres ou sous marques de distributeurs. 

La version 7 de la certification IFS augmentera le niveau d’exigences

Cette nouvelle version devrait être publiée au premier trimestre 2020, avant sa mise en application début 2021

Mutual Audit : un concept innovant

Lancé en 2016, le concept innovant de plateforme de mutualisation des audits fournisseurs, Mutual Audit, apporte un gain de temps ainsi que des économies aux entreprises de l’industrie agroalimentaire. En s’inscrivant sur la plateforme, elles ont accès aux audits programmés et aux comptes rendus. Alors qu’une journée d’audit coûte en moyenne 1 200 €, la mutualisation permet de diviser environ par quatre ces coûts. Mutual Audit (200 K€ de CA en 2018 et trois personnes) réalise une quarantaine d’audits par an, mais son potentiel pourrait être d’une centaine au minimum. « Les entreprises sont encore très frileuses à l’idée de mutualiser leurs audits fournisseurs. Elles ne considèrent pas cela comme une valeur ajoutée », commente Fabrice Rivaille, dirigeant de cette plateforme. Mutual Audit bénéficie d’une trentaine d’auditeurs professionnels répartis dans toute la France, et également s’attache à la formation de ses auditeurs, indépendants ou salariés. La start-up accompagnée par le Village by CA Morbihan cherche également de nouveaux partenaires pour accélérer son développement.

Violaine Pondard



Téléchargements