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Mercredi 07 novembre 2018 | commerce équitable

Le commerce équitable origine France en demande de reconnaissance


Les produits Origine France représentent aujourd’hui près d’un tiers du marché du commerce équitable en France. Mais cet engouement se heurte au même enjeu que le commerce équitable classique, estiment les entreprises du secteur : la reconnaissance par les pouvoirs publics.


Longtemps associé aux seuls produits venus des pays en voie en développement, le commerce équitable origine France a aujourd’hui le vent en poupe. Pesant pour un tiers des ventes de produits issus du commerce équitable dans l’hexagone, le secteur, en croissance de 18 % en 2017, « bouillonne d’initiatives », s’enthousiasme Julie Maisonhaute, déléguée générale adjointe du collectif Commerce équitable France. Les produits commercialisés sont « assez divers », explique-t-elle. Contrairement aux filières Nord-Sud où quelques produits, comme le café, sont surreprésentés dans les échanges. La boulangerie arrive en tête suivie par les fruits et légumes, l’épicerie sucrée et la viande.

C’est seulement depuis 2014, et la loi Hamon, qu’un produit issu de filières françaises peut se réclamer du commerce équitable. Jusque-là, le terme était réservé exclusivement aux produits en provenance de pays en développement. Le premier chiffre d’affaires du secteur s’établissait alors à 67 millions d’euros. Aujourd’hui, il atteint 323 millions d’euros. Des ventes qui restent toutefois modestes. Par comparaison, le marché du bio représente 8,3 milliards d’euros en France en 2017, dont 69 % d’origine France.

Une protection limitée

Le commerce équitable proposé par le collectif français repose sur six critères : un prix rémunérateur qui tient compte des coûts de production, un engagement pluriannuel d’au moins trois ans, un collectif géré démocratiquement, une prime de développement dédié au collectif, un engagement de transparence et de traçabilité ainsi qu’un volet environnemental.

Il existe également une définition des pouvoirs publics. « La France est le seul pays d’Europe à en avoir établi », explique Julie Maisonhaute. « C’est un gage de confiance pour les consommateurs. » Chaque produit portant l’allégation commerce équitable doit répondre à la définition de la loi Hamon. « Sinon c’est une fraude. »

Mais équitable et commerce équitable ne veut pas dire la même chose. Un acteur peut appeler un produit équitable un produit qui ne relève pas du commerce équitable. Certains laits dits équitables en sont l’illustration. Lors du débat de la loi Agriculture et Alimentation, les parlementaires, dans un souci de clarté pour le consommateur, avaient adopté un article prévoyant la stricte équivalence des deux expressions. Comme cela est déjà le cas entre le label Agriculture biologique et l’ensemble de ces diminutifs. Mais le Conseil constitutionnel a retoqué la mesure, non sur le fond mais sur la forme. Selon les Sages, la disposition est un cavalier, sans lien avec le projet de loi initial. Une décision que regrette Commerce équitable France qui continuera de porter cette bataille auprès du législateur.

Alors, malgré cette définition publique, les acteurs du secteur partagent le besoin d’une reconnaissance par les pouvoirs publics. Cet enjeu concerne tant le commerce équitable Nord Nord que Nord Sud.

Aujourd’hui, les multiples labels du commerce équitable sont des initiatives privées. Le commerce équitable ne bénéficie pas d’un label public, comme cela est le cas pour l’agriculture biologique par exemple. Et, par suite, pas du même soutien budgétaire.

Un besoin de reconnaissance pour se structurer

« Nous attendons cette reconnaissance officielle des pouvoirs publics pour pouvoir mieux structurer le marché », espère Stéphane Colmar, cofondateur de la coopérative Ethiquable. La trajectoire idéale : connaître le même développement que l’agriculture biologique dont la croissance a été boostée suite à sa reconnaissance officielle. Toutefois, ce label public semble « utopique », reconnaît Julie Maisonhaute. Le collectif Commerce équitable France n’y est pas opposé mais cela ne semble pas être d’actualité pour le gouvernement.

Une étape intermédiaire avait failli être franchie. Car la loi Hamon prévoit également la mise en place d’une commission de concertation du commerce dont une des missions est de proposer un cadre de reconnaissance des labels privés dont le commerce équitable. Mais les discussions sont au point mort. « Le travail technique a été fait. Nous avons trouvé un consensus au sein du secteur pour aboutir à un tronc commun sur ce qu’est le commerce équitable mais la commission n’est pas active depuis l’élection d’Emmanuel Macron. »

Cependant, même sans reconnaissance officielle des pouvoirs publics, « le commerce équitable doit être utilisé comme levier des politiques publiques par les autorités », plaide Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France. Un souhait qui semble entendu par le gouvernement actuel et les parlementaires. En effet, la nouvelle loi issue des États généraux de l’Alimentation encourage l’achat de produits issus du commerce équitable dans les cantines.

Les PME et TPE porteuses de croissance pour la grande distribution

« Les marques PME et TPE sont la locomotive du commerce », « ce sont les PME qui font la croissance  », se sont enthousiasmés Dominique Amirault, président de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (Feef) et Jacques Creyssel, directeur général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), lors de la présentation du 2e baromètre PME/Grande distribution, le 4 octobre. Selon ce baromètre, les marques TPE et PME apportent au moins 80 % de la croissance en grande surface. Leur atout : un positionnement plutôt haut de gamme. Cela leur permet d’être surreprésentées sur le secteur porteur du bio et de fournir deux tiers du chiffre d’affaires des marques de distributeur, à la recherche de différenciation. « Le marché est de plus en plus frag-menté, explique le président de la Feef. À nous d’adopter des solutions nouvelles pour les consommateurs. » Et pour le représentant des distri-buteurs, les PME et TPE « sont capables d’une plus grande agilité pour s’adapter au marché que les grands groupes qui sont sur des marchés plus globaux. »

AJ



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