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Mercredi 13 juin 2018 | sucre

Tereos prévoit d’ouvrir son capital


Le groupe coopératif sucrier va soumettre à ses adhérents un projet d’ouverture minoritaire du capital. Objectif : amplifier la diversification vers d’autres produits que le sucre et accélérer l’internationalisation. Cette annonce a été faite à l’occasion de la présentation des comptes 2017-2018, marqués par une progression des ventes, un Ebitda en légère baisse et un résultat net consolidé en fort recul, après la distribution aux coopérateurs.


Le groupe coopératif sucrier va soumettre à ses adhérents un projet d’ouverture minoritaire du capital. Objectif : amplifier la diversification vers d’autres produits que le sucre et accélérer l’internationalisation. Cette annonce a été faite à l’occasion de la présentation des comptes 2017-2018, marqués par une progression des ventes, un Ebitda en légère baisse et un résultat net consolidé en fort recul, après la distribution aux coopérateurs.

Dans un contexte de marché difficile, Tereos s’est félicité de ses résultats opérationnels 2017-2018 (exercice clos le 31 mars) : pour la première fois, le groupe coopératif s’est hissé au deuxième rang mondial en volume de sucre après l’allemand Südzucker (voir tableau ci-contre).

Tereos a produit 5,3 millions de tonnes de sucre, en hausse de 26 % par rapport à l’année précédente. L’Ebitda est en légère baisse à 594 millions d’euros, dont les trois quarts viennent de l’amidon et des ventes internationales. La marge opérationnelle se tasse à 11,9 % contre 12,6 % un an avant. Le groupe s’est félicité des résultats de son plan de performance interne qui arrive dans sa dernière année en 2018 et qui lui a permis d’obtenir 140 millions d’euros d’économies (contre 100 millions attendus).

Le résultat net avant distribution des compléments de prix est positif à 24 millions d’euros, mais après versements aux coopérateurs de compléments de prix de betteraves de 42 millions d’euros, qui sont comptabilisés en charge, le résultat net publié est négatif à hauteur de 18 millions d’euros (il était positif de 107 millions d’euros en 2016-2017), a indiqué le groupe coopératif dans un communiqué.

Contexte mondial très difficile

L’un des principaux défis auxquels a dû faire face Tereos est le marché mondial marqué par des prix très bas comparables à ceux enregistrés en 2008 et 2015, résultats d’une abondance de sucre grâce aux excellentes récoltes en Europe, en Inde et en Thaïlande. Une forte volatilité que Tereos tente d’atténuer en diversifiant ses activités. « Ce sont les activités autour du sucre qui nous permettent d’être résilients sur un marché mondial marqué par des prix du sucre très bas », a commenté Alexis Duval, président du directoire, qui présentait le 12 juin le premier exercice après la fin des quotas européens. Déjà 54 % de l’activité sont réalisés avec des activités autres que le sucre : autres produits sucrants, alcool, protéines, amidons et nutrition animale.

« Nous gagnons des parts de marché en Europe et au Brésil en répondant aux attentes de consommateurs en matière de nutrition et de durabilité et en renforçant notre réseau de distribution », a précisé Alexis Duval. En Europe, Tereos progresse de 11 à 14 % de parts de marché. L’export joue aussi un rôle important grâce à des investissements dans la logistique permettant d’exporter des containers depuis la plateforme d’Escaudoeuvres (Nord).

La nutrition est un axe de développement important. « Nous avons lancé le conseil aux clients qui veulent des solutions nutritionnelles pour élaborer des produits moins caloriques », a expliqué Alexis Duval, estimant que Tereos est aujourd’hui le leader européen de la reformulation. Il parie notamment sur un sirop à haute teneur en fructose de blé délivrant un pouvoir sucrant supérieur de 30 % par rapport à la saccharose. Les industriels des boissons, des crèmes glacées et des desserts sont très demandeurs, selon Tereos.

Accélérer la diversification des activités

Le marché du bio, en croissance soutenue, intéresse aussi le groupe. Tereos achetait jusqu’à maintenant des produits qu’il distribuait, mais à partir de 2019, il sera en mesure de proposer une gamme complète de sucre bio à partir de betteraves de France ou de cannes du Brésil et du Mozambique. À noter aussi, une percée dans le e-commerce au Brésil qui permet de toucher des clients de taille modeste ou des consommateurs, et de mieux connaître leurs attentes.

La dimension internationale est plus que jamais mise en avant par Tereos. Alexis Duval est d’ailleurs persuadé que le marché du sucre se joue à l’échelle de la planète, a fortiori depuis la fin des quotas européens. Le marché aussi se déplace de l’Europe de l’Ouest, de moins en moins consommatrice, vers l’Afrique et l’Asie. Pour répondre à cette évolution, deux nouveaux bureaux ont été ouverts en 2017, au Vietnam et en Afrique du Sud.

La stratégie de diversification passe aussi par l’extension du portefeuille de produits dans lequel la protéine de blé joue un rôle de plus en plus important. Le marché mondial est en hausse de 10 % par an, tiré notamment par les besoins en alimentation animale pour l’aquaculture. En ouvrant un bureau à Singapour, Tereos a ainsi déjà atteint 11 % de parts de marché pour ces produits en Asie. Le groupe détient sept usines dans le monde, près des bassins de production européen en chinois.

Dans ce marché mondialisé, Tereos estime devoir gagner encore en compétitivité, ce qu’ont déjà fait les industriels européens du sucre depuis les dernières restructurations, et lutter contre la volatilité des cours en renforçant les activités moins corrélées au sucre. Le groupe va dévoiler prochainement son plan de performance 2019-2022 actuellement en finalisation, qui sera encore plus ambitieux que le plan triennal en cours d’achèvement, promet Alexis Duval. Le nouveau campus de Roissy devant accueillir 500 collaborateurs est en cours d’installation, et sera renforcé par un laboratoire de R & D en 2019, comme ceux déjà ouverts en Alsace et à Shanghaï.

Ouverture du capital de façon minoritaire

Pour servir cette ambition désormais mondiale, Tereos aura besoin de carburant qu’il compte trouver en ouvrant son capital. « Le conseil de surveillance a décidé récemment d’annoncer aux coopérateurs en assemblée générale qu’il étudiait une ouverture du capital susceptible de servir notre stratégie ambitieuse », a expliqué Alexis Duval. L’ouverture se ferait à un niveau minoritaire, et, si elle est acceptée par les coopérateurs, elle pourrait se concrétiser d’ici deux à trois ans. Mais aucun détail supplémentaire n’a pu être donné par la direction de Tereos. Les dirigeants ont refusé de s’avancer davantage, préférant donner la priorité au débat avec les coopérateurs.

« Cette démarche a été faite par d’autres groupes coopératifs qui ont aussi ouvert leur capital », a souligné Alexis Duval. Interrogé au sujet des précédentes expériences d'ouverture du capital, comme cela a été le cas au Brésil, Alexis Duval a estimé en avoir gardé « un excellent souvenir ». Selon lui, la cotation au Brésil a permis de financer le développement dans ce pays. « Sans cette présence en Bourse, nous n’aurions pas pu financer les sites de production d’éthanol et de protéine végétale, ce qui représentait plusieurs millions d’euros d’investissement », a-t-il insisté, ajoutant que le groupe ne serait pas devenu ce qu’il est aujourd’hui sans ce recours aux financements extérieurs.

Cyril Bonnel



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