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Mercredi 05 décembre 2018 | etiquetage nutritionnel

Le Nutri-Score français plébiscité dans une étude internationale comparative


Selon une étude franco-australienne, parmi cinq systèmes d’étiquetage nutritionnel internationaux, le Nutri-Score s’est révélé être le plus efficace pour transmettre des informations sur la qualité nutritionnelle des aliments ainsi que le plus apte à aider les consommateurs à faire la distinction entre les produits. Mieux : le Nutri-Score semble avoir été clairement compris dans divers contextes socio-culturels à travers le monde. Selon une déclaration de la Commission européenne à Agra Alimentation, ce système d'étiquetage peut être considéré comme une allégation nutritionnelle.


Initiée et financée par Santé Publique France et par l’Université de Curtin (Australie), l’étude comparative internationale sur la compréhension objective des étiquettes nutritionnelles à l’avant des emballages a pour principal objectif d’évaluer la capacité des consommateurs à interpréter l’information véhiculée par cinq systèmes d’information nutritionnelle actuellement en usage dans le monde : HSR (Health Star Rating System), MTL (Multiple Traffic Lights ou Feux de circulation multiples), Nutri-Score, RI (Reference Intakes ou Apports de référence) et Symbole d’avertissement (par exemple : "teneur élevée en sel ») et leurs effets sur les choix alimentaires.

Une étude à grande échelle

Le Nutri-Score et MTL sont les deux seules étiquettes à code de couleur parmi les cinq étiquettes testées. D’avril à juillet 2018, quelque 12 000 personnes adultes de 12 pays (1) (environ 1 000 participants par pays) ont été interrogées (via un sondage en ligne) pour classer trois ensembles de produits sans étiquette (un ensemble de trois pizzas, un ensemble de trois gâteaux et un ensemble de trois céréales pour petit déjeuner) dont la qualité nutritionnelle varie fortement au sein de la catégorie (inférieure, intermédiaire et de meilleure qualité nutritionnelle) et qui sont consommés dans les 12 pays. Les participants ont ensuite été répartis au hasard dans les cinq groupes de tests prévus et on leur a de nouveau demandé de classer les mêmes ensembles de produits, mais cette fois avec une étiquette nutritionnelle affichée sur le devant de l’emballage.

Tous pays confondus, le système d’étiquetage français Nutri-Score a obtenu le meilleur score de réponses correctes (+47 % pour les pizzas, +229 % pour les gâteaux et +95 % pour les céréales du petit déjeuner). Il est suivi par le MTL, le HSR, le Symbole d’avertissement et enfin les IR qui ont enregistré le plus faible nombre de bonnes réponses (voir tableaux). Dans l’ensemble, des tendances similaires ont été observées dans chacun des pays sondés. De même, la compréhension élevée du Nutri-Score a été vérifiée quel que soit le niveau de revenu des personnes sondées.

Un code de couleur compris dans divers contextes socioculturels

Les auteurs de l’étude expliquent que la meilleure performance du Nutri-Score en ce qui concerne la compréhension objective peut être liée à l’utilisation de la combinaison des deux couleurs sémantiques et d’un langage simple et intuitif. Le Nutri-Score a également été jugé comme le système d’étiquetage le plus efficace pour diminuer la taille des portions choisies par les participants pour les produits alimentaires moins sains.

Ces bons résultats ont poussé les auteurs de l’étude à tirer plusieurs conclusions : les étiquettes interprétatives fournissant des conseils aux consommateurs (couleurs, symboles, etc.) font preuve d’une meilleure compréhension que les étiquettes fournissant uniquement des informations numériques telles que les étiquette RI, développées par l’industrie agroalimentaire à travers le monde. De plus, ce type d’information nutritionnelle semble avoir été clairement compris dans divers contextes socioculturels (Europe, Amérique, Asie, Océanie). Les auteurs insistent sur le fait que leur étude a démontré que l’utilisation des couleurs est essentielle à l’importance du message en direction des consommateurs, car les couleurs ont tendance à capter davantage leur attention.

De plus, l’utilisation de l’échelle polychromatique vert-rouge constitue une caractéristique importante du code couleur. Les auteurs de l’étude expliquent que les couleurs verte et rouge correspondent à des signaux reconnus et qu’elles peuvent être plus faciles à comprendre et à interpréter, le vert étant associé à la sécurité et au signal "go", le rouge étant associé au danger et au signal "stop". Et, ajoutent-ils, la présence d’un code de couleur à l’avant des emballages peut être plus efficace à différentes étapes du traitement de l’information : à un stade précoce en attirant l’attention sur l’étiquette et, à un stade ultérieur, en facilitant sa compréhension.

Quid pour la suite ?

La Commission européenne devait évaluer dans un rapport les différents étiquetages nutritionnels volontaires existants au sein de l’UE pour décembre 2017. Cependant, ce rapport a été reporté jusqu’à la fin de 2018 (voire au-delà) afin que celui-ci puisse couvrir également le Nutri-Score français, ainsi que le MTL du Royaume-Uni. Cependant, il y a peu de chance que la Commission actuelle puisse entreprendre une quelconque action significative après la publication de ce rapport dans la mesure où l’équipe de Jean-Claude Juncker sera remplacée à la fin de 2019 suite aux prochaines élections européennes de mai 2019.

(1) Australie, Bulgarie, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, France, Mexique, Royaume-Uni, Singapour, France.

(2) Les cinq couleurs (du vert foncé à l’orange foncé) apparaissent systématiquement sur l’emballage et la catégorie à laquelle appartient l’aliment est mise en avant avec un effet loupe.

La Commission européenne clarifie le statut juridique du Nutri-Score

Sollicité par Agra Alimentation pour savoir où en sont ses travaux sur les différents systèmes d’étiquetage nutritionnel soumis à son appréciation, la Commission européenne nous a annoncé qu’elle a pour l’instant « clarifié » le statut juridique du système Nutri-Score. Pour elle, et dans son intégralité, le système Nutri-Score est considéré comme « une information volontaire au titre de l’article 36 du règlement 1169/2011 relatif à l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires ». Dans le même temps, elle nous a précisé « que lorsqu’un tel système d’étiquetage attribue un message positif (en l’occurrence une couleur verte), il répond à la définition juridique d’une allégation nutritionnelle puisqu’il fournit des informations sur la qualité nutritionnelle bénéfique de l’aliment ». Et lorsque la couleur verte est en surbrillance, comme c’est le cas du Nutri-Score (2), « ce système d’étiquetage peut donc être considéré comme une allégation nutritionnelle ». La Commission a également indiqué que « les régimes relevant du règlement 1924/2006 (sur les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires) ne peuvent être utilisés sur le territoire d’un État membre que s’ils ont été adoptés par l’État membre en question conformément à son article 23. Ce dernier stipule que « lorsqu’un État membre a de sérieuses raisons d’estimer qu’une allégation nutritionnelle n’est pas conforme au règlement 1924/2006 ou que la justification scientifique prévue à son article 6 n’est pas suffisante, ledit État membre peut temporairement suspendre l’emploi de cette allégation sur son territoire. Il en informe les autres États membres et la Commission européenne en précisant les motifs de la suspension ».

Aziz Ben Marzouq



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